Pneumologie
Sevrage tabagique chez les sujets atteints de pathologie psychiatrique, nécessaire et réalisable !
Bien que le tabagisme soit particulièrement fréquent chez les personnes atteintes de troubles mentaux et qu’il contribue à une morbidité et une mortalité accrues, les interventions de sevrage tabagique restent efficaces et nécessaires dans cette population. D’après un entretien avec Amine BENYAMINA.
Un éditorial, paru en décembre 2025, dans le New England Journal of Medicine, a fait le point sur le tabagisme chez les sujets atteints de pathologies psychiatriques. Les auteurs de ce texte ont expliqué que cette épidémie constitue un problème majeur de santé publique ainsi qu’un enjeu de droits humains. Compte tenu de la grande variabilité des infrastructures de soins de santé, des contextes socioculturels et des données disponibles, les stratégies visant à réduire la consommation de tabac chez les personnes atteintes de troubles mentaux doivent être adaptées au contexte. Néanmoins, l’intégration du sevrage tabagique dans les services de santé mentale — soutenue par une volonté politique, une formation adéquate et une répartition équitable des ressources — est à la fois nécessaire et réalisable.
Des risques majorés chez les patients psychiatriques
Le professeur Amine BENYAMINA, psychiatre addictologue, dans le service de psychiatrie et addictologie de l’Hôpital Paul Brousse, à Villejuif, explique que même si le sujet n’est pas nouveau, ce travail est particulièrement intéressant car il pointe une fois de plus le fléau que représente le tabagisme chez les patients atteints de pathologies psychiatriques. En effet, la surmortalité liée au tabac chez ces patients est majeure. Les maladies associées au tabac représentent l’une des principales causes de mortalité chez les patients atteints de maladies psychiatriques. Leurs conditions sociales et leur mode de vie favorisent la consommation de tabac et les maladies psychiatriques peuvent impacter les inégalités sociales en santé. La prévalence du tabagisme chez ces sujets est très forte et le tabagisme est souvent associé à une mortalité précoce chez ces patients. Amine BENYAMINA ajoute qu’au sein de cette population, le tabac est consommé en mode processuel et qu’il majore les risques d’incendie, de dépression ou encore d’altérations cognitives. L’action de certains médicaments peut également être impactée.
Nécessité d’un sevrage adapté et accompagné
Amine BENYAMINA insiste sur le fait que le sevrage tabagique doit être maximisé chez les patients atteints de pathologies psychiatriques et nécessite un accompagnement adapté et durable. Pour lui, il est simple de proposer ce sevrage à ces patients dès leur admission mais cela n’est pas systématiquement réalisé alors que les effets du tabagisme sur cette population justifient et nécessitent un accompagnement individuel et coordonné. Les produits de substitution sont bien tolérés dans la population générale et la plupart d’entre eux peuvent être administrés aux patients psychiatriques . La varenicline est un traitement de deuxième intention efficace dans cette population. En revanche, le bupropion est contre-indiqué chez les patients bipolaires ou encore chez les anorexiques, par exemple.
En conclusion, le tabagisme chez les patients atteints de pathologies psychiatriques est un véritable fléau et le sevrage doit être proposé le plus tôt possible lors du suivi ou lors d’une admission en milieu hospitalier. Il est absolument nécessaire d’éviter la double discrimination…








