Nutrition
Vitamine D : Un taux très bas augmente le risque d'hospitalisation de 33% pour une infection respiratoire
Les données d'une cohorte britannique appuient l’importance du dépistage et de la correction des carences sévères en vitamine D, surtout chez les populations à risque (âgées, avec faible exposition solaire ou à risque nutritionnel), comme possible stratégie de prévention des formes graves d’infections respiratoires.
- bit245/iStock
Depuis la pandémie de la COVID 19, la prescription de vitamine D est désormais demandée par un grand nombre de patients. Mais cette efficacité suposée est-elle le résultat d'une fake news ou repose-t-elle sur les données d'études robustes ? L'étude (Association betwwen serum 25 -Hydroxyvitamine D status and respiratory tract infections requiring hospital admission: unmatched cas-control analysis of ethnic groupes from the United Kingdom Biobank Cohort, https://doi.org/10.1016/j.ajcnut.2025.101179) publiée dans The American Journal of Clinical Nutrition apporte une pierre aux exigences des malades en ne révélant pas de différence selon les origines ethniques.
Elle explore en effet l’association entre le statut en vitamine D sérique (25-hydroxyvitamine D – 25[OH]D) et le risque d’infections des voies respiratoires (IVR) graves nécessitant une hospitalisation chez des adultes du Royaume-Uni, en particulier au sein de différents groupes ethniques. Malgré la littérature suggérant une relation inverse entre taux de 25(OH)D et infections respiratoires, les données robustes, multi-ethniques et issues de grandes cohortes demeuraient à ce jour limitées. Cette recherche vise donc à clarifier si un faible taux de 25(OH)D est associé à un risque accru d’hospitalisation pour IVR dans une population hétérogène du point de vue ethnique.
Les auteurs ont réalisé une analyse cas-témoins non appariée basée sur les données de la UK Biobank, une large cohorte prospective britannique comprenant environ 500 000 adultes avec mesures de 25(OH)D au recrutement et suivis via les bases de données hospitalières nationales. Les participants inclus dans l’analyse finale étaient au nombre de 36 258, répartis par auto-identification ethnique : 34 % blancs, 28 % asiatiques, 19 % noirs, 11 % autres et 7 % métis. La période médiane de suivi était de 14,8 ans et le critère principal était la survenue d’au moins une hospitalisation pour infection des voies respiratoires (bronchite, pneumonie, infections des voies respiratoires basses).
Des analyses de survie (modèles de Cox) et des régressions logistiques binaires ont été employées pour estimer l’association entre les concentrations sériques de 25(OH)D et le risque d’hospitalisation pour IVR, avec ajustement pour des covariables sociodémographiques et cliniques pertinentes. Les concentrations de 25(OH)D ont été traitées à la fois comme variable continue (par incréments de 10 nmol/L) et comme catégories prédéfinies (<15, 15–24, 24–49, 50–74, ≥75 nmol/L). Une interaction potentielle entre 25(OH)D et l’origine ethnique a également été testée.
Une augmentation de 10 nmol/L de 25(OH)D était associée à une réduction de 4 % du risque d’hospitalisation
Sur l’ensemble de la cohorte, 8,5 % des participants ont été hospitalisés pour une IVR au cours du suivi. L’analyse en continu a montré qu’une augmentation de 10 nmol/L de 25(OH)D était associée à une réduction de 4 % du risque d’hospitalisation pour IVR (HR = 0,96 ; IC 95 % : 0,94–0,99), suggérant une relation inverse modérée mais statistiquement significative entre taux de vitamine D et risque d’événement respiratoire grave.
Lorsque les concentrations de 25(OH)D ont été examinées par catégories, l’effet protecteur s’est surtout manifesté chez les individus avec statut sévèrement déficient (<15 nmol/L), qui présentaient un hazard ratio de 1,33 (IC 95 % : 1,05–1,67) pour l’hospitalisation pour IVR comparé aux individus avec des taux ≥ 75 nmol/L. Les catégories intermédiaires (15–24, 24–49 et 50–74 nmol/L) n’étaient pas associées à une augmentation significative du risque par rapport à la catégorie ≥ 75 nmol/L.
L’analyse d’interaction entre 25(OH)D et l’origine ethnique n’a pas montré de modification statistiquement significative de l’association, indiquant que l’effet observé de la carence sévère en vitamine D sur le risque d’IVR graves pourrait être similaire à travers différents groupes ethniques de cette cohorte.
Ces résultats suggèrent qu’un taux sérique très bas de 25(OH)D (<15 nmol/L) est associé à une augmentation substantielle (≈ +33 %) du risque d’hospitalisation pour infections respiratoires sévères, par rapport à des taux considérés comme suffisants (≥ 75 nmol/L), et que chaque élévation modérée de 25(OH)D s’accompagne d’un léger bénéfice sur le risque. La relation dose-effet semble ici plus marquée aux extrémités du spectre des concentrations, avec un possible seuil protecteur.
La nature observationnelle de l’étude ne permet pas d’établir une causalité
Cependant, la nature observationnelle de l’étude ne permet pas d’établir une causalité. Des facteurs de confusion résiduels — tels que comorbidités non mesurées, statut nutritionnel global, exposition solaire, comportements de santé ou prescription de suppléments — peuvent en partie expliquer l’association. De plus, bien que multi-ethnique, la généralisation au-delà du contexte britannique et des groupes ethniques étudiés reste à confirmer. L’étude ne traite pas non plus de l’impact de la supplémentation en vitamine D ou de la variation temporelle des taux de 25(OH)D au cours du suivi.
Au final, chez des adultes britanniques d’origines ethniques variées, une très faible concentration de 25(OH)D est associée à une majoration du risque d’hospitalisation pour infection des voies respiratoires. Bien que des essais cliniques soient nécessaires pour confirmer la causalité et établir des recommandations thérapeutiques, ces données appuient l’importance du dépistage et de la correction des carences sévères en vitamine D, surtout chez les populations à risque (âgées, avec faible exposition solaire ou à risque nutritionnel), comme possible stratégie de prévention des formes graves d’infections respiratoires.
En France, la concentration de 25 (OH)D n’est pas prise en charge par l’Assurance Maladie. Faut-il demander un changement de la nomenclature ?








