Pneumologie
BPCO, SADS et insuffisance cardiaque : la triple peine
L’insuffisance cardiaque et le syndrome d'apnée du sommeil sont deux comorbidités présentent seules ou associées chez 2/3 des patients BPCO. Il est fondamental de les dépister le plus tôt possible pour limiter les risques. D’après un entretien avec Olivier LE ROUZIC.
Une étude, dont les résultats sont parus en janvier 2026 dans l’ERJ Open Research, a cherché à évaluer la fréquence et l’importance clinique de l’association BPCO-SADS-Insuffisance cardiaque chez des patients atteints de BPCO modérée à sévère, suivis dans un centre spécialisé. Il s’agit d’une étude suédoise monocentrique. Les auteurs de ce travail ont également exploré les liens physiologiques, fonctionnels et inflammatoires de cette triade, ainsi que les facteurs prédictifs permettant une détection précoce. Entre 2018 et 2024, les patients recrutés dans un centre de soins tertiaires ont bénéficié d’évaluations complètes comprenant des examens respiratoires (spirométrie, DLCO, gaz du sang), un test de marche de 6 minutes, des dosages biologiques, notamment des NT-proBNP, biomarqueur utile pour détecter et surveiller l’insuffisance cardiaque chronique, et des questionnaires mesurant la dyspnée, les symptômes de la MPOC et la somnolence diurne.
Une prévalence élevée de SADS et insuffisance cardiaque associés à la BPCO
Le professeur Olivier LE ROUZIC, pneumologue dans le service de pneumologie et immuno-allergologie du Centre Hospitalier Universitaire de Lille, explique que la présence du syndrome d’apnée du sommeil a été évaluée sans polysomnographie mais grâce à des outils utilisés en suivi à domicile, avec calcul du score d’apnée-hypopnée, qui était significatif à partir de 15. L’insuffisance cardiaque était évalué par la présence éventuelle de signes cliniques et sur une valeur de NT-proBNP supérieur à 400, sans réalisation d’échographie cardiaque. Les résultats ont montré une prévalence élevée pour chacune des comorbidités : 50% des patients atteints de BPCO avaient un SADS, 39% avaient une insuffisance cardiaque et 25% d’entre eux étaient porteurs des deux comorbidités. Oliver LE ROUZIC souligne toutefois que tous les patients inclus relevaient d’un centre tertiaire, ce qui laisse imaginer une sélection de patients BPCO sévères. Il précise que lorsque ces patients sont atteints de l’une ou des deux comorbidités, la spirométrie n’est pas forcément différente mais l’inflammation est plus importante, ainsi que l’altération de la capacité d’exercice. Il est donc fortement recommandé de penser à dépister le SADS et l’insuffisance cardiaque chez les sujets atteints de BPCO.
Dépister les comorbidités avant qu’elles ne parlent
Olivier LE ROUZIC insiste sur la nécessité de bien dépister ces comorbidités, même si elles ne sont pas cliniquement parlantes. Il précise que ce travail a fourni une évaluation à un temps donné mais qu’il n’y a aucune donnée longitudinale, évaluant l’impact de ce dépistage sur les exacerbations et la mortalité. Il ajoute que les outils de débrouillage utilisés sont intéressants car ils sont d’utilisation simple, et permettent de dépister les comorbidités, avant d’être complétés par une polysomnographie et une échographie cardiaque. Enfin, Olivier LE ROUZIC rappelle que 25 à 30 % des patients atteints de BPCO meurent d’une pathologie cardiaque et qu’il ne faut pas attendre que la maladie parle pour la dépister. Plus elle est diagnostiquée précocement, plus les risques sont limités grâce à une prise en charge adaptée. Ceci est préconisé dans les recommandations et ce travail sert à rappeler que la prévalence des comorbidités liées à la BPCO est élevée.
En conclusion, ce syndrome de chevauchement, qui correspond à l’association de la BPCO, et de l’apnée obstructive du sommeil, est lié à une morbidité plus élevée que chacune de ces maladies prise isolément. Le dépistage de l’apnée du sommeil et de l’insuffisance cardiaque par des moyens simples doit être systématique. Quand on cherche, on trouve…








