Gynécologie

Cancer de l'ovaire : AMM accordée en Europe au pembrolizumab en association avec le paclitaxel.

Le pembrolizumab en association avec le paclitaxel ne vient pas se substituer aux inhibiteurs de PARP, traitement de référence en maintenance chez les patientes avec anomalie de la recombinaison homologue. En revanche, dans la situation de résistance acquise au platine, le pembrolizumab-paclitaxel devient désormais, chez les patientes PD-L1 positives, le premier standard thérapeutique ayant prouvé un bénéfice en survie globale dans un essai randomisé de phase III.

  • ALIOUI Mohammed Elamine/iStock
  • 08 Avril 2026
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    La Commission européenne a accordé, le 2 avril 2026, une autorisation de mise sur le marché au pembrolizumab (Keytruda) en association avec le paclitaxel, avec ou sans bévacizumab, pour le traitement du carcinome épithélial ovarien, des trompes de Fallope ou du péritoine primitif résistant au platine. Cette indication s'adresse aux patientes adultes dont les tumeurs expriment le PD-L1 avec un score positif combiné (CPS) supérieur ou égal à 1, et qui ont reçu un ou deux traitements systémiques antérieurs. Cette approbation fait suite à une recommandation favorable du Comité des médicaments à usage humain (CHMP) de l'Agence européenne des médicaments, émise en février 2026. Elle fait de l’association pembrolizumab-paclitaxel le premier et unique traitement associant un inhibiteur de PD-1 approuvé dans l'Union européenne pour ces patientes.

    Cette décision s'appuie sur les résultats de l'essai de phase III KEYNOTE-B96. Au total, 643 patientes atteintes de carcinome épithélial ovarien, des trompes de Fallope ou du péritoine primitif, ayant reçu une ou deux lignes de traitement systémique incluant au moins une chimiothérapie à base de platine, ont été incluses dans l'essai, indépendamment du statut PD-L1. Parmi elles, 72 % présentaient une tumeur exprimant le PD-L1. Les patientes ont été randomisées selon un rapport 1:1 pour recevoir soit le pembrolizumab à 400 mg, soit un placebo, le jour 1 de chaque cycle de six semaines. Le paclitaxel était administré à 80 mg/m² les jours 1, 8 et 15 de chaque cycle de trois semaines, avec possibilité d'ajout du bévacizumab à 10 mg/kg toutes les deux semaines selon le jugement de l'investigateur.

    Une réduction du risque de décès de 24%

    Sur le critère principal d'évaluation, la survie sans progression, l'association incluant le pembrolizumab a démontré un bénéfice significatif chez les patientes dont les tumeurs exprimaient le PD-L1. Parmi les 466 patientes avec un CPS supérieur ou égal à 1, la médiane de survie sans progression était de 8,3 mois dans le bras pembrolizumab contre 7,2 mois dans le bras placebo (HR 0,72 ; IC 95 % : 0,58-0,89 ; p = 0,0014). La médiane de survie globale atteignait 18,2 mois dans le bras pembrolizumab contre 14,0 mois dans le bras placebo (HR 0,76 ; IC 95 % : 0,61-0,94 ; p = 0,0053). Ces résultats correspondent à une réduction du risque de décès de 24 %, un gain cliniquement significatif dans une situation thérapeutique où les options restaient jusqu'alors très limitées.

    un décès imputable aux effets immunitaires dans 0,6 % des cas dans le bras pembrolizumab

    Sur le plan de la tolérance, les événements indésirables liés au traitement de grade 3 ou plus ont été observés chez 67,8 % des patientes sous pembrolizumab contre 55,3 % dans le groupe placebo. Les événements indésirables d'origine immune et les réactions à la perfusion de tout grade sont survenus dans 39,4 % et 18,9 % des cas, respectivement, avec un décès imputable aux effets immunitaires dans 0,6 % des cas dans le bras pembrolizumab. Ces données de sécurité, bien que reflétant un profil de toxicité attendu pour un anti-PD-1, imposent une surveillance clinique rigoureuse, notamment vis-à-vis des toxicités immunologiques. L'analyse finale de l'essai, présentée lors du congrès 2026 de la Société européenne d'oncologie gynécologique (ESGO), a également confirmé un bénéfice en survie globale dans la population globale, quel que soit le statut PD-L1.

    Pour bien situer l'apport de cette approbation européenne, il est essentiel de comprendre le paysage thérapeutique préexistant dans le cancer ovarien résistant au platine, et notamment la place qu'y occupent les inhibiteurs de PARP.

    Les inhibiteurs de PARP — olaparib, niraparib, rucaparib — ont transformé la prise en charge du cancer ovarien, mais essentiellement dans des indications de maintenance après chimiothérapie platine en première ou deuxième ligne, et principalement chez les patientes porteuses d'une mutation BRCA ou d'une déficience en recombinaison homologue (HRD). En situation de résistance au platine, les inhibiteurs de PARP en monothérapie ont montré des taux de réponse de 25 à 30 % chez les patientes avec mutation BRCA, mais une activité très limitée en dehors de ce sous-groupe. Autrement dit, pour la grande majorité des patientes en rechute platine-résistante, sans mutation BRCA, les inhibiteurs de PARP ne constituaient pas une option efficace, et les taux de réponse objectifs aux chimiothérapies de rattrapage classiques restent inférieurs à 15 %.

    Un point méthodologique crucial de l'essai KEYNOTE-B96 est à souligner : parmi les patientes incluses, 39 % avaient reçu un inhibiteur de PARP en traitement antérieur, et 46 % avaient déjà été traitées par bévacizumab. Le bénéfice du pembrolizumab s'observe donc dans une population déjà largement prétraitée par les thérapies ciblées disponibles, ce qui renforce la portée clinique des résultats.

    Par ailleurs, des essais antérieurs avaient exploré la combinaison d'un inhibiteur de PARP avec le pembrolizumab — notamment l'étude TOPACIO avec le niraparib — mais ces associations restaient expérimentales, avec des taux de réponse de l'ordre de 25 % dans des populations sélectionnées, à comparer aux moins de 5 % observés avec un inhibiteur de PARP seul en situation platine-résistante sans mutation BRCA, et aux 11 % avec le pembrolizumab seul. Aucune de ces combinaisons n'avait obtenu une approbation réglementaire dans cette indication, et aucune n'avait démontré de bénéfice en survie globale dans un essai de phase III.

    C'est précisément là que réside la rupture introduite par KEYNOTE-B96. Il s'agit du premier essai de phase III testant un inhibiteur de PD-1 à démontrer une amélioration statistiquement significative et cliniquement pertinente de la survie globale dans cette situation, quel que soit le statut d'expression de PD-L1, avec une réduction du risque de décès de 18 % dans la population globale (HR 0,82 ; IC 95 % : 0,69-0,97).Dans la population PD-L1 positive (CPS ≥ 1), ce bénéfice est encore plus marqué, avec une réduction du risque de décès de 24 %.

    En résumé, le pembrolizumab en association avec le paclitaxel ne vient pas se substituer aux inhibiteurs de PARP : il répond à une problématique différente et complémentaire. Les iPARP restent le traitement de référence en maintenance chez les patientes avec anomalie de la recombinaison homologue. En revanche, dans la situation de résistance acquise au platine — où les iPARP ont échoué ou sont inadaptés — le pembrolizumab-paclitaxel devient désormais, chez les patientes PD-L1 positives, le premier standard thérapeutique ayant prouvé un bénéfice en survie globale dans un essai randomisé de phase III.

    La disponibilité effective du traitement dans chaque pays dépendra des procédures nationales de remboursement, qui restent à finaliser. En France, cette étape conditionnera l'accès réel des patientes à ce nouveau standard thérapeutique.

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