Infectiologie
Ebola : une létalité moins importante comparée au virus classique
La trajectoire observée des cas confirmés se situe actuellement entre les scénarios bas et central, traduisant un effet positif mais encore fragile de l'intensification de la riposte. Le risque de transmission au Soudan du Sud est toutefois majeur. Un essai clinique avec deux traitements est programmé dans les prochains jours.
- digicomphoto MENGIBAR, Spain/iStock
Alors qu’un médecin humanitaire français est hospitalisé après avoir contracté sur le terrain la maladie, une étude de modélisation publiée en ligne dans The Lancet Infectious Diseases lien le 25 juin 2026 propose une analyse recalibrée de la trajectoire épidémique de l'épidémie de virus Bundibugyo (BDBV) déclarée par l'OMS le 15 mai 2026 dans la province de l'Ituri, en République démocratique du Congo, ainsi qu'une estimation du risque de diffusion transfrontalière vers les pays voisins.
Le cas index est estimé au 1er avril 2026
Le cas index est estimé au 1er avril 2026, soit un intervalle de six semaines avant la déclaration officielle, période durant laquelle les chaînes de transmission se sont propagées sans détection. L'OMS a déclaré une urgence de santé publique de portée internationale le 17 mai 2026, suivie le lendemain par la déclaration d'une urgence de sécurité sanitaire continentale par les Centres africains de contrôle des maladies. Au 24 mai 2026, la RDC dénombrait 906 cas suspects, dont 105 confirmés et dix décès confirmés, répartis sur trois provinces ; l'Ouganda rapportait sept cas confirmés (trois importés, quatre autochtones dont trois soignants), avec une létalité de 14%.
Une létalité modélisée à hauteur de 19 %
Les auteurs ont construit un modèle compartimental de type SEIRD (susceptibles, exposés, infectieux, guéris, décédés), calibré non plus sur les séries de cas suspects, jugées peu fiables après une révision majeure à la baisse consécutive à la reclassification de laboratoire (le pic de 1077 cas suspects observé le 26 mai 2026 ayant été largement infirmé), mais sur les cas confirmés par laboratoire, considérés comme spécifiques et exhaustivement recensés. L'ancrage retenu est de 598 cas cumulés confirmés au 8 juin 2026 (jour 68), avec une fraction de notification fixée à 1,0. Trois scénarios de transmissibilité ont été testés (R0 bas à 1,42, central à 1,71, haut à 2,08), assortis de réductions de transmission liées à la riposte de 20%, 25% et 15% respectivement. La période de latence a été fixée à 9,7 jours et la période infectieuse à 5,0 jours. La létalité a été modélisée par une distribution uniforme entre 15% et 25%, centrée sur le taux observé parmi les cas confirmés, soit environ 19% (115/598).
Un effet positif mais encore fragile de l'intensification de la riposte
Sous le scénario central, le modèle projette une médiane de 990 cas cumulés confirmés à la semaine 12, le 24 juin 2026, avec un intervalle de prédiction à 90% de 709 à 1293, et 174 décès. Le scénario bas prévoit 870 cas et 160 décès à la même échéance, tandis que le scénario haut, retenu uniquement comme hypothèse de réserve en cas de relâchement du contrôle, atteindrait plus de 66000 cas et plus de 10000 décès à la semaine 24. La trajectoire observée des cas confirmés se situe actuellement entre les scénarios bas et central, traduisant un effet positif mais encore fragile de l'intensification de la riposte.
Un risque de transmission au Soudan du Sud de 69,3%
Un modèle de risque de diffusion transfrontalière, fondé sur un processus de Poisson à risque quotidien intégrant la prévalence infectieuse calibrée, la mobilité transfrontalière et la sensibilité de détection aux points d'entrée, a été appliqué à quatre pays voisins sur un horizon de douze semaines. La probabilité d'au moins une importation atteint 94,2% pour l'Ouganda, où la transmission est déjà active et documentée : au 4 juin 2026, dix-neuf cas confirmés y étaient rapportés, dont cinq infections chez des soignants et deux décès. Le Soudan du Sud présente une probabilité de 69,3%, portée par la porosité de la frontière d'Aru et la faiblesse relative de ses capacités de prévention et contrôle des infections ; le Rwanda et le Burundi restent à faible risque, avec des probabilités respectives de 8,6% et 2,0%. Les analyses de sensibilité indiquent que la proportion de déplacements effectués pendant la période infectieuse et la taille effective du bassin de population exposé sont les principaux déterminants de l'incertitude entourant ces estimations régionales.
Au 22 juin 2026, la situation observée conforte le scénario central : la RDC comptabilise 1048 cas confirmés et 267 décès, et l'Ouganda 20 cas confirmés, deux décès confirmés et un décès probable, validant empiriquement la probabilité d'importation estimée pour ce pays.
Les auteurs soulignent plusieurs limites méthodologiques : l'hypothèse de mélange homogène ne reflète pas l'hétérogénéité spatiale entre zones de santé, la transmission nosocomiale chez les soignants n'a pas été modélisée séparément, l'intensité de la riposte a été appliquée de façon uniforme dans le temps et dans l'espace, et la calibration repose sur un point d'ancrage unique, rendant le modèle sensible à toute révision ultérieure des données. Ces projections doivent donc être interprétées comme des estimations exploratoires d'aide à la préparation plutôt que comme des prévisions épidémiologiques au sens strict.
Expérience rwandaise de confinement réussi d'une épidémie
Sur le plan opérationnel, les auteurs insistent sur l'urgence de renforcer, dans un délai de quatre à huit semaines, la surveillance aux points d'entrée formels et informels, les capacités de prévention et contrôle des infections dans les structures de première ligne, ainsi que les équipes d'intervention rapide, en particulier au Soudan du Sud, dont les déficits dans les cinq domaines de préparation de l'OMS laissent craindre une épidémie secondaire disproportionnée en cas d'importation. L'expérience rwandaise de confinement réussi d'une épidémie de virus de Marburg importée est citée comme modèle pertinent de préparation transposable.
Les auteurs rappellent enfin qu'il n'existe pas de vaccin homologué spécifique au virus Bundibugyo, à la différence d'Ebolavirus Zaïre, ce qui limite les options de riposte vaccinale et renforce la dépendance aux mesures classiques de lutte : isolement, recherche des contacts, inhumations sécurisées et engagement communautaire. Le cadre du Règlement sanitaire international de 2005 et le dispositif d'urgence de sécurité sanitaire continentale des Centres africains de contrôle des maladies sont présentés comme les leviers institutionnels permettant d'accélérer la coordination transfrontalière et l'investissement en préparation, notamment dans les pays à risque d'importation les moins préparés.
Un essai clinique testant deux médicaments
En l'absence de vaccins, selon le journal américain STAT dans son édition du 24 juin, un essai clinique testant deux médicaments contre le virus Ebola Bundibugyo, devrait débuter la semaine prochaine, selon des responsables de l'Organisation mondiale de la santé.
L'essai clinique, qui testera l'antiviral bien connu remdesivir de Gilead Sciences évalué lors de l’épidémie du Sars Cov 2 et l'anticorps monoclonal MBP-134 de MappBio, sera mené en République démocratique du Congo. Il vise à déterminer si l'un ou l'autre de ces traitements est efficace contre cette forme d'Ebola et si leur association permettrait de lutter plus efficacement contre la maladie.
Le gouvernement des États-Unis a fourni des doses de MBP-134 pour l'essai clinique. Par l'intermédiaire de la BARDA (Biomedical Advanced Research and Development Authority), les États-Unis ont financé la recherche sur cet anticorps monoclonal et sont propriétaires des doses produites par MappBio.
Le MBP-134 pourrait être utilisé comme traitement. Mais il exercerait aussi un activité prophylactique chez les personnes exposées au virus. Seule la première utilisation va être testée pour le moment.
Enfin, l'espèce Bundibugyo du virus Ebola semble provoquer une maladie moins grave dans certains cas. En raison du taux de létalité potentiellement plus faible associé à cette espèce d'Ebola, l'essai clinique devra inclure un nombre plus important de patients afin de démontrer une éventuelle efficacité.











