Pneumologie

Sevrage tabagique : adopter une stratégie opt-out

Les fumeurs présentent un risque d’hospitalisation supérieur d’environ un tiers par rapport aux non-fumeurs. Un écart persistant de prévalence du tabagisme demeure entre les populations les plus défavorisées et les moins défavorisées.  Proposer systématiquement un traitement du sevrage tabagique sans attendre le souhait du patient hospitalisé pourrait être efficace en offrant un accès équitable à cette prise en soin et améliorer son efficacité. D’après un entretien avec Yiannis PSONKA.

  • 19 Février 2026
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    Une étude, dont les résultats sont parus en décembre 2025, dans Thorax, a cherché à analyser les différences dans l’accès et les résultats du traitement « opt-out » de la dépendance au tabac, selon le niveau de privation, instauré en Angleterre, par  le National Health Service. Pour cela, les auteurs de ce travail ont évalué les données provenant de 111 établissements hospitaliers aigus en Angleterre (soit 84 % des établissements), couvrant 243 847 admissions hospitalières de personnes ayant fumé en 2024, correspondant à 185 147 individus. Ils ont évalué la réalisation de tentatives d’arrêt soutenues ainsi que leur succès, et utilisé des modèles de régression logistique afin de déterminer si ces résultats variaient en fonction du niveau de privation, mesuré à partir du lieu de résidence des patients. La prise en charge et l’efficacité reposaient sur l’acceptation de la  prise ne charge, l’organisation du sevrage, la détermination d’une date d’arrêt et le suivi. Le critère de succès était auto-déclaratif, à 4 semaines de la date d’arrêt prédéterminée.

     

     

    Une participation par défaut au sevrage tabagique

    Le docteur Yiannis PSONKA, responsable de l’Unité de Tabacologie, au Centre Hospitalier Universitaire de Lille, rappelle l’importance de l’impact du tabagisme sur la population fumeuse avec deux tiers des décès liés au tabac en Grande-Bretagne et un décès sur deux lié au tabac, en France. Le tabagisme est un marqueur social : on observe, en moyenne,  12% de fumeurs chez les cadres et 25% chez les ouvriers, avec une tendance à l’aggravation. Le modèle économique et sanitaire anglais a évalué les coûts de santé liés au tabac à un milliard de livres. En France, en y ajoutant le coût social (arrêt de travail, années de vie perdues…), ce coût s’élève à 165 milliards d’euros. Yiannis PSONKA souligne que l’accès à la prise en charge tabacologique souffre d’inégalités en fonction du statut socio-économique. La stratégie opt-out, lors d’une hospitalisation, qui signifie que l’on doit exprimer son opposition au sevrage tabagique pour ne pas en bénéficier, comme pour le don d’organe, entraine une participation par défaut, ce qui permet aux populations défavorisées d’avoir un meilleur accès au sevrage, sans avoir à le demander.

     

    Plus de tentatives mais moins de succès dans les populations défavorisées

    Yiannis PSONKA relève que les résultats de ce travail ont montré que le recul du tabagisme était d’environ 16%, ce qui représente une proportion supérieure  à la moyenne nationale. Les tentatives de sevrage étaient, en nombre, plus importantes, au sein des populations défavorisées, mais avec une variabilité en fonction des hôpitaux. En terme de réussite, les populations défavorisées ont eu 22% de chances de succès en moins que les autres populations, et si l’hôpital se trouvait en zone défavorisée, ces chances étaient encore moins grandes, ces hôpitaux ayant moins de ressources et prenant en charge un nombre important de patients. Ces résultats confirment la volonté de sevrage dans les populations défavorisées, mais avec un taux de succès relativement faible. Yiannis PSONKA précise donc qu’une hospitalisation pour un motif aigu est le bon moment pour aborder le sujet avec les patients tabagiques. Il explique le manque de succès chez les patients défavorisés par une moins bonne motivation, une stigmatisation, un environnement défavorable, une faible adhésion et une forte dépendance. Il faut, selon lui, multiplier les tentatives et assurer un suivi étendu et prolongé de cette population.

     

    En conclusion, la tendance globale est au renforcement de la prise en charge systématique du sevrage tabagique. Il faut sortir de l’image de fatalité au sein des populations défavorisées, qui souhaitent autant que les autres arrêter de fumer. Ces populations, chez qui le « one shot » ne fonctionne pas, ont besoin d’un suivi régulier et d’un accompagnement  plus personnalisé. Ce concept, une fois mis en place, est efficace…

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