Interview du week-end

Movember : “Consulter un urologue à 50 ans, ce n’est pas complètement délirant”

Movember est l’occasion de sensibiliser au cancer de la prostate, mais aussi d’inciter les hommes à prendre soin de leur santé. Ils sont, en effet, nombreux à être réticents à parler de leur prostate ou d'autres problèmes masculins avec un professionnel de santé. Le Dr Benjamin Pradère, urologue à la Clinique La Croix du Sud à Toulouse, rappelle l'importance de ces rencontres.

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  • 30 Novembre 2025
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    Pourquoi Docteur : Selon une récente enquête, 38 % des hommes préféreraient endurer des situations stressantes, comme voir leur équipe préférée perdre ou être bloqués dans les embouteillages, plutôt que de parler de leur prostate ou de leur santé avec un médecin. Cette confession met en lumière une certaine peur à consulter. Comment l’expliquer ?

    Dr Benjamin Pradère : Au-delà de la peur, je pense que c'est une problématique de tabou. C'est-à-dire que, de principe déjà, la santé chez l'homme est quelque chose qui n'est pas exprimé. La priorisation de la santé masculine est vraiment très faible. Le fait que les hommes disent préférer rester dans les bouchons plutôt que de voir un docteur est très parlant. Le phénomène est d’autant plus visible, à mon avis, que les générations qui ont besoin actuellement d’un urologue – c’est-à-dire les hommes de 50 ans et plus – sont des générations où le tabou de la santé ou de la masculinité est très présent.

    La deuxième chose est que les hommes – contrairement aux femmes qui vont chez le gynécologue tous les ans à partir de l'adolescence – n'ont pas l’habitude de consulter un médecin juste pour vérifier que tout va bien. Ils n’ont pas ce suivi régulier année après année.

    Par ailleurs, l’urologue touche à l’intime : les parties génitales pour les hommes. Il y a l’examen de la prostate et le toucher rectal. Ce sont des choses qui sont extrêmement taboues dans nos sociétés parfois très masculines. Pour les patients, leur virilité risque d'être entachée par des discussions sur leurs problématiques sexuelles comme les difficultés d'érection, les problématiques pour uriner, etc. Ce rapport à la masculinité et à la virilité fait que les hommes ont peur ou n'ont pas envie d'aller chez l'urologue.

    Movember : "Il faut casser les tabous et faire comprendre qu’aller voir un urologue, c'est dépister"

    - Comment changer les choses et inciter les hommes à pousser la porte des cabinets ?

    J'ai l'impression que les nouvelles générations sont plus conscientes de la nécessité de consulter les praticiens de façon plus précoce. Mais il y a encore du travail. Ce qui est très important, ce sont des actions comme celles du mois de novembre.

    Si Movember était vraiment "focus" sur le cancer de la prostate au départ, l'Association Française d'Urologie concentre son action désormais sur la santé masculine dans son ensemble : des troubles urinaires en passant dans les troubles de l'érection, et aussi les risques de cancer de la prostate et du testicule. Il faut casser les tabous sur les problèmes érectiles, sur la virilité, sur la fertilité et faire comprendre qu’aller voir un urologue, c'est dépister.

    Il faut communiquer davantage et expliquer qu’il faut aller voir les urologues tôt quand on a un problème, et pas forcément attendre. Je me bats pour que l'on ne dise pas que les urologues ne voient que des hommes. On a 60 à 70 % de patients masculins, mais on aussi 30 à 40 % de femmes. Les femmes vont voir leur gynéco sans se poser de questions. Elles vont se faire dépister, et c'est normal. Ça fait partie de leurs habitudes. Il faut arriver à la même chose avec les hommes.

    "Le cancer de la prostate est asymptomatique"

    - Quels sont les signes qu’il est temps de surmonter ses appréhensions et de prendre rendez-vous avec un urologue ?

    Il faut aller voir un urologue dès qu'on commence à avoir des troubles urinaires et des difficultés à uriner. De la même manière, lorsqu'une dysfonction érectile s'installe, il ne faut pas avoir honte de consulter son médecin généraliste ou un urologue pour essayer de trouver les problématiques qui sont derrière ces difficultés. D’autant plus que les choses peuvent s’améliorer, relativement, vite quand elles sont prises en charge.

    Si on parle de cancer de la prostate, c’est plus compliqué. Le plus souvent, le cancer de la prostate est asymptomatique. Donc c'est par le dépistage qu'on le repère. Il y a la prise de sang généralement prescrite par le médecin généraliste et l'examen clinique qui est fait par l'urologue. 

    De plus, s’il n’y a pas de recommandations officielles aujourd’hui, je pense que consulter un urologue à 50 ans, ce n’est pas complètement délirant car ce sont généralement à cet âge que les troubles apparaissent.

    - Pour quelles autres raisons un patient masculin peut consulter un urologue ?

    La santé masculine, ce n'est pas que la recherche du cancer de la prostate via le dosage du PSA et le toucher rectal ou encore l’hypertrophie bénigne de la prostate, les troubles urinaires ainsi que la dysfonction érectile. Les urologues peuvent aussi être consultés pour les problèmes de fertilité et de contraception. Aujourd'hui, avec l'avènement de la contraception masculine par la vasectomie, on voit de plus en plus de jeunes hommes âgés de 30 à 45 ans venir consulter pour une vasectomie. Ils représentent 20 % de mes consultations. C'est épisodique : ils viennent juste pour ça, et après, ils s'en vont. Néanmoins, ils ont eu un premier contact. Ils ont pu discuter et comprendre comment ça se passait.

    Santé masculine : "Souvent, je vois des patients pour des troubles qui n'ont rien à voir au départ"

    - Est-ce que cela pourrait être intéressant d'avoir une recommandation de consultation officielle pour les hommes, comme c'est le cas pour les femmes, à qui il est conseillé de voir un gynécologue une fois par an ?

    Aujourd'hui, on a aucune possibilité scientifique de dire que les hommes doivent faire du dépistage ou consulter systématiquement. En revanche, je pense qu'ouvrir les tabous est bon. Il faut dire que consulter un médecin spécialisé dans la santé masculine, c'est important ; que faire un check-up, c'est prendre soin de soi, surtout à un âge où les pathologies commencent à arriver. En effet, les problèmes de santé masculine ou encore cardiovasculaires commencent à apparaitre à partir de l'âge de 50 ans. 

    Souvent, je vois des patients pour des troubles qui n'ont rien à voir au départ. Par exemple, ils viennent pour des calculs urinaires parce qu'ils ont fait une colique néphrétique... et, je me rends compte qu'ils ne font pas bien pipi ou qu'ils ont une dysfonction érectile. Finalement, je traite les patients pour tout autre chose que les problèmes pour lesquels ils sont venus initialement. Très souvent, ces pathologies mises en lumière sont davantage liées à la santé masculine.

    Autopalpation : "On recommande aux hommes de se palper les testicules sous la douche une fois par mois dès l’adolescence"

    - Quels conseils donneriez-vous aux hommes pour préserver leur prostate ?

    Il faut avoir une alimentation équilibrée et avoir une activité physique régulière. On sait aussi que d'avoir des rapports et des éjaculations régulièrement est un facteur pronostic contre le cancer de la prostate. Cela prévient, en effet, la maladie.

    Et pour prévenir le cancer des testicules, on recommande aussi aux hommes de se palper les testicules sous la douche une fois par mois à partir de l’adolescence. Ils doivent vérifier qu’il n’y ait pas d’anomalie comme une augmentation du volume du testicule, une masse dure ou une irrégularité.

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