Oncologie

Obésité, facteur de risque de cancer chez le sujet jeune ?

Dans une étude coréenne, l’excès de risque absolu reste modeste, inférieur à un point de pourcentage à dix ans. Mais il concerne une population très large.La transposition à d’autres populations demeure incertaine. Les seuils d’IMC asiatiques, la composition corporelle et la prévalence de l’obésité diffèrent.

 

  • Rani Nurlaela Desandi/iStock
  • 30 Octobre 2026
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    L’obésité et les cancers à début précoce progressent de concert chez les adultes jeunes, sans que la relation entre les deux soit bien caractérisée. Pour y répondre, Yun et al. ont exploité la base de données du Service national d’assurance maladie coréen entre 2009 et 2021 et analysé une cohorte de 6 313 338 adultes âgés de 20 à 39 ans, sans antécédent de cancer, ayant participé à un programme national de dépistage sanitaire. L'étude a été publiée dans Annals of Internal Medicine lien le 27 octobre 2026. L’indice de masse corporelle (IMC) était réparti en cinq catégories, de l’insuffisance pondérale à l’obésité de classe II, selon des seuils propres aux populations asiatiques (obésité de classe I dès 25 kg/m²), le critère principal étant l’incidence de cancer.

    151 893 cancers recensés

    Au cours d’un suivi moyen de 11,2 ans, 151 893 cancers ont été recensés. L’incidence cumulée à dix ans s’établissait à 1,84 % (IC à 95 % : 1,83-1,86) chez les sujets de poids normal, contre 2,24 % (2,22-2,27) en cas d’obésité de classe I et 2,62 % (2,56-2,68) en cas d’obésité de classe II, soit des différences de risque absolu de 0,40 point (0,39-0,41) et de 0,78 point (0,73-0,82). L’association relative apparaissait plus marquée chez les hommes, tandis que les différences de risque absolu étaient plus importantes chez les femmes. Ce qui reflète probablement une incidence de base plus élevée dans ce sexe. La prise en compte du tour de taille a affiné l’analyse. Les sujets en obésité de classe I selon l’IMC et présentant une obésité abdominale avaient une incidence cumulée à dix ans de 2,45 % (2,41-2,50), supérieure à celle des sujets de même classe d’IMC sans obésité abdominale (2,13 % ; 2,10-2,16) et même à celle des sujets en obésité de classe II sans obésité abdominale (2,20 % ; 2,03-2,36).

    Incidences les plus élevées concernaient les cancers de la thyroïde, de l’endomètre et de l’ovaire

    Les incidences cumulées les plus élevées concernaient les cancers de la thyroïde, de l’endomètre et de l’ovaire, alors que l’obésité n’était pas associée à un surcroît de cancer du sein diagnostiqué avant 50 ans, en accord avec l’absence d’effet délétère de l’adiposité avant la ménopause classiquement décrite pour cette tumeur.

    Les auteurs reconnaissent trois limites : le caractère observationnel, un échantillon non représentatif puisque restreint aux participants au dépistage, et des facteurs de confusion non mesurés, au premier rang desquels le tabagisme. S’y ajoute une mesure de l’IMC et du tour de taille à un instant donné, qui ne rend pas compte des trajectoires pondérales. L’interprétation du signal thyroïdien appelle en outre une prudence particulière. La Corée du Sud a connu une flambée de cancers de la thyroïde largement attribuée au dépistage échographique opportuniste : Ahn, Kim et Welch (N Engl J Med, 2014) puis Park et al. (BMJ, 2016) ont montré une forte corrélation entre les taux de dépistage et l’incidence, sans bénéfice sur la mortalité, ce qui évoque un surdiagnostic massif de carcinomes papillaires. Les participants ayant par construction bénéficié d’un bilan de santé, un biais de détection n’est pas exclu pour la thyroïde, et une étude cas-témoins appariée menée chez des Coréennes, qui retrouve une association entre obésité abdominale (tour de taille ≥ 85 cm ; OR 1,55 ; IC à 95 % : 1,16-2,07) et cancer thyroïdien, ne permet pas non plus de distinguer effet biologique et surdiagnostic. 

    Ces données rejoignent celles d’autres populations. Aux États-Unis, Sung et al. (Lancet Public Health, 2019) ont montré, à partir de registres couvrant environ deux tiers de la population, que l’incidence de six des douze cancers liés à l’obésité (colorectal, corps utérin, vésicule biliaire, rein, myélome multiple, pancréas) augmentait chez les 25-49 ans, avec un gradient croissant dans les cohortes de naissance successives. Pour le cancer colorectal précoce, une équipe allemande dirigée par Brenner (Gastroenterology, 2021) a rapporté un risque environ doublé en cas d’obésité, et multiplié par 2,6 lorsque celle-ci existait dès l’âge de 20 ans. Une analyse issue de la même base coréenne, portant sur 6 315 055 adultes de 20 à 39 ans suivis jusqu’en 2020 (Eur J Cancer, 2026), a mis en évidence pour le cancer du pancréas un hazard ratio ajusté de 1,39 en cas de surpoids ou d’obésité de classe I et de 1,96 (IC à 95 % : 1,59-2,42) en cas d’obésité de classe II, sans sur-risque en cas d’insuffisance pondérale ; cette cohorte recouvrant très largement celle de Yun et al.

    Excès de risque absolu modeste

    En définitive, l’excès de risque absolu reste modeste, inférieur à un point de pourcentage à dix ans. Mais il concerne une population très large. La transposition à d’autres populations demeure incertaine. Les seuils d’IMC asiatiques, la composition corporelle et la prévalence de l’obésité diffèrent. Les mécanismes évoqués dans la littérature, hyperinsulinémie, inflammation chronique et production d’œstrogènes par le tissu adipeux, sont plausibles. Enfin, rien dans ces données ne démontre qu’une prise en charge précoce du poids réduise le risque de cancer. La conclusion incitant au contrôle du poids et son influence sur l'incidence du cancer devrait être confirmée par des études évaluant l’effet de la perte de poids.

     

     

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