Cardiologie

Greffe cardiaque: une nouvelle technique de prélèvement sûre et efficace pour répondre à la pénurie de greffons

Une stratégie de prélèvement des coeurs issus de donneurs après arrêt circulatoire se révèle performante selon une étude américaine. Un verrou juridique ne permet pas à ce jour son introduction en France. 

  • 28 Janvier 2026
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    Comment répondre à la pénurie d'organes alors que la demande en transplantation cardiaque ne cesse de croître ? L'article publié dans Jama le 26 janvier 2026, rapporte l'expérience d'un centre américain de transplantation cardiaque à haut volume évaluant une nouvelle stratégie de prélèvement des cœurs de donneurs après arrêt circulatoire (DCD). Cette technique repose sur la récupération rapide avec conservation ultra-oxygénée prolongée (REUP), sans réanimation pré-implantatoire du cœur du donneur ni recours à une perfusion mécanique. Jusqu'à présent, l'utilisation de la REUP avait surtout été décrite chez des donneurs jeunes et pour des temps d'ischémie relativement courts. L'objectif principal de cette étude était d'évaluer la pertinence, la sécurité et l'efficacité de cette technique chez l'adulte déterminant de l'âge du donneur et de la durée d'ischémie attendue, y compris dans des situations cliniques complexes.

    Une technique encore non autorisée en France.

    Rappelons que cette technique n'est pas encore autorisée en France. Le prélèvement d'organes après arrêt circulatoire (don DCD) est encadré par l'Agence de la Biomédecine, notamment dans le cadre de la catégorie III de Maastricht (donneurs contrôlés après limitation ou arrêt des thérapeutiques). Ce programme permet certains prélèvements d'organes, le rein et le foie notamment, mais pas le coeur. 

    Il s'agit d'une série de cas incluant 24 patients adultes ayant subi d'une transplantation cardiaque entre novembre 2024 et juillet 2025. Tous les greffons provenaient de donneurs DCD et ont été récupérés exclusivement par la technique REUP, sans réanimation du cœur du donneur avant l'implantation. Les principaux critères d'évaluation comprenaient l'apparition d'un dysfonctionnement primaire sévère du greffon, la survie à 30 jours et la présence d'un rejet aigu lors de la première biopsie endomyocardique.

    Les donneurs avaient un âge moyen de 32 ans, avec une proportion notable de donneurs plus âgés, puisque 38 % avaient plus de 40 ans. Le délai moyen entre la déclaration initiale du décès et le rinçage du greffon était de 9 minutes, traduisant des conditions de prélèvement proches de la pratique réelle. Les temps d'ischémie totale étaient fréquemment prolongés : 60 % des cœurs présentaient une ischémie supérieure à 4 heures, et un greffon a même été porté après 8 heures d'ischémie. Les receveurs constituaient également une population à risque, la moitié ayant déjà subi une sternotomie antérieure, ce qui augmente la complexité chirurgicale et le risque postopératoire.

    Un cas de rejet cellulaire aigu 

    Les résultats précoces sont particulièrement encourageants. La survie des receveurs à 30 jours atteignait 96 %. Un seul patient a présenté un dysfonctionnement primaire sévère du greffon, et un autre un dysfonctionnement secondaire, soit des taux comparables à ceux observés avec des stratégies de prélèvement plus coûteuses et techniques complexes. L'analyse histologique initiale a montré un seul cas de rejet cellulaire aigu cliniquement significatif de grade 2R, sans aucun rejet humoral identifié. Ces données révèlent que la qualité fonctionnelle et immunologique des greffons récupérés par REUP est satisfaisante, même dans des conditions a priori défavorables.

    Les auteurs concluent que la REUP constitue une méthode sûre, réalisable et efficace pour la récupération des allogreffes cardiaques après arrêt circulatoire, sans nécessité de réanimation du cœur du donneur. Cette stratégie semble applicable à une large population de donneurs, y compris plus âgés, ainsi qu'à des receveurs à haut risque et à des situations d'ischémie prolongée. Dans un contexte où les techniques actuelles de récupération DCD reposant sur la perfusion régionale normothermique ou les systèmes de perfusion ex vivo soulèvent des questions éthiques, logistiques et économiques, la REUP apparaît comme une alternative prometteuse, plus simple et réelle plus accessible. Les auteurs soulignent toutefois la nécessité d'études complémentaires, incluant des effectifs plus importants et un suivi à long terme, afin de confirmer ces résultats et de mieux définir la place de cette technique innovante dans l'arsenal de la transplantation cardiaque adulte.

    En France, la mise en œuvre de cette technique se heurte à un obstacle juridique. Elle exige une modification de la législation. 

     

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