Pneumologie

Asthme : le remodelage bronchique est un processus dynamique réversible

Le mépolizumab améliore également le remodelage bronchique dans l'asthme sévère éosinophilique. Cela démontre l’aspect dynamique et réversible du remodelage, y compris chez les patients asthmatiques sévères. D’après un entretien avec Camille TAILLE.

  • 08 Janvier 2026
  • A A

    Une étude, dont les résultats sont parus en décembre 2025 dans CHEST, a cherché à démontrer si le mépolizumab, anticorps monoclonal ciblant l’IL-5, est capable d’influencer le remodelage des voies aériennes chez des patients adultes atteints d’asthme sévère. Pour cela , les auteurs ont inclus, de manière prospective, 37 patients éligibles au traitement par mépolizumab. Le mépolizumab a été administré à la dose de 100 mg par voie sous-cutanée toutes les quatre semaines pendant une durée de 12 mois. Des biopsies bronchiques ainsi qu’un lavage bronchoalvéolaire  ont été réalisés à l’inclusion, à 6 mois et à 12 mois. Les paramètres cliniques et fonctionnels, le remodelage des voies aérienne (muscle lisse, membrane basale, vaisseaux…) ainsi que les marqueurs inflammatoires ont été évalués à chacun de ces temps.

     

    Le remodelage est un processus dynamique

    Le professeur Camille TAILLE, pneumologue, spécialiste de l’asthme à l’hôpital Bichat-Claude Bernard, à Paris, et auteure de ce travail, rappelle que le remodelage bronchique observé au cour de l’asthme est partiellement lié à l’inflammation chronique éosinophilique. Le mepolizumab, en bloquant cette inflammation éosinophilique, améliore donc le remodelage bronchique. En effet, les résultats de ce travail ont montré qu’après 6 mois de traitement, le remodelage a diminué, tant au niveau du muscle lisse que de l’épaisseur de la membrane basale. Le remodelage bronchique est donc réversible et semble donc être un processus dynamique, même en cas de maladie évolutive, ce qui n’avait pas été démontré jusque-là. Camille TAILLE précise que, pour autant, la fonction respiratoire n’est pas améliorée, mais que celle-ci n’a été évaluée que par le VEMS. Une oscillométrie avec une évaluation des petites voies aériennes aurait peut-être apporté des résultats différents sur la fonction respiratoire.

     

    Quid de la stabilité de l’amélioration du remodelage

    Camille TAILLE souligne que la question que posent les résultats de ce travail est celle de la stabilité dans le temps de la diminution du remodelage bronchique. Les cellules musculaires et les fibroblastes sont morphologiquement modifiés mais, dans cette étude descriptive, il n’est pas démontré qu’ils le soient fonctionnellement. Elle rappelle que la littérature a déjà montré que les récepteurs à l’IL5 ne sont pas seulement exprimés par les éosinophiles mais aussi par les cellules musculaires lisses, entre autres. Ce travail ouvre donc des portes à de nouveaux travaux qui viseraient à démontrer l’évolution du remodelage bronchique sur le long terme, après traitement  par mépolizumab.

     

    En conclusion, le remodelage bronchique observé au cours de l’asthme sévère n’est pas un phénomène fixé. Ce nouveau constat, dont l’évolution n’est pas encore démontrée sur le long terme, pousse encore une fois à l’utilisation des biothérapies dans l’asthme sévère…

    Pour pouvoir accéder à cette page, vous devez vous connecter.