Neurologie
SEP : un BTK sans signal de toxicité hépatique
Deux essais menés avec un inhibiteur oral et hautement sélectif de la tyrosine kinase de Bruton (BTK) dans la sclérose en plaque se sont révélés supérieurs à Aubagio. Surtout, aucun signal de toxicité hépatique n'aurait été signalé. Les résultats, à ce jour, n'ont toutefois pas encore été publiés.
- AndreyPopov Berlin, Germany/iStock
Novartis a annoncé des résultats positifs de phase III pour le rémibrutinib, un inhibiteur oral et hautement sélectif de la tyrosine kinase de Bruton (BTK), commercialisé sous le nom de Rhapsido dans l'indication de l'urticaire chronique spontanée et désormais évalué dans la sclérose en plaques récurrente. Les deux essais REMODEL-1 et REMODEL-2, des études multicentriques, randomisées, en double aveugle et avec comparateur actif, ont inclus environ deux mille patients adultes présentant une sclérose en plaques récurrente, avec des signes d'activité récente de la maladie et un score EDSS compris entre 0,0 et 5,5.
Moins de rechutes
Les participants ont été randomisés selon un ratio 1:1 pour recevoir soit le rémibrutinib à 100 mg, soit le tériflunomide, molécule commercialisée par Sanofi sous le nom d'Aubagio. Le critère de jugement principal, le taux annualisé de rechutes, a été atteint dans les deux essais avec une supériorité statistiquement significative du rémibrutinib par rapport au comparateur actif.
Réduction du nombre de lésions nouvelles
Au-delà du critère principal, les deux études rapportent une supériorité sur plusieurs critères secondaires clés, notamment la réduction du nombre de lésions nouvelles ou élargies en imagerie par résonance magnétique. Une analyse combinée pré-spécifiée des deux essais met en évidence une tendance positive concernant la progression confirmée du handicap à trois mois, ainsi qu'un résultat nominalement significatif à six mois. Ces données sur la progression du handicap, bien que qualifiées de cliniquement significatives par le laboratoire, reposent sur une analyse groupée et non sur chacun des essais pris isolément, ce qui invite à une lecture prudente avant la publication des données complètes.
Aucun signal de toxicité hépatique
L'élément le plus commenté concerne le profil de tolérance hépatique. Novartis indique n'avoir observé aucun signal de toxicité hépatique dans les deux essais, y compris l'absence de cas répondant aux critères de la loi de Hy, référentiel utilisé pour identifier les patients à risque d'atteinte hépatique médicamenteuse sévère, potentiellement fatale.
Ce point revêt une importance particulière car la classe des inhibiteurs de BTK dans la sclérose en plaques a été jusqu'ici entravée par des signaux de toxicité hépatique récurrents. Le tolébrutinib de Sanofi avait ainsi fait l'objet de suspensions temporaires d'essais cliniques par la FDA en 2022 en raison de cas d'atteinte hépatique d'origine médicamenteuse, avant d'essuyer un refus de la FDA dans l'indication de la forme secondairement progressive non active, puis un échec en décembre 2025 dans un essai de phase III portant sur la forme primaire progressive, conduisant Sanofi à abandonner ce développement.
Essais REMODEL résentées lors du congrès MSToronto2026 en octobre
Roche développe également un inhibiteur de BTK, le fénébrutinib, dans cette même classe thérapeutique, et se rapproche lui aussi d'un dépôt réglementaire. Ce qui positionne Novartis en concurrence directe avec ces deux acteurs sur le segment de la sclérose en plaques récurrente.
Il convient toutefois de souligner qu'il s'agit de résultats préliminaires et synthétiques diffusés par voie de communiqué de presse, sans publication des données détaillées ni revue par les pairs. Novartis a précisé que les données complètes des essais REMODEL seront présentées lors du congrès MSToronto2026 en octobre. Ce qui permettra une évaluation plus fine de l'ampleur des effets, de la significativité statistique précise de chaque critère secondaire pris isolément, ainsi que du profil de tolérance détaillé au-delà du seul signal hépatique.
Autorisation dans l'urticaire chronique spontanée
Sur le plan réglementaire, le rémibrutinib bénéficie déjà d'une autorisation dans l'urticaire chronique spontanée, obtenue auprès de la FDA en septembre 2025 et auprès de l'EMA en avril 2026.
Novartis annonce son intention de soumettre des dossiers d'enregistrement pour l'indication de la sclérose en plaques récurrente auprès des autorités de santé à l'échelle mondiale, mais aucun calendrier précis n'est communiqué pour une soumission auprès de l'EMA.
En synthèse, ces résultats de phase III positionnent le rémibrutinib comme le premier inhibiteur de BTK de sa classe à rapporter une efficacité robuste dans la sclérose en plaques récurrente sans signal de toxicité hépatique associé, un point qui avait jusqu'ici constitué l'obstacle principal au développement de cette classe thérapeutique. Une appréciation clinique du rapport bénéfice-risque, notamment sur la tolérance à plus long terme et sur l'ampleur réelle de l'effet sur la progression du handicap est en attente de la publication des résultats.











