Livre
A quoi sert la littérature selon Lionel Naccache, neurologue.
Lionel Naccache, chercheur et neurologue, s'est lancé un nouveau défi. Pourquoi écrire, pourquoi lire ? Pour découvrir la réponse, il faudra d'abord élucider la présence d'un mort-vivant dans la station spaciale internationale. Bon voyage !
Lionel Naccache est un baron de la recherche française en neurologie. Mais un SDF du savoir, glanant et fauchant sans peur sur tous les champs de la culture. Après le théâtre, le cinéma …ou le talmud, le chercheur de l’Institut du cerveau ouvre un nouveau chapitre encore plus inattendu que ses précédents opus, celui où la théorie littéraire percute la fiction la plus débridée sans jamais perdre le lecteur qui demeure arrimé au récit, en dépit des trous d’air et des impasses.
Si l’histoire débute dans un vaisseau spatial où l’équipage international découvre littéralement un mort-vivant, c’est peut-être aussi pour inviter le lecteur à lâcher prise, à s’abandonner à un état d’apesanteur. Oublier ses résistances, flotter sur les idées et les concepts. Et surtout se livrer au pouvoir de la fiction qui est toujours (?) un exercice de manipulation. Dans ce domaine, Lionel Naccache s’affranchit de toutes les limites. L’un des personnages du récit est ainsi affublé du nom de Lionel Naccache qui ressemble étrangement à l’auteur. Le miroir ici ne fait pas attention avant de réfléchir. Il multiplie les images. Et donc les illusions sans jamais piéger le lecteur. Car Lionel Naccache, l’auteur, s’il est omniscient abat toujours ses cartes. Les références, celles qui sont dicibles, couvrent un large spectre depuis Don Quichotte jusqu’à Jean-Paul Belmondo dans le Magnifique. Rien ici n’est gratuit dans la perspective de nous éclairer sur le miroir sans tain de la littérature, un puit sans fond car au fond outre l’auteur, l’autre héros serait in fine le lecteur, vous et moi. Dans une très belle adresse en fin de l’ouvrage, les personnages livrent un éloge vibrant de celle ou celui qui a pouvoir de redonner vie à ces figures de papier. Et ce miracle se reproduit à chaque nouvelle lecture, depuis des siècles, voire des millénaires pour certains livres élus.
En attendant, Lionel Naccache, s’il n’est pas le lauréat d’un prix littéraire en 2026, est bien l’héritier de ces hommes du siècle des Lumières, qui refusaient le principe du découpage du savoir en tranches fines de spécialités. La pluridisciplinarité n’est plus un concept. C’est une méthode pour mieux vivre et ne rien s’interdire. On se demande où Lionel Naccache osera nous emmener dans son prochain ouvrage.
Habeas Corpus, Lionel Naccache, Ed Odile Jacob, 230 p 22, 90 euros.











