Industrie pharma
La riposte des labos américains contre la baisse de prix des médicaments innovants en Allemagne
En réponse au plan allemand de baisse de prix des médicaments innovants adopté en juillet dernier, les laboratores pharmaceutiques américains engagent la risposte. C'est dans ce contexte houleux que doit être présenté dans les prochaines semaines le PLFSS 2027 aux parlementaires français. Un traitement de faveur pour l'industrie pharma s'avère peu probable...
- aprott/iStock
Face aux mesures chocs adoptées par le gouvernement et qui frappent l'industrie pharma et les médicaments innovants, les laboratoires américains lancent la riposte comme le rapporte le site en ligne Endpoints. Sept d'entre eux aux côtés des groupes de lobbying PhRMA et BIO, ont apporté leur soutien à l'enquête ouverte par le représentant américain au commerce (USTR) sur les politiques allemandes de tarification des médicaments, tout en appelant Berlin à revoir plusieurs de ses orientations récentes. AbbVie, Pfizer, Merck, Bristol Myers Squibb, Gilead, Eli Lilly et Regeneron ont chacun soumis des observations dans le cadre de cette procédure, qui a rassemblé au total soixante contributions. Les mémoires de Bristol Myers Squibb, Eli Lilly et Regeneron n'ont pas été rendus publics, contrairement à ceux des quatre autres groupes.
Le document le plus volumineux est celui d'AbbVie, qui s'étend sur 1 699 pages. Le laboratoire , offensif, exhorte l'Allemagne à ne pas poursuivre des actes, pratiques et politiques jugés injustes envers l'industrie pharmaceutique américaine.
Une enquête annoncée en juin dernier
Cette enquête dite « 301 » a été annoncée par les autorités américaines en juin dernier et la période de commentaires s'est close le 10 août. Elle fait suite au projet allemand de réduire le prix des médicaments et pourrait déboucher sur l'imposition de nouveaux droits de douane visant le pays. Le calendrier de la procédure a toutefois été rattrapé par l'actualité législative allemande : malgré l'ouverture de cette enquête américaine, les parlementaires ont adopté le mois dernier une loi de maîtrise des dépenses de santé prévoyant notamment une baisse du prix des médicaments.
Une ristourne à 15,5 % pour les nouveaux médicaments
Le point central des critiques formulées par les industriels concerne le système allemand de ristournes obligatoires appliquées aux médicaments, récemment relevé à 15,5 % pour les nouveaux produits. Ce mécanisme est d'autant plus sensible que l'Allemagne fonctionne comme un marché de référence à l'échelle internationale : ses décisions de prix influencent directement les évaluations menées dans d'autres pays, ce qui démultiplie l'impact perçu par les fabricants d'une politique jugée trop restrictive.
Une baisse de prix en Allemagne/ baisse de prix aux USA
L'article souligne un second niveau d'enjeu, de nature plus structurelle : les sept laboratoires ayant déposé des observations ont tous signé des accords bilatéraux de type « nation la plus favorisée » avec les États-Unis, par lesquels ils s'engagent à aligner leurs prix pratiqués sur le marché américain sur les prix les plus bas observés parmi les pays développés comparables. Dans cette logique, toute baisse des prix en Allemagne exercerait mécaniquement une pression à la baisse sur les prix américains. Ce qui explique l'opposition frontale des laboratoires à la trajectoire budgétaire allemande. Cette dynamique entre en tension directe avec la stratégie commerciale américaine, qui vise à inciter les partenaires internationaux à augmenter leur propre effort de financement pharmaceutique plutôt qu'à le réduire. À ce stade, seul le Royaume-Uni a accepté d'augmenter le prix payé pour ses médicaments dans le cadre d'un accord commercial spécifique conclu plus tôt cette année.
Sur le fond, les positions exprimées varient selon les entreprises. AbbVie et Merck demandent l'abandon pur et simple du système allemand de ristournes obligatoires. AbbVie propose en complément que le gouvernement allemand augmente ses dépenses consacrées aux nouveaux médicaments afin de les porter au niveau observé aux États-Unis, soit 0,8 % du produit intérieur brut. Merck, de son côté, insiste sur la nécessité d'instaurer un taux de remboursement équitable pour les nouveaux médicaments et de garantir une tarification fondée sur la valeur tout au long du cycle de vie des produits, parmi d'autres recommandations.
Gilead adopte une approche plus ciblée, centrée sur les thérapies CAR-T. Le laboratoire estime que les nouvelles politiques allemandes réduisent les incitations à investir dans des médicaments dont le développement mobilise des ressources significatives.
Le Royaume-Uni paie plus cher ses médicaments
Pfizer formule pour sa part une proposition d'ordre diplomatique et commercial : le laboratoire recommande que l'Allemagne négocie avec les États-Unis un accord comparable à celui conclu par le Royaume-Uni au début de l'année, dans lequel Londres s'est engagé à payer davantage ses médicaments tout en abaissant son propre système de rabais applicable aux nouveaux produits.
Quelle sera dans ce contexte l'attitude de la France alors qu'est attendu dans les prochaines semaines le projet de loi de financement de la Sécurité sociale? Comme chaque année, l'industrie pharma ne devrait pas bénéficier d'un traitement de faveur...











