Diabétologie
Mélanome acral : un possible lien avec l’exposition à l’agent orange
Une étude cas-témoins, menée chez les Vétérans de la guerre du Viêt Nam, met en évidence un risque accru de 30 % de développer un mélanome lentigineux acral chez les personnes exposées à l’agent orange. Ces résultats posent plus largement la question de l’impact de l’exposition aux pesticides sur le risque de ce mélanome rare, diagnostiqué souvent tardivement.
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Sous-type rare et agressif de mélanome, non associé à l’exposition, aux UV, le mélanome lentigineux acral se caractérise par sa localisation préférentielle au niveau des extrémités, paumes des mains, plantes des pieds et ongles et sa survenue surtout chez les personnes à peau foncée.
Les facteurs de risque de développement de ce type de mélanome sont encore mal connus, des traumatismes et l’exposition à des produits toxiques ayant pu être incriminés.
Une étude menée chez des Vétérans américains, dont les résultats sont publiés dans le JAMA Dermatology, souligne le rôle potentiel l’exposition à l’agent orange, défoliant le plus utilisé par l’armée américaine lors de la guerre du Viêt Nam.
Des vétérans âgés de 70 ans
Les auteurs de ce travail ont inclus quelques 1 292 vétérans (sexe masculin, âge médian de 70 ans) ayant un mélanome acral atypique, chacun a été apparié à 4 personnes avec un mélanome non acral et 4 témoins indemnes de mélanome.
Ils montrent que l’exposition à l’agent Orange est associée à un risque accru de mélanome acral comparativement aux témoins ayant un autre type de mélanome (Odd ratio 1,31 ; IC 95 %, 1,06-1,62) et aux témoins sans mélanome (OR 1,27 ; IC 95 %, 1,04-1,56).
Le rôle « protecteur » du tabagisme
Le tabagisme actuel était associé à une probabilité plus faible de mélanome acral : risque réduit de 35 % par rapport aux personnes ayant un autre type de mélanome et de 50 % versus les témoins sans mélanome.
Les vétérans ayant des antécédents de carcinome cutané et de kératose actinique présentaient un risque plus élevé de mélanome acral que les témoins sans mélanome, mais un risque plus faible que ceux atteints de mélanome cutané. Les antécédents de nævus étaient associés à un risque accru de mélanome acral par rapport aux personnes sans mélanome (OR : 2,11 ; IC à 95 % : 1,49-2,98).
Peu de cancers supplémentaires attendus
Les auteurs de ce travail estiment que compte tenu de la rareté du mélanome acral, l'association avec l’agent orange, si elle est causale, se traduirait par 0,4 à 0,8 nouveau cas annuel par million d'anciens combattants. Si l’on prend l’estimation haute de 4,3 millions de personnes ayant servi au Vietnam, le nombre de cas imputables à cet agent serait in fine extrêmement faible.
Dans l’éditorial qui accompagne la publication de cette étude, Andrew Olshan indique que les recherches visant à mieux comprendre le lien potentiel entre l’agent Orange et le mélanome chez les vétérans de la guerre du Vietnam est importante et que plus largement, le rôle d'autres facteurs de risque chimiques et non chimiques (par exemple, le stress mécanique) dans le développement du mélanome acral est un domaine encore largement inexploré.








