Santé publique

Covid 19: le refus de la vaccination s'est effondré au fil du temps

En Angleterre, l'hésitation vaccinale a été significative dans les premières semaines de la campagne de vaccination. Mais elle s'est rapidement émoussée avec les premiers retours positifs comme l'établit une étude qui a inclus plus d'un million de participants. Faut-il pour autant être optimiste sur la capacité des soignants à  toujours convaincre les réticents?   

  • Ridofranz/iStock
  • 14 Janvier 2026
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    « Je déteste les discussions, elles vous font parfois changer d’avis », écrivait Oscar Wilde. Ses concitoyens au XXIème siècle confirment la fine observation. Selon une étude publiée le 14 janvier par The Lancet en ligne auprès d’un plus d’un million de personnes en Angleterre et réalisée par des chercheurs de l’Imperial College (Londres), l’hésitation à sa faire vacciner contre le Sars Cov 2 a diminué au fil du temps. L’évolution est pour le moins spectaculaire.

    3,3% (37 982 sur 1,1 million) ont témoigné de leur hésitation à la vaccination. Toutefois des données de vaccinations étaient disponibles pour 24 229 (64%) d’entre eux. Après avoir atteint un pic de 8% en janvier 2021, le taux a chuté à 1,1% début 2022 avant de grimper de nouveau en février et mars 2022 à 2, 2% lors de l’arrivée du variant Omicron.    

    Près des deux tiers des participants ont changé d'avis;

    Au cours des 15 mois suivant le déploiement du vaccin, en 2021-2022, près des deux tiers des personnes qui exprimaient des réticences à sa faire vacciner ont donc finalement reçu une ou plusieurs doses.

    Quels étaient les arguments avancés pour ne pas se faire vacciner ? Sans surprise, les participants à l’enquête évoquaient leurs doutes sur l’efficacité du vaccin et la survenue d’effets secondaires. Mais lorsque ces avis étaient avancés, les personnes étaient plus susceptibles de changer d’avis et donc de se faire vacciner par la suite.   

    En revanche, la mise en avant d’une méfiance envers les développeurs de vaccins ou d’une faible perception du risque conduisaient à persévérer dans le refus de la vaccination.

    Les personnes âgées plus souvent opposées à la vaccination que les jeunes. 

    Les arguments avancés varient selon des critères démographiques. Les hommes (18%) affirment plus souvent que les femmes (10%) ne pas considérer le virus comme un risque personnel. Bien sûr, les femmes (21%) s’interrogent davantage que leur compagnon (8%) des risques sur leur fertilité. Quant aux personnes âgées de plus de 74 ans et plus, elles expriment (12%) plus souvent que les 18-24 ans (2,5%) leur opposition à la vaccination en général. Plus généralement, outre les personnes âgées, les réticences à la vaccination sont retrouvées chez les personnes d’origine africaine, les personnes sans emploi ou vivant dans des zones défavorisées, celles ayant des antécédents de covid ou disposant d’un faible niveau d’instruction.

    D’où les commentaires de la Pr Helen Ward, co-auteur de l’étude :«nous montrons que certains types d’hésitation vaccinale sont plus facile que d’autres à surmonter, par exemple les préoccupations liées à la grossesse ou à l’allaitement ».

    Ces résultats sont-ils liés à la situation exceptionnelle de la pandémie Covid 19 ? Peut-on les extrapoler à toutes les vaccinations ordinaires de routine ou saisonnières « afin d’orienter les interventions de santé publique adaptées au contexte », selon l’éditorial du Pr Silvio Tafuri (Université de Barin, Italie) ?

    Déjà en 2019, l’Organisation mondiale de la Santé avait classé l’hésitation vaccinale parmi les dix principales menaces pour la santé mondiale. L’étude signale également la baisse de la couverture vaccinale, notamment pour les vaccins infantiles contre la rougeole et la coqueluche.

    En France, on peut rappeler les résultats d’un sondage réalisé en décembre 2020, juste avant la mise à disposition des premières doses de vaccin. 41,3% des participants sans antécédent d’infection déclaraient un refus catégorique de se faire vacciner contre la Covid.  

    « Nous souhaitions examiner plus en profondeur l’hésitation vaccinale contre la Covide-19 afin d’identifier les groupes présentant des formes d’hésitation plus persistantes et leurs principales préoccupations ».

     « Notre étude montre qu’à mesure que la vaccination s’est déployée, la confiance du public a augmenté et le scepticisme initial a été largement surmonté », peut-on lire dans les commentaires.

    Mais ce vent d’optimisme est-il toujours d’actualité après les récentes décisions du ministre de la santé aux Etats-Unis qui a supprimé les obligations de vaccination chez les enfants ? Le refus de vaccination devrait  sans nul doute grimper après cette validation par les responsables politiques de la première puissance mondiale.

     

     

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