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Norbert Elias : la mort ne recèle aucun mystère

Alors que doit être être votée le 15 juillet 2026 la loi créant le droit à l'aide à mourir, Norbert Elias, l'un des grands sociologues du 20 ième siècle prononce une conférence à l'adresse des médecins allemands en 1983. L'enjeu alors n'est pas de donner un cours de morale mais de réfléchir à la question : pourquoi notre civilisation isole les personnes âgée et les mourants. Ce qui est aussi une leçon de vie. 

  • 06 Juillet 2026
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    Autrefois, dans les congrès médicaux, les grands esprits du temps donnaient une leçon d'humanités. En France Paul Valéry a ainsi été l'invité des chirurgiens à la demande du Pr Henri Mondor, membre de l'Académie française. En Allemagne, en 1983, les médecins ont eu la chance d'écouter l'un des plus sociologues du XXième siècle, Norbert Elias, l'inventeur du concept de processus de civilisation. Alors que devrait être votée à l'Assemblée nationale, le 15 juillet une loi créant un droit à l'aide à mourir, Norbert Elias, loin des grandes déclarations, concentre alors son intervention sur un fait désormais bien connu "l'isolement des personnes âgées et mourantes qui se produit fréquemment dans notre société".

    Aller au-delà du savoir biologique

    Pourquoi s'adresser aux médecins qui ne sont pas responsables à priori de cet cet état de fait? Pour inviter les soignants à aller au-delà du savoir médical encadré par le savoir biologique. Les encourager à mieux appréhender "la personne humaine, ses relations avec autrui et leurs liens réciproques". Et à lutter contre une tendance naturelle partagée par tous les médecins ou presque : baisser les bras lorsqu'il n'y a plus rien à faire, laisser faire la nature alors que leur travail au quotidien est justement de s'opposer aux processus biologiques. Et de rentrer peut-être à la maison. Mais est-ce le bon moment pour le médecin de s'éloigner de son patient ?

    La pacification des moeurs

    Qu'on se rassure, Nobert Elias ne donne pas ici de conduite à tenir. L'isolement des personnes âgées, la solitude des mourants s'inscrit dans un large continuum; celui de la pacification des moeurs. Elles ne doivent pas être détachées d'autres problématiques. Elles participent à la phase actuelle de civilisation. En témoignent par exemple les règles draconiennes que n'a pas connu Nobert Elias organisant lors de l'épidémie de Sars Cov 2 les visites dans les Ehpads ou les obsèques et soulevant de nombreuses protestations 

    Or le fait de mourir demeure pour chacun d'entre nous un acte de violence. Le long cheminement vers la pacification génère en pratique une aversion pour la mort avec son cortège de désagréments, les odeurs par exemple. L'auteur note comment notre tolérance tend à diminuer avec le progrès. Même le chien fidèle de Freud lors du cancer du larynx de son maître refusait de s'approcher. Bref devant un mourant, on s'autorise souvent à demander un droit de retrait, faute de pouvoir, savoir? exprimer ses émotions.  

    Dans d'autres lieux pourtant que l'hôpital ou le cabinet du médecin, la parole enfle, se déverse et emprunte ses arguments à la métaphysique, à la religion. Et invoque le mystère de la mort. Les interminables controverses qui ont accompagné le vote sur le droit à mourir ont ainsi ressassé pendant des mois les mêmes arguments. 

    Contre la pensée de l'absurde

    Norbert Elias rejette cette volonté de présenter la mort comme un mystère. "La mort ne recèle aucun mystère. Elle n'ouvre aucune porte. Elle est la fin d'un être humain. Ce qui survit après lui, c'est ce qu'il a donné aux autres être humains. Ce qui demeure dans leur souvenir", écrit-il en conclusion de la Solitude des mourants. Cette pensée est peut-être moins simpliste qu'elle en a l'air. Elle partage par son pragmatisme et son refus du nihilisme, de l'absurde une vérité assez proche de la pratique médicale telle qu'elle s'exerce au quotidien en ce XXIème siècle.  

    La solitude des mourants, Norbert Elias, postface de Ddidier Eribon, collection Champs essais, ed Flammarion, 151 p. 8,60 euros, 2026. 

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