Diabète

Faut-il recourir à la surveillance continue du glucose chez les patients non insulino-dépendants ?

Une étude renforce les arguments en faveur de la surveillance continue du glucose chez les patients atteints de diabète de type 2 non traités par insuline.  Des études plus larges et plus longues restent nécessaires pour préciser les profils de patients les plus susceptibles d’en bénéficier, les modalités optimales d’utilisation et le rapport coût-efficacité de cette stratégie. 

  • Diy13/iStock
  • 19 Octobre 2026
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    La surveillance continue du glucose (SCG) transforme progressivement la prise en charge du diabète en fournissant des informations détaillées sur les variations glycémiques au cours de la journée. Son intérêt est bien établi dans le diabète de type 1 et chez les patients atteints de diabète de type 2 traités par insuline. Son utilisation chez les patients ne recevant pas d’insuline suscite toutefois un intérêt croissant, notamment pour améliorer l’équilibre glycémique et favoriser l’autogestion de la maladie.

    L’étude CONNECT, présentée dans le résumé publié le 14 octobre 2026 dans le New England Journal of Medicine Lien, apporte de nouveaux arguments en faveur de cette approche. Cet essai randomisé a inclus 283 adultes atteints de diabète de type 2 suivis dans 22 cabinets de médecine générale américains. Les participants ont été répartis entre un groupe bénéficiant d’un système de surveillance continue du glucose et un groupe recevant les soins habituels, pendant 26 semaines.

    -0,9 point dans le groupe intervention

    À l’inclusion, l’hémoglobine glyquée (HbA1c) moyenne était de 8,8 % dans le groupe SCG et de 8,7 % dans le groupe témoin. À 26 semaines, elle avait diminué à 7,2 % dans le groupe SCG, contre 8,0 % dans le groupe témoin. La différence moyenne ajustée atteignait −0,9 point de pourcentage (IC à 95 % : −1,1 à −0,6 ; p < 0,001). Le temps passé dans la plage glycémique cible, comprise entre 70 et 180 mg/dL, était également supérieur de 21 points de pourcentage avec la SCG. Aucun épisode d’hypoglycémie sévère n’a été rapporté.

     Cette étude met en évidence une distinction importante : disposer de mesures glycémiques ne revient pas nécessairement à pouvoir les consulter et les utiliser activement. L’accès aux résultats en temps réel ou à la demande pourrait favoriser l’adaptation des comportements alimentaires et de l’activité physique.

    Des résultats préliminaires

    Toutefois, compte tenu du faible effectif, ces résultats restent préliminaires. Par ailleurs, il faut souligner que l’HbA1c initiale, proche de 8,8 %, traduit un déséquilibre notable : l’effet observé s’applique donc à des patients mal contrôlés, et non à l’ensemble des diabétiques de type 2 non insulinotraités. La baisse de 0,7 point dans le groupe témoin, non négligeable, pourrait en outre refléter un effet de participation à l’essai et d’un suivi plus rapproché. Un essai de ce type ne peut être mené en aveugle. Or l’effet du CGM passe en grande partie par la modification des comportements, alimentation, activité physique et observance, et il n’est pas possible de dissocier ce qui relève de l’outil lui-même de ce qui tient à l’accompagnement et aux ajustements thérapeutiques qu’il suscite. Enfin, l’absence d’hypoglycémie sévère était attendue dans une population non insulinotraitée, où ces événements sont rares

    Les essais réalisés avec FreeStyle Libre

    Les résultats de CONNECT s’inscrivent dans la continuité de travaux antérieurs consacrés au système FreeStyle Libre, développé par Abbott. En 2020, Wada et ses collaborateurs ont publié dans BMJ Open Diabetes Research & Care un essai randomisé mené au Japon auprès de 100 patients atteints de diabète de type 2 non traités par insuline. L’étude comparait la surveillance flash du glucose (FGM), reposant sur le système FreeStyle Libre, à l’autosurveillance conventionnelle par prélèvements capillaires.

    Après 12 semaines, l’HbA1c avait diminué dans les deux groupes, sans différence statistiquement significative entre eux. Cependant, à 24 semaines, la réduction persistait davantage dans le groupe ayant bénéficié de la surveillance flash : elle atteignait 0,46 point de pourcentage, contre 0,17 point dans le groupe témoin. La différence entre les groupes était de −0,29 point (p = 0,022). Les auteurs rapportaient également une amélioration de la satisfaction vis-à-vis du traitement, une diminution de la glycémie moyenne et de la variabilité glycémique, ainsi qu’une réduction du temps passé en hyperglycémie. L’intérêt de cette étude réside notamment dans le maintien d’une partie du bénéfice après l’arrêt de la période d’utilisation du dispositif. Elle suggère que la visualisation des excursions glycémiques peut contribuer à modifier durablement certains comportements, même si ce mécanisme demande à être étudié plus précisément.

    Un autre essai pilote randomisé, publié dans Diabetes, Obesity and Metabolism en 2025, a comparé FreeStyle Libre 2, dont les données sont accessibles au patient, à FreeStyle Libre Pro, un système professionnel dont les mesures sont masquées pendant le suivi. Quarante patients recevant des traitements autres que l’insuline ont été suivis pendant 12 semaines. Une diminution de l’HbA1c d’au moins 5,5 mmol/mol a été observée chez 53 % des participants utilisant Libre 2, contre 35 % avec Libre Pro, mais cette différence n’était pas statistiquement significative (p = 0,34). En revanche, le temps passé dans la plage cible était supérieur de 18 points de pourcentage avec Libre 2 (IC à 95 % : 2 à 35 ; p = 0,028). Aucune différence significative n’a été constatée concernant la détresse liée au diabète.

     Plus récemment, l’essai COMPASS-Libre, publié en 2026, s’est intéressé à la fréquence d’utilisation de la surveillance du glucose pbalayage intermittent chez des adultes atteints de diabète de type 2 non traités par insuline, dans le cadre d’un programme éducatif conduit par des pharmaciens. Cette recherche souligne que l’efficacité de ces dispositifs dépend potentiellement non seulement de la technologie utilisée, mais également de la fréquence de consultation des données et de l’accompagnement proposé aux patients.

    Dans l’ensemble, ces essais convergent vers un bénéfice possible de la surveillance continue ou intermittente du glucose chez les personnes atteintes de diabète de type 2 sans insulinothérapie. Néanmoins, les différences de taille d’échantillon, de durée de suivi, de dispositifs et de protocoles empêchent de comparer directement leurs résultats. Les études de petite taille sont notamment moins aptes à détecter des différences modestes ou à établir la persistance des bénéfices à long terme.

    L’amélioration de l’HbA1c et du temps passé dans la plage cible constitue un résultat pertinent, mais ne démontre pas à elle seule une réduction des complications cardiovasculaires, rénales ou microvasculaires. Le coût des capteurs, leur acceptabilité, les irritations cutanées éventuelles, l’accès aux dispositifs et la capacité des patients à interpréter les données doivent également être pris en compte. Enfin, la surveillance doit s’intégrer à une prise en charge globale associant éducation thérapeutique, adaptation des traitements et accompagnement des changements de mode de vie.

    Nécessité d'études plus longues

    L’étude CONNECT renforce les arguments en faveur de la surveillance continue du glucose chez les patients atteints de diabète de type 2 non traités par insuline. Les essais portant sur FreeStyle Libre apportent des résultats complémentaires, avec des bénéfices observés sur l’HbA1c, le temps passé dans la plage cible et certains indicateurs de satisfaction. Des études plus larges et plus longues restent nécessaires pour préciser les profils de patients les plus susceptibles d’en bénéficier, les modalités optimales d’utilisation et le rapport coût-efficacité de cette stratégie.

    Références

    1. Wada E. et al. (2020). Flash glucose monitoring helps achieve better glycemic control than conventional self-monitoring of blood glucose in non-insulin-treated type 2 diabetes: a randomized controlled trial. BMJ Open Diabetes Research & Care, 8:e001115. .

     
     2. Ssemmondo E. et al. (2025). Effect of introduction of intermittently scanned continuous glucose monitoring on glycaemic control in individuals living with type 2 diabetes mellitus treated with non-insulin therapies—A randomised controlled trial. Diabetes, Obesity and Metabolism, 27:1226–1232. .
     
    3. Okada H. et al. (2026). Effect of different frequencies of intermittently scanned continuous glucose monitoring on glycemic control in adults with type 2 diabetes not using insulin: The COMPASS-Libre randomized controlled trial. Research in Social and Administrative Pharmacy, 22(8):819–825. .
     
     4. Liu et al. (2026). Community-Based Personalised Lifestyle Intervention Guided by Intermittent Continuous Glucose Monitoring in Adults With Type 2 Diabetes: A Multicentre Randomised Controlled Trial. Diabetes, Obesity and Metabolism. . Cette étude examine notamment une intervention personnalisée sur le mode de vie guidée par FreeStyle Libre 2.

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