Pneumologie

Comment améliorer l’éligibilité au dépistage du cancer du poumon ?

Déterminer l'âge de début du dépistage du cancer du poumon en fonction de la durée depuis laquelle le sevrage tabagique a été obtenu serait une piste pour améliorer l’efficience du dépistage en ciblant l’éligibilité, mais peut-être trop théorique.  D’après un entretien avec Sébastien COURAUD.

  • 19 Mars 2026
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    Une étude, dont les résultats sont parus en décembre 2025, dans le JAMA Network Open, a cherché à développer une stratégie plus personnalisée de dépistage du cancer du poumon. Il s’agit d’une étude de cohorte, basée sur les données de la UK Biobank,  incluant des participants de 50 ans ou plus, sans antécédent de cancer et avec au moins 20 paquets-années de tabagisme. Les chercheurs ont analysé l’association entre la durée depuis l’arrêt du tabac (moins de 5 ans, de 6 à 10 ans, de  11à 15 ans,  plus de 15 ans), l’intensité du tabagisme et l’âge, avec le risque de cancer du poumon à 10 ans, à l’aide de modèles statistiques (Cox). Ils ont estimé des « périodes de report du risque » afin de déterminer à quel âge commencer le dépistage chez les anciens gros fumeurs, en fonction du temps écoulé depuis l’arrêt. L’objectif était d’adapter l’âge de début du dépistage au niveau de risque individuel, en prenant comme référence l’âge de 50 ans recommandé pour les fumeurs actifs.

     

    Un objectif : mieux concentrer les populations à risque

    Le professeur Sébastien COURAUD, chef de Service de Pneumologie aigue spécialisée et cancérologie thoracique à l’Hôpital Lyon Sud, rappelle que le sujet de l’éligibilité des sujets au dépistage du cancer pulmonaire est une question complexe et que de nombreux articles dont l’objectif est d’améliorer le ciblage de la population éligible sont parus. L’objectif est d’augmenter l’efficience de ce dépistage en ne présentant que les sujets à fort risque. Sébastien COURAUD évoque l’indicateur  NNS (Number Needed to Screen), très utilisé, qui  correspond au nombre de personnes qu’il faut dépister pendant une période donnée pour prévenir un décès lié à la maladie. Plus le NNS est bas, plus le dépistage est efficace. Pour le cancer du poumon, le NNS est d’environ 300 à 320 personnes sur environ 6 à 10 ans
    Cela signifie qu’il faut dépister environ 300 personnes à haut risque par scanner faible dose pour éviter un décès par cancer du poumon. Des actes médicaux coûteux et consommateurs de ressources ont donc été réalisés pour rien. Il est donc fondamental de mieux concentrer la population à risque. Sébastien COURAUD rappelle, qu’en France, les critères d’éligibilité, complexes,   sont l’âge compris entre 50 et 74 ans, un tabagisme de 20 paquets-années actif ou sevré depuis moins de 15 ans.

     

    Une bonne réflexion mais pas de cohorte de validation

    Sébastien COURAUD explique  qu’il y a deux manières pour tenter de répondre à la question. La première serait de simplifier les critères à l’extrême en incluant les sujets de 50 à 80 ans avec un tabagisme de plus de 20 ans. Ces critères sont simples mais ne vont pas enrichir le ciblage de la population à dépister. Le nombre d’individus est alors  très important, ce qui augmente le  NNS. Cette méthode serait intéressante en amont pour les participants mais délétère en aval car trop d’actes seraient pratiqués. La seconde méthode serait d’enrichir le ciblage en utilisant des critères plus complexes, comprenant un grand nombre de variables individuelles et nécessitant un logiciel pour calculer un risque théorique. Sébastien COURAUD fait référence à une étude allemande parue en décembre 2025 dont les résultats ont été positifs. Une autre option, celle qui est proposée ici , est de réaliser une stratification du risque et en modulant en fonction des paramètres et en partant du postulat que les anciens fumeurs sont moins à risque. Toutefois, même un sevrage éloigné n’annule pas le risque de développer un cancer du poumon. Pour Sébastien COURAUD, les auteurs ont transposé la notion de risque en question d’âge mais sans aucune cohorte de validation. Déterminer l’âge auquel il faut commencer le dépistage en fonction de la durée du sevrage est  très théorique. Il existe une variabilité du temps en fonction de la date du sevrage et une cohorte de validation aurait été nécessaire pour voir combien de cancers étaient « manqués » avec cette méthode.

     

    En conclusion, la réflexion globale sur la précision de l’éligibilité au dépistage du cancer du poumon chez les sujets fumeurs ou sevrés est intéressante et fondamentale, mais la notion d’âge seuil reste trop théorique et d’autres travaux sont encore nécessaires, avec des résultats renforcés par des cohortes de validation.

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