Rhumatologie

Rhumatismes inflammatoires : les JAKIs sont une bonne alternative aux anti-TNF en vie réelle

En vie réelle, chez des patients plus âgés et plus sévères que ceux des anti-TNF, les JAKIs seraient associés à une fréquence légèrement plus importante des infections, du zona et des événements gastro-intestinaux. Ces effets restent modérés avec un taux de maintenance thérapeutique identique

  • mr.suphachai praserdumrongchai
  • 21 Avr 2024
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    La sécurité et la persistance des inhibiteurs de Janus kinase (JAKi) et des inhibiteurs du facteur de nécrose tumorale (anti-TNF) dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde (PR), du rhumatisme psoriasique (RP) et de la spondylarthrite axiale (axSpA) ont été démontrées lors d'essais cliniques. Cependant, des données dans le monde réel restent nécessaires sur les JAKIs.

    En vie réelle chez des malades un peu plus sévères et plus âgés que ceux sous anti-TNF, l'utilisation de JAKis dans le traitement de la PR, du PsA ou de la spondylarthrite axiale est associée à une légère progression de la fréquence de toutes les infections, du zona et des événements gastro-intestinaux. Cette progression est plus importante chez les patients souffrant de PR.

    Cependant, les événements indésirables sont restés bénins et n'ont pas eu d'effet sur la mortalité. La persistance des JAKi est similaire à celle des anti-TNF dans la PR et la spondylarthrite axiale, et légèrement supérieure pour les anti-TNF dans la PsA. Cette étude observationnelle est publiée dans Annals of the Rheumatic Diseases.

    Une étude observationnelle nationale espagnole

    Au total, 6 826 patients ont été inclus dans BIOBADASER 3.0, la banque de données nationale espagnole. Parmi eux, 52 % avaient une PR, 25 % un rhumatisme psoriasique et 23 % une spondylarthrite axiale. Le traitement consistait en un anti-TNF dans 86 % des cas. La durée moyenne du traitement était de 2,2±2,0 ans avec les anti-TNF contre 1,8±1,5 avec les JAKis. Les JAKis ont été prescrits chez des patients plus âgés souffrant d'une maladie de plus longue durée, d'une plus grande comorbidité et dans des lignes de traitement plus tardives, et plus fréquemment en monothérapie.

    L'IRR de toutes les infections et des événements gastro-intestinaux semble plus élevé chez les patients atteints de PR et traités par un JAKi. La persistance du médicament à 1, 2 et 3 ans est de 69 %, 55 % et 45 % pour les anti-TNF et de 68 %, 54 % et 45 % pour les JAKis. Les analyses de régression multivariées montrent que la probabilité d'arrêt du traitement est plus faible pour les JAKis (HR=0,85 ; 95% CI 0,78-0,92) et les antirhumatismaux de synthèse conventionnels concomitants (HR=0,90 ; IC à 95% 0,84-0,96). Le risque d'arrêt du traitement a fait progresser le taux d’utilisation des corticoïdes, les comorbidités et l'activité plus importante de la maladie.

    Le risque thrombo-embolique global semble modéré

    Les inhibiteurs de la Janus kinase (JAKi) sont des antirhumatismaux de synthèse ciblés par voie orale utilisés fréquemment en deuxième intention dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde (PR) et de la spondylarthrite (SpA). Avec plus de 20 ans d'utilisation en pratique clinique, les DMARD biologiques (bDMARD) ont un profil d'efficacité et de sécurité solide et les inhibiteurs du facteur de nécrose tumorale (anti-TNF) sont recommandés comme traitement biologique de première intention pour la PR, l'arthrite psoriasique (PsA) et la spondylarthrite axiale (axSpA), soit en monothérapie, soit en association avec le méthotrexate après échec des DMARD synthétiques conventionnels (csDMARD).

    Les JAKis ont été initialement utilisés dans le traitement de la PR et sont désormais approuvés pour la SpA. Ils ont été évalués dans de nombreux essais cliniques randomisés. Cependant, leur sécurité dans la pratique clinique quotidienne est toujours en cours d'évaluation, en particulier après des rapports sur la survenue d'événements cardiovasculaires et de cancers potentiellement associés. Les données de l'étude de surveillance ORAL ont incité l'Agence européenne des médicaments à émettre un premier avertissement concernant la sécurité du tofacitinib et un avertissement ultérieur concernant les JAKis en tant que groupe thérapeutique.

    Dans cette analyse nationale espagnole, les infections, le zona et les effets indésirables gastro-intestinaux chez les patients atteints de PR ont tendance à être plus fréquents avec les JAKis, en se souvenant que les patients traités par JAKis sont plus âgés, avec une ancienneté de la maladie plus importantes et de plus nombreuses lignes de traitement préalables que les anti-TNF. Le taux de maintenance au traitement est similaire pour les anti-TNF et les JAKis, bien que les facteurs associés à l'arrêt du traitement soient différents selon le type de rhumatisme inflammatoires.

    Dans un contexte réel, l'utilisation des JAKis dans le traitement de la PR, de la PsA ou de la spondylarthrite axiale est une alternative offrant un équilibre acceptable entre l'efficacité et la tolérance. Les rhumatologues devraient envisager une stratégie personnalisée de « treat-to-target » en fonction de la maladie, du profil et des préférences du patient, du coût pour le système de santé et de la disponibilité des molécules.

     

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