Onco-Gynécologie
Cancer du col de l'utérus : 2 à 3 dépistages pendant la vie si vaccination avant 25 ans
Une étude norvégienne plaide pour un réexamen des lignes directrices nationales en matière de dépistage cervical en tenant compte de l’ère post-vaccinale contre le HPV, où l’équilibre entre prévention efficace, réduction des coûts et minimisation des préjudices liés au sur-dépistage est devenu plus favorable à des intervalles étendus.
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Est-ce un nouvel argument pour les parents réticents à vacciner leurs adolescents contre les HPV ? En 2024, selon la Sécurité Sociale, la couverture vaccinale avec une dose chez les jeunes de filles de 15 ans en 2024 était estimée à 58,4%, soit une augmentation de 10,6 points en comparaison à la couverture vaccinale des jeunes filles de 15 ans en 2022 donc nées en 2007. On est encore loin de celui observé en Norvège où il atteint plus de 90%. Ce qui a autorisé dans ce pays la conception de cette étude de modélisation "Optimizing Cervical Cancer Screening by Age at Vaccination for Human Papillomavirus: Health and Resource Implications" publié dans Annals of Internal Medicine (DOI 10.7326/ANNALS-25-03192) le 3 février 2026. Elle vise à optimiser les stratégies de dépistage du cancer du col de l’utérus chez les femmes vaccinées contre le papillomavirus humain (HPV) en tenant compte de l’âge au moment de la vaccination, des intervalles de dépistage, des coûts ainsi que de l’impact sur les patientes et le système de santé. Elle s’inscrit dans un contexte où donc la couverture vaccinale est élevée et où les programmes de dépistage reposent de plus en plus sur les tests HPV en première intention.
L’analyse repose sur un modèle mathématique individuel intégrant des données épidémiologiques, des trajectoires naturelles d’infection et de progression vers des lésions précancéreuses ou un cancer invasif, ainsi que des paramètres économiques (coûts médicaux directs, coûts indirects liés au temps des patientes) et cliniques. Les investigateurs ont comparé différentes stratégies de dépistage en variant l’âge de départ, l’intervalle entre les tests et le nombre total de tests au cours de la vie, pour des femmes vaccinées contre le HPV entre 12 et 30 ans.
Pour les femmes vaccinées contre le HPV avant l’âge de 25 ans, les stratégies avec des intervalles de dépistage très espacés (15 à 25 ans) — soit seulement 2 à 3 tests au cours de la vie — apparaissent aussi efficaces en termes de prévention du cancer tout en étant plus rentables que le schéma actuel recommandé (test HPV tous les 5 ans dans les pays avec test primaire). Ces stratégies réduisent aussi les effets indésirables liés au sur-dépistage, tels que consultations supplémentaires, colposcopies et biopsies liées à des résultats faussement positifs ou à des infections transitoires.
Test tous les 10 ans pour les femmes vaccinées entre 25 et 30 ans
Pour les femmes vaccinées entre 25 et 30 ans, des intervalles de dépistage allongés, par exemple tous les 10 ans, demeurent préférables à une fréquence quinquennale, en conciliant bénéfice sanitaire et réduction du fardeau des soins. Dans toutes les simulations, même lorsqu’on intègre des paramètres plus défavorables — tels que l’adhésion imparfaite au dépistage ou une efficacité vaccin moindre —, les stratégies moins fréquentes restent robustes et n’augmentent pas le risque de cancer significativement, tout en diminuant les coûts et les interventions inutiles.
Les auteurs soulignent que l’essentiel de cette optimisation repose sur l’âge au moment de la vaccination, qui modifie fortement le risque résiduel de lésions précancéreuses après vaccination. Il en découle que les recommandations actuelles, issues d’une époque antérieure à la vaccination généralisée, pourraient être trop intensives pour les femmes vaccinées jeunes avec des vaccins valides contre les génotypes oncogènes les plus fréquents (p. ex. HPV 16/18).
L’étude met aussi en avant l’importance d’intégrer les aspects économiques et le bien-être des patientes dans l’évaluation des politiques de santé publique. Un dépistage moins fréquent, tout en maintenant une faible incidence de cancer, peut réduire la charge pour les systèmes de soins et pour les femmes (moins de consultations, de procédures invasives et de stress psychologique associés à des résultats faussement positifs), sans compromettre la qualité des soins préventifs.
Vers des stratégies de dépistage individualisées selon l’âge de vaccination
La transition vers des stratégies de dépistage individualisées selon l’âge de vaccination pourrait améliorer le rapport bénéfices/risques et valeur clinique des programmes de dépistage du cancer du col de l’utérus dans les populations à haute couverture vaccinale. Une telle approche nécessiterait toutefois une communication claire aux cliniciens et aux patientes, un suivi épidémiologique continu pour détecter d’éventuels écarts de bénéfice dans des sous-populations (par exemple femmes avec des couvertures vaccinales plus faibles ou avec des facteurs de risque supplémentaires), et des adaptations locales des recommandations selon les contextes de couverture vaccinale et d’organisation des soins.
Enfin, ces conclusions plaident pour un réexamen des lignes directrices nationales en matière de dépistage cervical en tenant compte de l’ère post-vaccinale contre le HPV, où l’équilibre entre prévention efficace, réduction des coûts et minimisation des préjudices liés au sur-dépistage est devenu plus favorable à des intervalles étendus, particulièrement pour les cohortes les plus jeunes et largement vaccinées.











