Gynéco-obstétrique

Grossesse et prise d'anti-acides: pas de risque accru de troubles neuropsychiatriques pour l'enfant.

Alors que l'exposition aux anti-acides au cours de la grossesse augmenterait le risque de transmission de pathologies allergiques chez l'enfant à naitre, une étude coréenne est plutôt rassurante. En ce qui concerne les troubles neuro-psychiatriques, une méthodologie robuste permet d'écarter ce danger.   

 

 

  • Prostock-Studio/iStock
  • 09 Janvier 2026
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    L’étude de Hong et al.publiée par JAMA en ligne le 7 janvier 2026  évalue l’association entre l’exposition prénatale aux médicaments anti-acides– incluant les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) et les antagonistes des récepteurs H2 de l’histamine – et le risque ultérieur de troubles neuropsychiatriques chez l’enfant.

    Dans la littérature, plusieurs études observationnelles ont rapporté qu’une exposition in utero à des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) ou des antagonistes H2 était associée à une augmentation du risque de certains troubles chez l’enfant, en particulier des maladies allergiques et de l’asthme. Ce qui peut indirectement évoquer des perturbations du développement immuno-neurobiologique ou des biais dans des cohortes classiques.

    Un risque accru d'asthme

    Une cohorte néerlandaise a ainsi montré que les enfants exposés aux IPP ou H2 en période prénatale présentaient un risque plus élevé de développer des maladies allergiques, avec des hazard ratios ajustés significativement supérieurs à 1 pour l’asthme, la dermatite atopique et la rhinite allergique comparés aux non exposés, et une association particulièrement marquée quand plusieurs maladies étaient présentes simultanément.

    Une méta-analyse regroupant huit études a également trouvé une association significative entre l’usage maternel d’anti-acides en grossesse et le risque d’asthme chez l’enfant (RR global environ 1,34 pour les IPP et 1,57 pour les antagonistes H2), suggérant que les expositions prénatales pourraient influencer la survenue de troubles respiratoires allergiques dans l’enfance. Ces études partagent des limites méthodologiques importantes : elles sont principalement observationnelles et peuvent souffrir de biais de confusion. Par exemple les femmes souffrant de reflux sévère ou d’asthme maternel sont plus susceptibles de prendre des anti-acides et de transmettre un risque génétique ou environnemental.

    C’est précisément pour ces raisons que Hong et coll ont eu recours à des méthodes décrites comme plus robustes comme des comparaisons intrafamiliales par exemple.

    Les auteurs s’appuient donc sur une cohorte nationale sud-coréenne de plus de 2,7 millions de dyades mère-enfant issues du système national coréen our des naissances entre janvier 2010 et décembre 2017, avec un suivi des enfants jusqu’à fin 2023. L’objectif principal est d’examiner si l’usage de ces médicaments au cours de la grossesse est associé à des diagnostics établis de troubles neuropsychiatriques, tels que le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), les troubles du spectre de l’autisme (TSA), l’insuffisance intellectuelle, des troubles neuropsychiatriques sévères ou le trouble obsessionnel compulsif (TOC).

    L’exposition prénatale est définie par au moins une prescription d’anti-acide (IPP ou antagoniste H2) au cours de la grossesse. Les diagnostics des troubles neuropsychiatriques chez les enfants sont identifiés à l’aide des codes de la Classification internationale des maladies, dixième révision (CIM-10). La cohorte primaire comprend 403 658 paires exposées et 403 659 non exposées,

    Une exposition prénatale aux anti-acides est associée à une légère augmentation du risque de diagnostic de troubles neuropsychiatriques chez l’enfant. Les risques absolus cumulés jusqu’à l’âge de suivi montrent des incidences plus élevées d’un ensemble de troubles chez les enfants exposés versus non exposés, avec un risque ajusté global pour tout trouble neuropsychiatrique autour de 1,13 (95 % CI ~1,12-1,17). Des associations statistiquement significatives sont observées individuellement pour le TDAH, les TSA, l’insuffisance intellectuelle, les troubles neuropsychiatriques sévères et le TOC dans ces modèles non contrôlés par des facteurs familiaux. Ces résultats pourraient suggérer un effet potentiel des médicaments anti-acides sur le développement neuropsychiatrique, peut-être via des mécanismes liés à l’interaction entre le microbiome maternel, le métabolisme des nutriments ou d’autres voies biologiques impliquées dans le neurodéveloppement, bien que ces mécanismes ne soient pas testés directement dans cette étude.

    Un modèle recourant aux comparaisons frère/soeur

    Cependant, dans les analyses utilisant des comparaisons frère/sœur, lesquelles contrôlent les facteurs génétiques et environnementaux partagés au sein des familles, aucun lien significatif n’est établi entre l’exposition prénatale aux anti-acides et les risques de troubles neuropsychiatriques chez les enfants. Les hazard ratios ajustés dans ces analyses intrafamiliales sont proches de l’unité pour l’ensemble des troubles étudiés, notamment le TDAH (HR ~0,98), les TSA (HR ~0,98), l’insuffisance intellectuelle, les troubles neuropsychiatriques sévères et le TOC. Ainsi, ces résultats ne fournissent pas de preuve robuste d’un effet causal de ces médicaments sur le développement neuropsychiatrique lorsqu’on contrôle les influences familiales non mesurées.

    Les auteurs soulignent que les associations observées dans les modèles principaux pourraient être le reflet de facteurs persistants, comme des caractéristiques maternelles, des comorbidités, des indications cliniques sous-jacentes (par exemple troubles gastro-œsophagiens plus fréquents chez certaines populations) ou des déterminants environnementaux et sociaux. Le recours au design frère/sœur tente de minimiser ces biais en comparant des enfants issus de la même mère mais exposés différemment, suggérant que les associations apparentes dans les modèles pondérés pourraient ne pas représenter une relation causale directe.

    Sur un plan clinique, cette étude apporte des éléments de réassurance pour la pratique obstétricale. Elle n’identifie pas d’augmentation significative, après contrôle des facteurs familiaux, du risque de troubles neuropsychiatriques chez l’enfant liée à l’usage prénatal d’IPP ou d’antagonistes H2. Les résultats invitent à interpréter avec prudence les associations observées dans des modèles traditionnels.

    En conclusion, l’étude ne trouve pas de preuve convaincante d’un risque accru de troubles neuropsychiatriques chez les enfants après exposition prénatale à des médicaments anti-acides dans les analyses contrôlant les facteurs familiaux

     

     

     

     

     

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