Cardiologie

Une seule séance de tabac chauffé est associée à des modifications cardiovasculaires.

Une session unique de tabac chauffé, équivalant à deux bâtonnets, s’accompagne chez de jeunes fumeurs en bonne santé de modifications aiguës de la fonction endothéliale, de la pression artérielle systolique, des gaz du sang veineux et de marqueurs de cassures de l’ADN. Ces résultats justifient de ne pas présenter le tabac chauffé comme dénué de risque cardiovasculaire.

  • Pakorn Supajitsoontorn/iStock
  • 28 Octobre 2026
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    Cette étude, publiée le 27 octobre 2026 dans l’European Journal of Preventive Cardiology LIEN par l’équipe de l’University Medical Center de Mayence (Lea Strohm, Thomas Münzel et coll.), évalue les effets vasculaires, métaboliques aigus d’une session unique de tabac chauffé chez des fumeurs adultes sains. Les auteurs rappellent que ces produits sont promus comme des alternatives à risque réduit, voire positionnés dans certaines juridictions comme aides au sevrage, alors qu’ils délivrent de la nicotine et un aérosol complexe contenant particules ultrafines, aldéhydes et nitrosamines spécifiques du tabac. Les données humaines indépendantes demeurent rares, hétérogènes et souvent limitées à des critères indirects.

    Trente fumeurs de 18 à 60 ans ont été inclus

    Le schéma est celui d’une étude à l’initiative des investigateurs, avant-après et intra-individuelle, sans groupe contrôle ni insu, approuvée par la Landesärztekammer de Rhénanie-Palatinat. Trente fumeurs de 18 à 60 ans ont été inclus, d’âge moyen 34,5 ans (écart type 12), pour moitié des hommes, d’indice de masse corporelle moyen de 24 kg/m². Seize utilisaient déjà du tabac chauffé, treize des cigarettes et sept des cigarettes électroniques, et plus de la moitié consommaient plus de dix unités par jour. Après un jeûne alimentaire, sans caféine ni tabac, les participants ont utilisé sous supervision, entre 8 et 10 heures, deux bâtonnets HEETS Sienna sur un dispositif IQOS 3 Duo, soit 24 à 30 bouffées en 8 à 12 minutes, chaque bâtonnet contenant approximativement la nicotine d’une cigarette.

    La dilatation médiée par le flux (DMF) de l’artère brachiale droite, la pression artérielle, les gaz du sang veineux et des marqueurs métaboliques ont été mesurés immédiatement avant et après l’exposition. Les lésions de l’ADN ont été explorées par test des comètes sur sang total congelé.

    La pression artérielle systolique a augmenté, de 3 mmHg

    La DMF a diminué de façon significative (28 participants analysés). La pression artérielle systolique a augmenté, de 3 mmHg sans modification de la diastolique ni de la fréquence cardiaque. Les gaz du sang veineux (24 participants) montrent une hausse de la pCO2, une baisse de la pO2 et de la saturation en oxygène, de 71 % à 46 % environ une diminution de la carboxyhémoglobine, une élévation de la méthémoglobine, une hausse de la glycémie et une baisse de la lactatémie, le pH restant stable. 

    Dysfonctionnement endothélial aigu lié à la nicotine

    Selon les auteurs, ces données seraient la démonstration d’un dysfonctionnement endothélial aigu lié à la nicotine (inhibition de la GTP cyclohydrolase-1, déplétion en BH4, découplage de la NO synthase endothéliale) et au stress oxydant induit par les particules ultrafines, tout en reconnaissant que la part respective de la nicotine et des autres constituants de l’aérosol ne peut être déterminée. Ils soulignent que ces effets sont aigus et ne sauraient être assimilés à une atteinte permanente. Ils appellent à remplacer la directive sur les produits du tabac par une directive unique sur les produits nicotiniques et à déconseiller le tabac chauffé en prévention primaire et secondaire.

    Plusieurs réserves méthodologiques s’imposent. L’absence de comparateur cigarette ne permet pas de conclure à une nocivité équivalente à celle du tabac fumé, alors que l'article évoque une remise en cause des allégations de réduction du risque ; l’absence d’exposition simulée tient, selon les auteurs, à l’absence de bâtonnet sans nicotine compatible.

    En conclusion, cette étude montre qu’une session unique de tabac chauffé, équivalant à deux bâtonnets, s’accompagne chez de jeunes fumeurs en bonne santé de modifications aiguës de la fonction endothéliale, de la pression artérielle systolique, des gaz du sang veineux et de marqueurs de cassures de l’ADN. Ces observations sont cohérentes avec ce que l’on sait des effets aigus de la nicotine et des aérosols inhalés. Et elles contredisent l’idée que ces produits seraient biologiquement inertes. Elles justifient de ne pas présenter le tabac chauffé comme dénué de risque cardiovasculaire.

    Leur portée reste toutefois limitée par le schéma. Elle ne permet de conclure ni à une nocivité équivalente ou supérieure à celle de la cigarette, ni à un risque clinique à long terme, ni à la part respective de la nicotine et des autres constituants de l’aérosol. Elle n’apporte pas non plus d’éléments sur la question clinique la plus fréquente, celle du fumeur qui passerait de la cigarette au tabac chauffé ou qui arrêterait toute consommation. Des études comparatives, plus larges et assorties d’un suivi prolongé, restent nécessaires.

     

     

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