Retour sur la 1ère émission des Grands Dialogues de la Santé

“Réparer la confiance” : pourquoi le système de santé ne tient plus sans dialogue

Dès les premières minutes de la première émission des Grands Dialogues de la Santé, le ton est donné :
la crise actuelle du système de santé n’est ni une crise de compétences, ni une crise scientifique, ni même une crise d’innovation. C’est une crise de confiance.  Pour voir l'émission cliquez ici 

 

 

  • 21 Janvier 2026
  • A A

    « La France n’a jamais eu autant de savoir, autant de talents, autant d’innovations. Le problème n’est pas technique, il est humain, politique, collectif », pose d’emblée Jean-François Lemoine.

    Ce constat traverse toute l’émission. Les soignants savent faire. Les patients savent ce dont ils ont besoin. Les solutions existent souvent à portée de main. Mais les espaces où ces acteurs peuvent se parler réellement ont disparu.

    Le Covid, révélateur brutal… et occasion manquée

    Très vite, la discussion revient sur la période Covid. Non par nostalgie, mais parce qu’elle a agi comme un révélateur.

    « Pendant le Covid, les professionnels ont retroussé les manches. On a cassé les barrières entre métiers, entre statuts, entre ville et hôpital », rappelle Jean-Paul Ortiz.
    Les pharmaciens, les médecins, les infirmiers, les collectivités locales ont alors pris en main l’organisation des soins, parfois en dehors des cadres habituels.

    Mais cette parenthèse a été refermée trop vite.

    « Dès que la crise s’est arrêtée, l’administration a repris la main, et les rigidités sont revenues. On n’a pas tiré les conclusions de ce qu’on avait pourtant prouvé être capables de faire », regrette Jean-François Bergmann.

    Enseignement clé : le système sait fonctionner en mode coopératif… mais uniquement sous contrainte extrême.

    Ce qui a manqué ensuite : une volonté politique de transformer l’essai.

    Une fracture qui s’élargit : soignants, patients, institutions

    Au fil des échanges, un mot revient avec insistance : fracture.

    Fracture entre ville et hôpital, bien sûr.
    Mais aussi fracture entre soignants et décideurs, et désormais fracture de confiance des patients eux-mêmes.

    Gérard Raymond, représentant des patients, le formule clairement :
    « Quand l’offre de soins de proximité ne répond plus aux besoins, le patient n’a plus qu’une solution : aller aux urgences. Ce n’est pas un choix, c’est un défaut d’organisation. »

    Cette logique d’engorgement est connue de tous, mais elle continue d’être traitée par le prisme budgétaire, via le PLFSS, plutôt que par une véritable stratégie d’organisation des soins.

    Le grand absent : une stratégie nationale de santé

    L’un des moments les plus forts de l’émission survient lorsque la question est posée frontalement: qui pilote réellement la santé en France ?

    La réponse est sans concession.
    « Tant qu’on abordera la santé par des lois financières annuelles, on échouera. Il faut une stratégie nationale de santé, portée politiquement, sur cinq ou dix ans », insiste Jean-Paul Ortiz.

    Le constat est sévère :

    • absence de cap lisible,
    • succession de ministres,
    • arbitrages dominés par Bercy,
    • et impossibilité de construire dans le temps long.

    Le pari des Grands Dialogues : recréer un espace intermédiaire

    Face à ce constat, la création des Grands Dialogues de la Santé n’est pas un format de plus. C’est une tentative assumée de recréer un espace intermédiaire entre expertise, décision et vécu du terrain.

    « Ici, on ne promet pas. On engage. On met face à face ceux qui vivent la santé et ceux qui ont le pouvoir d’en changer le cours », résume Jean-François Lemoine.

    L’émission ne cherche ni le consensus mou ni la polémique. Elle accepte le désaccord, mais refuse la caricature.

    Message central pour les médecins : la reconstruction du système passera par la co-construction, ou ne passera pas. Sans dialogue structuré, la réforme devient un champ de ruines.

    – Ce que le Covid a montré (et ce qu’on n’a pas su garder)

    • Capacité réelle d’auto-organisation des soignants
    • Coopération ville / hôpital possible
    • Allègement temporaire des normes inutiles
    • Décisions rapides quand l’enjeu est vital

    -  Une équation impossible

    • Des besoins de santé croissants (vieillissement, maladies chroniques)
    • Des professionnels qui changent leur rapport au travail
    • Un pilotage politique instable
    • Des décisions prises par le seul prisme budgétaire

     

     

     

    Pour pouvoir accéder à cette page, vous devez vous connecter.