Oncologie
Mélanome : une localisation au niveau du cuir chevelu et du cou augmente le risque de récidive
Des caractéristiques telles que la localisation au cuir chevelu/cou, le neurotropisme, l'invasion lympho-vasculaire et le taux mitotique devraient être systématiquement retenues afin d'adapter la surveillance des patients atteints de mélanome localisé de stades I et II.
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Une nouvelle étude de cohorte publiée en ligne le 4 mars 2026 dans JAMA dermatology lien évalue l'association entre les caractéristiques du patient et de la tumeur et la récidive du mélanome localisé chez des patients diagnostiqués avec des mélanomes de stades IA à IIC. Le système de stadification AJCC de la 8e édition repose principalement sur l'épaisseur tumorale et l'ulcération pour classer les mélanomes localisés, mais d'autres caractéristiques anatomopathologiques pourraient affiner la stratification du risque de récidive et guider la surveillance post-thérapeutique. L'approbation récente des inhibiteurs de points de contrôle immunitaires pour les stades IIB et IIC rend d'autant plus critique l'identification de facteurs pronostiques complémentaires.
Les chercheurs ont conduit une étude de cohorte rétrospective portant sur 1 092 patients (âge médian 60 ans ; 57 % d'hommes, 96,7 % de Blancs) diagnostiqués avec des mélanomes de stades IA à IIC entre 2010 et 2017 à l'Université de Californie, San Francisco (UCSF), avec des données analysées du 1er janvier au 15 mars 2025. L'épaisseur tumorale médiane était de 1,1 mm (moyenne : 1,9 mm). Les patients présentant une récidive préalable, un mélanome métastatique, non cutané, double ou multiple ont été exclus. Les critères de jugement principaux étaient la présence d'une récidive et le délai de récidive, avec enregistrement des récidives locales, régionales et à distance. Le suivi médian était de 7,2 ans.
Un délai médian de récidive de deux ans
Au total, 178 mélanomes (16,3 %) ont récidivé, avec un délai médian de récidive de 2 ans. Les taux de récidive augmentaient avec le stade : 4,3 % pour le stade IA, 15,1 % pour le stade IB, 28,3 % pour le stade IIA, 37,2 % pour le stade IIB et 36,4 % pour le stade IIC.
Plusieurs variables clinico-pathologiques étaient associées au délai de survenue de la récidive : l'épaisseur tumorale, l'ulcération, la localisation tumorale (notamment cuir chevelu ou cou), le neurotropisme,à savoir le fait d’avoir une action élective sur le système nerveux, l'invasion lymphovasculaire et la présence de mitoses.
Ces résultats confirment et élargissent les données de la littérature. Des études antérieures avaient déjà souligné l'importance pronostique de ces variables : l'invasion lymphovasculaire et le taux mitotique figurent parmi les facteurs les plus robustement liés à la survie sans récidive et à la survie spécifique du mélanome. La localisation au niveau de la tête et du cou est reconnue comme un facteur de mauvais pronostic indépendant, de même que le neurotropisme (invasion péri- ou intraneurale).
Les anti-PD1disponible dès le stade IIB/IIC
Les auteurs concluent que la prise en compte de ces facteurs clinicopathologiques au-delà du seul stade AJCC pourrait aider à guider la surveillance des récidives. Ces données sont particulièrement pertinentes dans le contexte actuel où les thérapies adjuvantes (anti-PD1) sont désormais disponibles dès le stade IIB/IIC, rendant la stratification du risque individuelle d'autant plus importante pour optimiser les décisions thérapeutiques et personnaliser le rythme de suivi.
L'étude a été conduite dans un seul centre avec un nombre relativement faible de récidives. Des données manquantes pour plusieurs variables anatomopathologiques constituent également une limite. La cohorte est par ailleurs peu diversifiée sur le plan ethnique (96,7 % de Blancs), ce qui peut limiter la généralisation des résultats.
Cette étude de cohorte monocentrique apporte des données précieuses pour la pratique dermatologique quotidienne. Au-delà de l'épaisseur de Breslow et de l'ulcération déjà intégrées dans le système AJCC, des caractéristiques telles que la localisation au cuir chevelu/cou, le neurotropisme, l'invasion lympho-vasculaire et le taux mitotique devraient être systématiquement considérées pour adapter la surveillance des patients atteints de mélanome localisé de stades I et II.








