Santé publique

Obésité de l'enfant : une législation ambitieuse au Chili enregistre des résultats probants

Modestes en valeur absolue, ces effets précoces sur une période développementale critique sont susceptibles de se traduire par des bénéfices à long terme significatifs, compte tenu du fort pouvoir prédictif de l'obésité infantile sur le risque de diabète, d'hypertension et de maladies cardiovasculaires à l'âge adulte.

  • Jordi Mora Igual/iStock
  • 12 Juin 2026
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    Le Chili figure parmi les pays les plus touchés par le surpoids infantile à l'échelle mondiale. Les données nationales de 2023 font état d'une prévalence de surpoids chez 50,9 % des écoliers de moins de 14 ans, avec 23,9 % d'obésité. Face à cette situation, le pays a mis en place en 2016 une législation particulièrement ambitieuse sur l'environnement alimentaire, la Food Labelling and Advertising Law (FLAL), associant trois composantes majeures : l'apposition obligatoire d'octogones noirs en face avant des emballages signalant une teneur élevée en sucres, graisses saturées, sodium ou calories, l'interdiction de vente des produits concernés dans les écoles, et des restrictions publicitaires étendues visant les enfants. Une étude publiée dans The Lancet LIEN le 11 juin 2026 apporte désormais la première démonstration à l'échelle nationale, de l'impact d'une politique alimentaire multidimensionnelle sur le poids des jeunes enfants.

    Le dispositif méthodologique repose sur une approche par cohortes en différences de différences, appliquée à une base administrative nationale couvrant plus de 300 000 écoliers de 4 à 6 ans fréquentant des établissements publics et publiquement subventionnés entre 2012 et 2017. Les données anthropométriques proviennent du Mapa Nutricional de la JUNAEB (Junta Nacional de Auxilio Escolar y Becas), complété par l'Encuesta de Vulnerabilidad pour les caractéristiques socioéconomiques individuelles. Les cohortes ont été définies par l'année d'entrée en prématernelle : les cohortes 2012 et 2013 constituent le groupe contrôle (aucune exposition à la FLAL lors des premières années scolaires), tandis que les cohortes 2014 et 2015 forment le groupe traité. La cohorte 2014 a été exposée environ 6 mois (en cours préparatoire), la cohorte 2015 environ 18 mois (en grande section et cours préparatoire). Le critère de jugement principal était un indicateur binaire de surpoids (surpoids ou obésité définis selon les critères OMS par le score BAZ, z-score IMC-pour-âge > 1).

    Réduction de la probalité de surpoids

    L'échantillon analytique final incluait 321 597 enfants. L'exposition à la phase 1 de la FLAL s'est traduite par une réduction statistiquement significative de la probabilité de surpoids dans les deux sexes. Après 18 mois d'exposition (grande section et cours préparatoire), les filles présentaient une probabilité de surpoids réduite de 2,85 % (IC 95 % : −0,0407 à −0,0163) et les garçons de 2,40 % (−0,0358 à −0,0122) par rapport à leurs homologues non exposés. Des effets significatifs étaient également observés après seulement 6 mois d'exposition : −1,91 % chez les filles (−0,0315 à −0,0068) et −2,24 % chez les garçons (−0,0345 à −0,0104). Les analyses de sensibilité portant sur le score BAZ en variable continue confirmaient ces résultats.

    Effet plus marqué chez les mères niveau bac

    Les analyses de sous-groupes révèlent une distribution hétérogène des bénéfices. L'effet protecteur était plus marqué chez les enfants dont la mère avait au moins terminé le lycée, absents chez ceux dont la mère n'avait pas atteint ce niveau. Les réductions les plus importantes concernaient les enfants scolarisés dans des établissements subventionnés (les garçons dans les établissements publics ne présentant qu'une réduction significative qu'après 18 mois d'exposition) et en zone urbaine, avec une absence d'effet statistiquement significatif en zone rurale pour les deux sexes. La situation géographique et le type d'école reflètent en partie des inégalités socioéconomiques documentées : en 2017, le revenu per capita des ménages envoyant leurs enfants dans les écoles subventionnées était supérieur de 34 % à celui des familles recourant aux écoles publiques, et les ménages urbains disposaient d'un revenu 50 % plus élevé que les ruraux.

    Résultat notable chez les enfants nés avec un faible poids de naissance

    Un résultat particulièrement notable concerne les enfants nés avec un faible poids de naissance (< 2,5 kg) : chez les filles de ce groupe, la réduction de la probabilité de surpoids atteignait 6,60 % après 6 mois d'exposition et 6,38 % après 18 mois, des effets nettement supérieurs à ceux observés dans la population générale. Les auteurs évoquent la vulnérabilité biologique spécifique de ces enfants, dont le risque accru de surpoids lors d'une croissance de rattrapage rapide pourrait avoir été atténué par la modification de l'environnement alimentaire. À l'inverse, aucun effet significatif n'était retrouvé chez les enfants dont le poids de naissance dépassait 4 kg.

    Sur le plan de la validité interne, le test de tendances parallèles qui suppose qu’en l’absence de traitement, la différence entre le groupe traité et le groupe contrôle demeure constante dans le temps, était positif chez les garçons pour les deux critères de jugement. Chez les filles, les résultats étaient moins concluants, l'intervalle de confiance pour l'excès de poids étant décalé vers des valeurs positives avec zéro proche de la borne inférieure, et l'hypothèse nulle de tendances égales pour le BAZ étant rejetée à la marge. Les auteurs soulignent qu'une prudence interprétative s'impose donc pour les estimations chez les filles, notamment pour le BAZ. Par ailleurs, la cohorte 2015, n'ayant qu'une seule observation pré-traitement, n'a pu être soumise à ce test, ce qui ajoute une incertitude supplémentaire pour les effets estimés à 18 mois. L'examen exhaustif des mesures législatives et réglementaires chiliennes contemporaines n'a révélé aucune intervention concomitante susceptible de confondre les résultats.

    Baisse des achats en calories, sucres totaux, graisses saturées et sodium

    Ces résultats s'inscrivent dans la continuité d'études antérieures ayant documenté les mécanismes d'action de la FLAL : réduction d'environ 60 % de l'exposition des enfants à la publicité pour les produits concernés, diminution de près de 80 % de leur disponibilité en milieu scolaire, baisse des achats en calories, sucres totaux, graisses saturées et sodium, et reformulation industrielle significative (la part des produits classés « high-in » était passée de 55 % à 44 % dans les six mois suivant la mise en œuvre). La présente étude représente la première à établir un lien causal plausible entre ces changements intermédiaires et un critère de santé objectif.

    Plusieurs limites méritent d'être soulignées. Les mesures anthropométriques ont été réalisées par du personnel scolaire, avec une précision potentiellement inférieure à celle d'un contexte clinique. L'analyse porte exclusivement sur la phase 1 de la loi, les phases 2 (2018) et 3 (2019) — avec des seuils plus stricts — ayant vraisemblablement amplifié l'effet. Les enfants scolarisés dans le privé non subventionné (10 à 15 % de la population) étaient exclus. Enfin, la mise en œuvre simultanée des différentes composantes de la loi ne permet pas d'isoler la contribution respective des octogones, des restrictions publicitaires et des interdictions de vente scolaires.

    En conclusion, la phase 1 de la FLAL chilienne a vraisemblablement povoqué une réduction mesurable de la prévalence du surpoids chez de jeunes enfants scolarisés, avec des réductions de l'ordre de 2 à 3 points de pourcentage selon le sexe et la durée d'exposition. Bien que modestes en valeur absolue, ces effets précoces sur une période développementale critique sont susceptibles de se traduire par des bénéfices à long terme significatifs, compte tenu du fort pouvoir prédictif de l'obésité infantile sur le risque de diabète, d'hypertension et de maladies cardiovasculaires à l'âge adulte. Ces données fournissent un appui factuel robuste aux décideurs de santé publique envisageant l'adoption de politiques alimentaires similaires, en particulier l'étiquetage d'avertissement en face avant, les restrictions publicitaires et la réglementation des environnements alimentaires scolaires, comme stratégie scalable de lutte contre l'épidémie d'obésité infantile.

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