Onco-Thoracique

Adénocarcinome pulmonaire : une signature pronostique chez les patients n’ayant jamais fumé

L'analyse transcriptomique d'adénocarcinome pulmonaire de patients n'ayant jamais fumé a permis de mettre en évidence une signature pronostique et de mieux comprendre le rôle du micro-environnement tumoral.

  • Ilya Lukichev/iStock
  • 20 Avril 2026
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    Le cancer du poumon constitue l’une des principales causes de mortalité par cancer dans le monde. Environ 10 à 25 % des cancers du poumon surviennent chez des personnes n’ayant jamais fumé. La majorité de ces cas correspond à des adénocarcinomes pulmonaires. Comparé aux cancers pulmonaires liés au tabac, l’adénocarcinome pulmonaire chez les personnes n’ayant jamais fumé touche plus fréquemment les femmes et la population asiatique, et semble présenter des différences en termes de morphologie, de caractéristiques moléculaires et de pronostic clinique. De nombreux cas d’adénocarcinomes pulmonaires chez les personnes n’ayant jamais fumé ne présentent aucun facteur de risque identifiable et restent largement sous-étudiés.

    Le microenvironnement tumoral (TME) est désormais reconnu comme un acteur clé dans l’initiation, le développement, les métastases et la résistance thérapeutique des tumeurs. Une analyse approfondie de la plasticité des états cellulaires et de la composition cellulaire complexe de l’adénocarcinome pulmonaire chez les personnes n’ayant jamais fumé et de son TME, via le profilage transcriptomique, est essentielle pour comprendre les trajectoires évolutives des tumeurs, améliorer la prédiction des résultats cliniques et orienter la prise de décision thérapeutique.

    L’article sélectionné ici présente des données de RNA-seq provenant de 684 patients atteints d’un adénocarcinome pulmonaire chez les personnes n’ayant jamais fumé.

     

    Classification transcriptomique des adénocarcinomes pulmonaires chez les non-fumeurs

    Les auteurs ont identifié trois sous-types présentant des caractéristiques phénotypiques et des compositions cellulaires distinctes. Des données génomiques et histologiques supplémentaires ont permis de mieux caractériser ces sous-types.

    • Le sous-type « Steady », caractérisé par une faible prolifération, une forte proportion de cellules alvéolaires, une différenciation modérée à bonne et peu d’altérations des gènes pilotes, est associé à une survie prolongée et à une faible évasion immunitaire.
    • Le sous-type « Proliferatif » montre des marqueurs de prolifération élevés, des mutations de TP53 et des fusions géniques.
    • Le sous-type « Chaotic », avec des marqueurs élevés de transition épithéliale-mésenchymateuse (EMT), présente le pronostic le plus défavorable, même pour les tumeurs de stade I. Dépourvu de caractéristiques moléculaires ou histologiques connues, ce sous-type agressif est identifié uniquement à partir des données transcriptomiques.

    Les auteurs rapportent que le sous-type Steady était associé à une meilleure survie (HR = 0,43, IC 95 % = 0,3–0,63, p = 1,3 × 10⁻⁵), tandis que le sous-type Chaotic présentait la survie la plus défavorable (HR sur 10 ans = 1,4, IC 95 % = 0,99–2, p = 0,056 ; HR sur 5 ans = 1,5, IC 95 % = 1,0–2,3, p = 0,031). Étant donné la forte prévalence des stades tumoraux précoces et avancés respectivement dans les sous-types Steady et Chaotic, les auteurs ont ensuite limité les analyses aux tumeurs de stade I uniquement (n = 374) et confirmé l’association des sous-types avec la survie (Steady : HR = 0,39, IC 95 % = 0,22–0,68, p = 8,8 × 10⁻⁴ ; pour le sous-groupe Chaotic, la survie reste nettement défavorable même pour les tumeurs de stade I (HR sur 10 ans = 2,5, IC 95 % = 1,3–4,7, p = 0,0043 ; HR sur 5 ans = 3,7, IC 95 % = 1,8–7,3, p = 2,2 × 10⁻⁴).

     

    Signature transcriptomique de 60 gènes : prédiction du pronostic et identification

    Une signature de 60 gènes a permis de reproduire cette classification et de prédire la survie, même au sein de sous-groupes définis par le stade tumoral ou des altérations génomiques connues, soulignant son potentiel pour améliorer le pronostic des d’adénocarcinomes pulmonaires chez les personnes n’ayant jamais fumé à un stade précoce dans un contexte clinique. En effet, plusieurs signatures caractérisant les sous-types Proliferatif et Chaotic représentent des cibles potentielles thérapeutiques. Par exemple, XPO1 est surexprimé dans les tumeurs classées dans le sous-type « Proliferatif » pour lequel il existe des essais en cours sur les tumeurs solides, y compris le cancer du poumon. Dans les tumeurs du sous-type « Chaotic », la régulation à la hausse des gènes codant pour le collagène (COL1A1, COL3A1) et des métalloprotéinases (MMP2, MMP14) suggère un bénéfice potentiel de thérapies ciblant les MMP ou les fibroblastes associés aux cancers. Ces résultats mettent en évidence des vulnérabilités thérapeutiques distinctes selon les sous-types, avec des implications possibles pour des stratégies de traitement personnalisées et la recherche translationnelle future.

     

    Étudier les adénocarcinomes pulmonaires chez les non-fumeurs est crucial pour mieux comprendre leurs caractéristiques spécifiques et les facteurs de risque encore mal identifiés, afin de guider la prévention ciblée. Cela permet également d’optimiser la prise en charge clinique et le développement de stratégies thérapeutiques adaptées à cette population particulière.

     

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