Psychiatrie

TDAH : une surmortalité confirmée

Les données  d'une étude plaident pour un dépistage et une prise en charge globale du TDAH tout au long de la vie, incluant la recherche d’un risque suicidaire et des comorbidités addictives et somatiques au moment où l'Assurance maladie alerte  en France sur une hausse des prescriptions. Décryptage.

  • Alona Horkova/iStock
  • 21 Octobre 2026
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    Alors que l'Assurance maladie alerte sur une hausse des prescriptions de ritaline, un bond de de 122% entre 2021 et 2025 en Île-de-France, avec une progression de 142% chez les adultes, atteignant 22 290 patients en 2025, une métanalyse suggère un bénéfice du traitement au-delà de la prise en charge psychiatrique. 

    Le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) n’est plus considéré en effet comme une affection cantonnée à l’enfance, et sa persistance à l’âge adulte pose désormais la question de son retentissement sur la longévité. Une revue systématique avec méta-analyse, publiée dans JAMA Network Open LIEN, apporte une première quantification groupée de la mortalité associée au TDAH, y compris selon les causes de décès, et explore l’effet possible du traitement médicamenteux. Les auteurs ont interrogé six bases de données jusqu’au 8 juillet 2025, sans restriction de langue ni de période, et retenu 19 études publiées entre 2012 et 2025, pour un total de près de 15,9 millions de participants. Douze d’entre elles, issues de registres ou de bases de données de soins (Taïwan, Suède, Danemark, Québec, Royaume-Uni, Finlande), ont pu être agrégées par un modèle à effets aléatoires, les sept autres étant traitées de manière narrative. Le TDAH était défini par des codes diagnostiques dans la grande majorité des cas, mais aussi par l’auto-déclaration, des échelles de traits ou, dans un travail, un score de risque polygénique. La qualité méthodologique, évaluée par l’échelle de Newcastle-Ottawa, était jugée bonne pour 17 études et acceptable pour deux.

    Une mortalité toutes causes augmentée chez les personnes atteintes de TDAH

    Les résultats montrent une mortalité toutes causes augmentée chez les personnes atteintes de TDAH, avec un hazard ratio (HR) groupé de 1,71 (IC à 95 % : 1,31-2,24). Le risque est majoré pour le suicide (HR 1,89 ; 1,21-2,95), pour les décès par traumatisme accidentel ou intentionnel (HR 1,55 ; 1,22-2,00) et, de façon plus modeste, pour les causes naturelles (HR 1,27 ; 1,16-1,38). Ce dernier résultat diffère de celui d’une précédente revue, centrée sur les troubles du neurodéveloppement dans leur ensemble, qui n’avait pas mis en évidence de surmortalité naturelle. Chez les patients traités, la prise d’un médicament du TDAH était associée à une mortalité toutes causes plus basse (HR 0,75 ; 0,64-0,87), sur la base de trois études seulement.

    Une hétérogénéité massive 

    Ces chiffres appellent toutefois une lecture prudente, que les auteurs encouragent eux-mêmes. L’hétérogénéité est massive pour la mortalité toutes causes (I2 de 98 %), élevée pour le suicide (93 %) et pour les traumatismes (87 %), seul le modèle des causes naturelles étant homogène, mais il ne repose que sur trois études. Les estimations ponctuelles individuelles vont d’un HR à peine supérieur à 1 à près de 4 selon les registres et les causes. 

    Par ailleurs, l’étude fondée sur le score polygénique, dont l’exposition n’a pas la même nature qu’un diagnostic clinique, a été poolée avec les autres, même si une analyse de sensibilité l’excluant a donné des résultats cohérents. 

    Association entre traitement et moindre mortalité

    L’association entre traitement et moindre mortalité mérite une prudence particulière. Les trois études concernées sont observationnelles, et les patients traités diffèrent probablement des non traités par leur accès aux soins, leur niveau socio-économique, la sévérité de leur trouble, leur observance et leurs comorbidités psychiatriques. Le biais d’indication et la confusion résiduelle ne peuvent être écartés, et les auteurs précisent que ces données ne permettent pas de conclure à un effet protecteur causal. Elles s’inscrivent en outre dans un débat plus large sur le profil cardiovasculaire des psychostimulants, que la méta-analyse n’aborde pas directement.

    En pratique, ces données plaident pour un dépistage et une prise en charge globale du TDAH tout au long de la vie, incluant la recherche d’un risque suicidaire et des comorbidités addictives et somatiques, plutôt que pour une lecture du traitement comme simple mesure de réduction de la mortalité. Des travaux de cohorte français, mieux ajustés sur les facteurs socio-économiques, restent nécessaires.

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