Neurologie

Ebola : des séquelles neurologiques très fréquentes

L'étude de cohorte longitudinale PREVAIL III menée au Libéria sur une durée de plus de sept ans, apporte des données inédites sur l'étendue et la persistance de ces atteintes chez les survivants adultes de la grande épidémie ouest-africaine de 2014.

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  • 12 Juin 2026
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    Alors que la nouvelle épidémie du virus Ebola aurait provoqué près d’une centaine de décès en République démocratique du Congo et en Ouganda et plus de six cents cas recensés, les séquelles neurologiques de la maladie à virus Ebola constituent un champ de connaissance peu investigué, en raison des difficultés d'évaluation dans les contextes à ressources limitées où surviennent la plupart des épidémies. L'étude de cohorte longitudinale PREVAIL III, publié par JAMA Neurology lien le 10 juin 2026 menée au Libéria sur une durée de plus de sept ans, apporte des données inédites sur l'étendue et la persistance de ces atteintes chez les survivants adultes de la grande épidémie ouest-africaine de 2014.

    L'étude a inclus 148 survivants séropositifs pour le virus Ebola, confirmés par ELISA (seuil de positivité à 548 unités ELISA par millilitre), et 81 contacts étroits séronégatifs servant de groupe témoin. Les deux groupes étaient comparables en termes d'âge moyen (environ 35 ans), de répartition par sexe et de niveau d'instruction. Les évaluations neurologiques, réalisées tous les six mois par des neurologues formés à partir de septembre 2015, ont été interrompues pendant la pandémie de COVID-19 puis reprises en août 2022, la dernière visite ayant eu lieu en mars 2023. Des scores neurologiques spécifiquement élaborés pour cette étude ont permis de quantifier l'ensemble des anomalies constatées à l'examen, distinguant un score neurologique général et un score centré sur le système nerveux central.

    Large éventail de symptômes neurologiques

    Lors de la phase aiguë de l'infection, les survivants ont rapporté rétrospectivement un large éventail de symptômes neurologiques. Les céphalées touchaient près des trois quarts d'entre eux, tandis que des altérations de l'état psychique de diverses formes — confusion, hallucinations, troubles du comportement ou de la pensée, coma ou perte de conscience — étaient fréquemment signalées. Des symptômes évocateurs d'une méningite, notamment une raideur de la nuque ou une photophobie, ont été rapportés par près d'un quart des survivants. Des manifestations plus graves, bien que moins fréquentes, incluaient des tableaux pseudo-AVC avec déficit moteur asymétrique et des crises épileptiques, dont la fréquence n'était cependant pas statistiquement différente de celle observée dans le groupe témoin, possiblement en raison du biais de survie inhérent à la constitution de la cohorte : les patients ayant présenté les atteintes neurologiques aiguës les plus sévères ont vraisemblablement succombé à la maladie avant de pouvoir être inclus.

    Des céphalées chez 66% des patients

    À l'évaluation neurologique initiale, réalisée en moyenne 398 jours après le début de la maladie, les survivants présentaient de nombreux symptômes. Les céphalées persistaient chez 66 % d'entre eux, les pertes de mémoire chez 56 %, les symptômes dépressifs chez 49 %, la fatigue chez 51 %, et les dysfonctions sexuelles chez 32 %. Des troubles sensitifs, des vertiges, une vision floue, des difficultés de concentration et d'endormissement, ainsi que des douleurs musculaires et une faiblesse, étaient également rapportés de façon significativement plus fréquente que dans le groupe témoin. À l'examen neurologique, les survivants présentaient des anomalies diffuses : anomalies des mouvements oculaires, tremblements, neuropathies crâniennes, signe de Romberg, troubles sensitifs et, dans certains cas, ataxie cérébelleuse, réflexes pathologiques ou faiblesse motrice. Les scores neurologiques général et central étaient significativement plus élevés chez les survivants que chez les témoins.

    Des titres d'anticorps anti-Ebola plus élevés à l'inclusion associés à des scores d'examen plus sévères

    L'analyse des associations entre les caractéristiques de la maladie et les scores neurologiques a mis en évidence plusieurs éléments notables. Contrairement à ce que l'on pourrait intuitivement supposer, des titres d'anticorps anti-Ebola plus élevés à l'inclusion étaient associés à des scores d'examen plus sévères, suggérant que l'intensité de la réponse immunitaire reflète la sévérité de l'infection initiale et, par extension, le degré d'atteinte neurologique. La présence d'une atteinte neurologique sévère durant la phase aiguë était corrélée à des scores objectifs plus élevés. Un taux de D-dimères supérieur ou égal à 0,5 mg/L, reflet d'une activation de la coagulation, était associé à des symptômes neurologiques plus fréquents. En revanche, la présence d'une uvéite — détectée chez 61 % des survivants contre 31 % des témoins — était paradoxalement associée à de meilleurs scores neurologiques, ce qui pourrait indiquer l'existence de sous-groupes physiopathologiques distincts au sein du syndrome post-Ebola.

    Après 7 ans de suivi normalisation des paramètres

    Au fil des sept années de suivi, la plupart des paramètres neurologiques se sont améliorés. Les scores d'examen neurologique général et central des survivants se sont progressivement normalisés, sans différence statistiquement significative avec le groupe témoin lors de la dernière visite. Les anomalies oculomotrices, les tremblements, les réflexes anormaux et l'émoussement affectif ont régressé. En revanche, les anomalies de la sensibilité à la douleur et à la température sont restées relativement stables au cours du suivi. Sur le plan symptomatique, les céphalées, l’asthénie et les symptômes dépressifs, bien que demeurés fréquents, ne différaient plus significativement du groupe témoin lors de la dernière évaluation. Les trois symptômes ayant persisté de façon statistiquement significative à sept ans sont les pertes de mémoire, présentes chez 57 % des survivants contre 26 % des témoins, l'irritabilité (37 % contre 15 %) et les difficultés de concentration (30 % contre 10 %). Les participants les plus âgés, tant dans le groupe des survivants que dans celui des témoins, présentaient des scores d'examen plus élevés tout au long du suivi.

    Plusieurs hypothèses physiopathologiques

    Sur le plan physiopathologique, les auteurs discutent plusieurs mécanismes potentiels. La phase aiguë pourrait générer des lésions neurologiques directes par neuro-invasion virale, en lien avec des tableaux de méningo-encéphalite documentés dans des cas rapportés, ainsi que par des mécanismes systémiques indirects tels que les désordres électrolytiques, l'hypotension. Les séquelles chroniques impliqueraient quant à elles une dysrégulation immunitaire persistante, évoquée notamment par les corrélations observées entre les titres d'anticorps et la sévérité des atteintes, et par des données préliminaires issues d'une sous-étude portant sur l'analyse du liquide céphalo-rachidien de quelques survivants, montrant une surexpression du marqueur d'épuisement immunitaire PD-1 sur les lymphocytes T CD4+. Ces données convergent avec celles observées dans d'autres syndromes post-infectieux, notamment le COVID long et l'encéphalomyélite myalgique, dont les manifestations — céphalées, troubles cognitifs, fatigue — partagent des similitudes frappantes avec le syndrome post-Ebola, même si des différences cliniques importantes subsistent, en particulier l'absence de dysautonomie clairement caractérisée dans la cohorte décrite ici.

    Un suivi neurologique prolongé des survivants d'Ebola

    Un suivi neurologique systématique et prolongé des survivants d'Ebola apparaît justifié, en raison notamment du risque, certes rare mais documenté, de rechute tardive au niveau du système nerveux central avec isolation du virus dans le liquide céphalo-rachidien. Les céphalées répondent aux traitements préventifs habituels. Les troubles dépressifs et les idées suicidaires observés chez de nombreux survivants rendent indispensable une prise en charge psychiatrique structurée. L'ensemble de ces éléments témoigne d'un fardeau sanitaire et socio-économique substantiel lié à l'infection par le virus Ebola, plaidant pour le développement de stratégies thérapeutiques neuroprotectrices dans les régions endémiques.

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