ASCO 2026
Cancer bronchique : un AC bispécifique chinois améliore la survie globale de plus de 4 mois
Les résultats d'un nouvel essai chinois présenté à l'ASCO 2026 ouvrent une nouvelle approche dans le cancer épidermoïde pulmonaire en prolongeant la survie d'environ quatre mois. Ce qui représente une amélioration substantielle compte tenu du fait que c'est une population de patients où les progrès sont longs et mineurs.
- Ilya Lukichev Toshkent, Uzbekistan/iStock
Double première historique à l'ASCO 2026. La présentation d'HARMONi-6 par le Pr Shun Lu (directeur du Lung Cancer Center du Shanghai Chest Hospital) marque un symbole fort. Pour le première fois, un médicament oncologique originaire de Chine est sélectionné dans le cadre de la séance plénière de l'ASCO, depuis les 61 ans d'histoire de la société savante.
Il s'agit également d'une première pour une étude conduite uniquement en Chine qui est retenu pour cette présentation de prestige.
Faut-il encore souligner la montée en puissance spectaculaire de la biotechnologie en Chine, qui passe du statut de sous-traitant à celui d'innovateur de premier plan reconnu par la communauté oncologique mondiale ? Illustration avec le cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) de type épidermoïde représentant l'un des sous-groupes les plus difficiles à traiter en oncologie thoracique, avec des progrès thérapeutiques historiquement limités.
Jusqu'à présent, l'association anti-PD-(L)1 + chimiothérapie à base de platine constituait le standard de soins en première ligne des formes localement avancées ou métastatiques.
L'ivonescimab (AK112/SMT112) est un anticorps bispécifique de première classe combinant dans une seule molécule un blocage du récepteur PD-1 (immunothérapie) et un blocage du VEGF (anti-angiogénique). L'hypothèse sous-jacente est que la synergie entre ces deux mécanismes pourrait surpasser l'efficacité d'un anti-PD-1 seul, tout en limitant les toxicités propres à chaque voie. L'étude HARMONi-6 teste directement ce concept : ce n'est pas ivonescimab contre placebo ou chimiothérapie seule, mais un anticorps bispécifique conçu pour co-bloquer PD-1 et VEGF, mis en compétition contre un inhibiteur de PD-1 établi sur un critère de survie.
Protocole de l'essai de phase III
HARMONi-6 est une étude de phase III évaluant l'ivonescimab en association avec une chimiothérapie à base de platine, comparée au tislelizumab (inhibiteur anti-PD-1) en association avec une chimiothérapie à base de platine, chez des patients atteints de CBNPC épidermoïde localement avancé ou métastatique, quelle que soit l'expression de PD-L1.
Après stratification par stade et statut PD-1, les patients ont été randomisés entre deux bras : ivonescimab à 20 mg/kg toutes les 3 semaines + carboplatine AUC5 + paclitaxel 175 mg/m² toutes les 3 semaines (jusqu'à 4 cycles), suivi d'une maintenance par ivonescimab à 20 mg/kg toutes les 3 semaines pendant 2 ans ou jusqu'à toxicité inacceptable ; ou le même schéma de chimiothérapie + tislelizumab 200 mg toutes les 3 semaines, suivi d'une maintenance à la même dose pendant 2 ans. O
L'étude HARMONi-6 a enrôlé 532 patients avec des caractéristiques de départ équilibrées entre les deux groupes. 92,3 % des patients inclus présentaient une maladie de stade IV, et environ 63 % avaient un carcinome épidermoïde de type central. Les deux critères principaux de l'étude sont la survie sans progression (SSP) et la survie globale (SG).
Survie sans progression (SSP) — données ESMO 2025 / The Lancet
Lors de l'ESMO 2025, l'ivonescimab en association avec la chimiothérapie avait substantiellement prolongé la survie sans progression des patients atteints de CBNPC épidermoïde par rapport au schéma tislelizumab + chimiothérapie. Le hazard ratio (HR) de SSP était de 0,60 (p < 0,0001). La SSP médiane était de 11,14 mois dans le groupe ivonescimab versus 6,90 mois dans le groupe tislelizumab, représentant une amélioration absolue de 4,24 mois.
Les bénéfices ont été cohérents dans tous les sous-groupes selon l'expression de PD-L1 : dans la population PD-L1 négative (TPS < 1 %), le HR de SSP était de 0,55 ; dans la population PD-L1 positive (TPS ≥ 1 %), le HR était de 0,66. Indépendamment de la présence de métastases hépatiques ou cérébrales, l'ivonescimab a montré un bénéfice significatif sur le schéma tislelizumab. Chez les patients avec métastases hépatiques, le HR de SSP était de 0,53 ; sans métastases hépatiques, de 0,64. Pour les patients présentant ≥ 3 sites métastatiques, le HR était de 0,46 ; pour ceux avec < 3 sites, de 0,64.
La durée médiane de réponse était également favorable : 11,2 mois avec l'ivonescimab versus 8,4 mois avec le tislelizumab.
Une amélioration de la survie globale de 4, 2 mois
En séances plénière de l'ASCO, la présentation a révélé les résultats de la survie globale (SG). L'étude a montré que le traitement par ivonescimab + chimiothérapie permettait une SG médiane de 27,9 mois, contre 23,7 mois dans le bras tislelizumab + chimiothérapie. La divergence de SG selon l'expression de PD-L1 était faible.
L'ivonescimab + chimiothérapie a amélioré la SG médiane de 4,2 mois par rapport au tislelizumab + chimiothérapie, après un suivi médian de 21,4 mois. Le bénéfice semblait cohérent entre les patients PD-L1 négatifs et positifs, avec des améliorations de SG de respectivement 36 % et 32 %. Fi
Le hazard ratio de SG était de 0,66, statistiquement significatif. Ce résultat a largement dépassé les attentes des analystes financiers, qui anticipaient un HR autour de 0,70-0,72 dans un scénario favorable, et considéraient qu'un HR ≤ 0,75 constituerait un « changement de paradigme complet ».
Près de 64 % d'effets indésirables
L'analyse de sécurité a révélé des événements indésirables liés au traitement (EIT) de grade ≥ 3 chez 63,9 % des patients sous ivonescimab contre 54,3 % sous tislelizumab. La proportion d'EIT immuno-médiés de grade ≥ 3 était similaire dans les deux groupes (9,0 % versus 10,2 %). Les événements indésirables possiblement liés au blocage du VEGF étaient plus fréquents dans le bras ivonescimab, dont la grande majorité de grade 1-2. Les hémorragies de grade ≥ 3 survenaient chez 1,9 % des patients sous ivonescimab versus 0,8 % sous tislelizumab.
Dans cette analyse de SG, l'ivonescimab a continué à démontrer un profil de tolérance acceptable et gérable, cohérent avec les études de phase III précédentes. Les effets indésirables les plus fréquents étaient la myélosuppression associée à la chimiothérapie.
« Il s'agit du premier grand essai prospectif démontrant qu'une thérapie bispécifique anti-PD-1/VEGF associée à la chimiothérapie est supérieure au standard établi anti-PD-1 + chimiothérapie chez des patients atteints de cancer pulmonaire épidermoïde avancé », a souligné l'investigateur principal.
Néanmoins, des limites importantes doivent être soulignées pour contextualiser ces résultats dans la pratique clinique mondiale. L'étude a été conduite en Chine, où les patients ont historiquement mieux répondu aux traitements par anti-PD-1 et anti-VEGF en monothérapie. La seule façon de déterminer si la combinaison dans une seule molécule produit des résultats différents pour des populations plus larges est de mener des études complémentaires en Occident. La discussion à l'ASCO a explicitement déclaré que les résultats ne sont pour l'heure pas directement applicables à la population mondiale, en attendant les données des études HARMONi-3 (globale).
Un riche programme de développement
Summit prévoit de rapporter les résultats de SSP du bras épidermoïde de l'étude mondiale HARMONi-3 au second semestre 2026, et les résultats du bras non épidermoïde au premier semestre 2027. CNBC
Au-delà du CBNPC, le programme ivonescimab s'étend notamment au cancer colorectal métastatique (phase II globale présentée également à l'ASCO 2026) et au CBPPC après échec d'une chémio-immunothérapie.








