Pneumologie
Atteintes pulmonaires interstitielles associées à la polyarthrite rhumatoïde, quelle stratégie de dépistage ?
Les pneumopathies interstitielles diffuses ne sont pas rares au cours de la polyarthrite rhumatoïde. Leur dépistage au cours des formes précoces de polyarthrite ne fait pas encore l’objet de consensus précis, tant sur son intérêt que sur sa méthode. D’après un entretien avec Pierre-Antoine JUGE.
Une étude, dont les résultats sont parus en novembre 2025 dans le Lancet Rheumatology, a cherché à évaluer la prévalence des pneumopathies interstielles diffuses (PID) au cours des polyarthrites rhumatoïdes (PR) précoces, les facteurs de risques et l’intérêt du dépistage de ces PID. Il s’agit d’une étude transversale issue d’une étude prospective sur les PID au ours des PR. Pour cela les auteurs ont inclus des patients atteints de polyarthrite rhumatoïde précoce, c’est-à-dire ayant un diagnostic inférieur 2 ans, qui ont été recrutés dans cinq centres universitaires aux États-Unis. Ils ont été évalués par des questionnaires, leurs antécédents médicaux, les résultats de leurs scanners thoraciques haute résolution, de leurs tests de fonction pulmonaire et de leurs analyses biologiques. La PID associée à la PR a été diagnostiquée par des radiologues thoraciques indépendants. L’étude visait à identifier les facteurs de risque de PID et à évaluer la performance des différentes stratégies de dépistage à l’aide de modèles de régression logistique multivariée. Le critère principal était la présence d’une PID associée à la PR.
Des scores de risque plus ou moins sensibles
Le docteur Pierre-Antoine JUGE ,rhumatologue dans le service de Rhumatologie de l’Hôpital Bichat-Claude Bernard, à Paris, et co-auteur de ce travail, ayant participé à la constitution de la cohorte SAIL-AR, explique qu’il existe des recommandations nationales et européennes sur la réalisation d’un scanner thoracique pour dépister une PID en cas de PR précoce, c’est-à-dire inférieure à 2 ans d’évolution, mais elles sont contradictoires, en raison du manque de données sur l’incidence des PID dans les PR précoces. Il précise que ce travail, orienté vers un dépistage systématique est trop poussé car la PR est très fréquent et le scanner peut-être trop invasif, pour des pathologies qui ne sont pas forcément toutes évolutives. Pour Pierre-Antoine JUGE, la stratégie serait de cibler les patients à risque, ce que les auteurs de ce travail ont fait en comparant différents scores de risque. Par exemple, au cours de cette étude, 19 PID ont été diagnostiquées chez 172 patients atteints de PR précoce, soit 11% des patients, avec des lésions probablement minimes au dépistage et une forme lentement progressive. Le scanner thoracique apparait donc peu représentatif au début. Différents scores ont été développés et certains scores, plus sensibles, ont entrainé la réalisation du scanner thoracique pour la quasi-totalité des patients et ainsi dépisté toutes les PID, pendant que d’autres plus spécifiques ont motivé la réalisation du scanner chez 19 patients, pour diagnostiquer 5 PID. La précision de ces scores est donc encore largement à parfaire. Pierre-Antoine JUGE ajoute que les résultats seraient probablement différents après 10 à 13 ans d’évolution de la PR, et pour lui, la temporalité doit être prise en compte.
Quid de l’intérêt de dépister des pneumopathies interstitielles asymptomatiques
Pierre-Antoine JUGE estime que la discussion est superflue, car le scanner n’est pas un examen si invasif, et qu’il permet le dépistage d’autres pathologies liées au tabac ou survenant chez des patients traités par immunosuppresseurs. Le coût est évidemment une question qui reste à discuter. Pour lui, la principale question est de savoir quelle conduite adopter après le dépistage d’une PID asymptomatique car, en rhumatologie, il n’existe pas de recommandation de prise en charge dans ce cas de figure. En effet, il explique que la prise en charge de la PID a un intérêt si on met la PR en rémission, mais cet objectif doit être appliqué à tous les patients atteints de PR. Les immunosuppresseurs ou les anti-fibrosants ne sont indiqués que dans les formes progressives. Le dépistage systématique n’est donc pas recommandé. Pierre-Antoine JUGE explique qu’à l’Hôpital Bichat-Claude Bernard, le scanner thoracique est réalisé dans le cadre du bilan pré-biothérapie, en cas de PR évolutive, mais son résultat ne change rien à la prise en charge de la PID si elle est découverte. Les recommandations européennes proposent de réaliser le scanner en fonction des facteurs de risque comme le tabagisme, le sexe masculin, l’activité de la PR ou le début tardif de la maladie. Il est alors recommandé d’orienter les patients vers un pneumologue. Le seul examen systématiquement recommandé avant tout traitement de PR est la radiographie thoracique, mais elle reste un outil très limité. Pierre-Antoine JUGE conclue en soulignant le manque de données sur les incidentalomes, qui obligent à annoncer une PID minime au patient, dont l’état psychologique est parfois fragile, avec toute la batterie d’examens respiratoires anxiogènes qui va nécessairement suivre .
En conclusion, le dépistage de la PID chez les patients atteints de PR précoce reste très théorique, et n’implique pas de changement de trajectoire pour le patient. Il permet d’être plus vigilant sur les facteurs de risque comme le tabagisme et les facteurs de prévention comme les vaccins, bien que cette vigilance soit naturellement recommandée pour tout le monde…








