Infectiologie

Grippe 2025-2026 : un impact élevé à l'hôpital

L’épidémie de grippe 2025-2026 se distingue par une discordance inhabituelle entre son impact en médecine de ville et celui observé à l’hôpital. Elle est décrite comme une des épidémies les plus intenses depuis la dernière pandémie grippale en 2009. 

  • 19 Octobre 2026
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    Alors qu'a débuté le 13 octobre la nouvelle campagne de vaccination contre la grippe, une analyse descriptive publiée le même jour dans le BEH lien par Santé publique France et ses partenaires, documente l’épidémie de grippe 2025-2026 en France hexagonale à partir de la surveillance intégrée des infections respiratoires aiguës (IRA), de la semaine 40-2025 à la semaine 15-2026. Les sources croisées comprennent le réseau Sentinelles/Iqvia et SOS Médecins pour la médecine de ville, le réseau Oscour® pour les urgences et les hospitalisations, les services de réanimation sentinelles, les signalements de cas groupés en établissements médico-sociaux (EMS), la mortalité toutes causes de l’Insee, la certification électronique des décès (CépiDC) et la surveillance virologique du Centre national de référence (CNR-VIR). Les données sont comparées à cinq épidémies antérieures (2018-2019, 2021-2022 à 2024-2025), la saison 2019-2020 étant exclue en raison de la pandémie de Covid-19.

    Le pic atteint 3 semaines après le début 

    L’épidémie a débuté en semaine 49 (début décembre 2025), atteint son pic en ville en semaine 51 après trois semaines seulement, et pris fin en semaine 06 (début février 2026), soit dix semaines, durée moyenne des épidémies depuis 2011-2012. Elle n’a pas montré de rebond après les fêtes. Il s’agit de la septième épidémie débutant en décembre ou avant depuis 2011, dont quatre depuis la pandémie. Deux virus de type A ont co-circulé : A(H3N2), majoritaire, et A(H1N1)pdm09, constamment à 30 % ou plus des virus A sous-typés en ville. Le type B est resté marginal. Le CNR-VIR a séquencé 2 772 virus : le sous-clade K dominait chez A(H3N2) (95,2 %) et le sous-clade D.3.1.1 chez A(H1N1)pdm09 (94,5 %), tous deux émergés en 2025 et absents de France avant l’hiver. Le sous-clade K représente une rupture antigénique majeure : 86 % des 461 virus A(H3N2) caractérisés étaient mal reconnus par les antisérums dirigés contre la souche vaccinale de l’hémisphère nord, alors que 98 % des A(H1N1)pdm09 testés lui étaient similaires.

    L’impact en ville est resté faible à modéré

    L’impact en ville est resté faible à modéré. Le réseau Sentinelles estime à environ 1,7 million les consultations pour syndrome grippal pendant l’épidémie (taux cumulé de 2 496 pour 100 000, légèrement inférieur à la moyenne antérieure de 2 729), et à 1 166 025 les consultations attribuables à la grippe sur la saison (1,7 % de la population, contre 3 % en 2024-2025). Les enfants de moins de 5 ans étaient les plus touchés, mais l’incidence chez les 65 ans et plus dépassait la moyenne des épidémies précédentes. Le pic de la part d’activité grippale chez SOS Médecins (19,8 %) était d’intensité modérée. En revanche, la proportion d’hospitalisations parmi les patients vus pour syndrome grippal était supérieure aux saisons précédentes, à 0,82 % chez Sentinelles et 0,37 % chez SOS Médecins.

    Impact hospitalier élevé

    L’impact hospitalier a été élevé. Oscour® a recensé 114 827 passages aux urgences (3,1 % de l’activité, 180 pour 100 000, contre une moyenne de 156 mais 250 en 2024-2025), dont 21 % (23 989) ont donné lieu à une hospitalisation, valeur la plus haute observée (moyenne antérieure de 16 %). Cette proportion atteignait 58 % chez les 65 ans et plus, qui représentaient 65,4 % des hospitalisations. La part de la grippe parmi l’ensemble des hospitalisations après passage aux urgences a culminé à 5,5 % en semaine 52, à un niveau d’intensité élevé chez les moins de 15 ans et les 65 ans et plus. En réanimation, 1 407 cas graves confirmés ont été signalés par 121 services sentinelles (1 916 en 2024-2025, 937 en 2023-2024). La part des 65 ans et plus atteignait 56 % (46 % et 41 % lors des deux saisons précédentes), 88 % des cas présentaient un facteur de risque ciblé par la vaccination, et la létalité était de 16 %, stable. Parmi les cas dont le statut est connu, 71 % n’étaient pas vaccinés. Les cas A(H1N1)pdm09 étaient plus souvent sévères que les cas A(H3N2) (IGS-2 médian de 46 contre 38 ; ventilation invasive chez 48 % contre 34 %), tandis que les enfants étaient surreprésentés parmi les A(H3N2). Dans les EMS, 1 596 épisodes de cas groupés attribués à la grippe ont été signalés (2 066 en 2024-2025, 799 en 2023-2024), à 91 % en Ehpad.

    12 140 décès sur dix semaines

    La surmortalité toutes causes est estimée à environ 12 140 décès sur dix semaines, dont 90 % chez les 65 ans et plus. Ce chiffre est comparable à 2018-2019 (12 100), supérieur à 2023-2024 (8 100) et 2021-2022 (7 200), mais inférieur à 2024-2025 (17 600) et 2022-2023 (17 400), bien que le pic hebdomadaire ait dépassé celui de 2024-2025. Sur 213 042 certificats électroniques, 4 389 (2,1 %) mentionnaient la grippe, avec un maximum de 7,3 % en semaine 02, dont 94,6 % chez les 65 ans et plus.

    Les auteurs soulignent la discordance inhabituelle entre ville et hôpital, qui peut traduire une sévérité accrue, mais aussi une proportion élevée de personnes à risque touchées ou une meilleure disponibilité de lits. Ils rappellent qu’aucune donnée ne démontre une sévérité supérieure des infections par le sous-clade K. Par ailleurs, les données de routine ne permettent pas de comparer la transmissibilité ou la gravité des sous-clades, d’où le besoin d’études croisant données cliniques et virologiques. La couverture vaccinale a progressé (56,7 % chez les 65 ans et plus, 28,9 % chez les moins de 65 ans à risque) mais reste très inférieure à la cible de l’OMS (75 %). L’efficacité vaccinale en ville, estimée par Relab, était de 30 % contre les virus A (41 % en 2024-2025), de 37 % contre A(H3N2), de 67 % chez les moins de 18 ans et de 23 % chez les 65 ans et plus, sans estimation possible contre A(H1N1)pdm09. La vaccination est  le moyen de prévenir les complications, associée aux gestes barrières et à l’amélioration de la qualité de l’air.

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