Oncologie
Cancer de l'ovaire: la salpingectomie opportuniste, la nouvelle arme de prévention.
Chez les femmes souhaitant une stérilisation, la salpingectomie doit être la méthode de stérilisation privilégiée plutôt que la ligature des trompes, compte tenu de son potentiel à réduire le risque de cancer tubo-ovarien.
- magicmine/iStock
Faute de traitement efficace contre le cancer le cancer de l'ovaire, le réponse doit-elle être d'encourager la salpingectomie opportuniste comme le propose la Société européenne d'oncologie gynécologique dans un un article, Opportunistic Salpingectomy for prevention of tubo ovarian carcinoma publié en ligne le 2 févier 2026 (Piek JM et al., JAMA, 2026) ?
Cette proposition, issue d'une long processus de réflexion, repose sur la confirmation au cours des dernières années de données physiopathologiques. La trompe de Faloppe serait le site d'origine d'une part importante des cancers séreux de haut grade de l'ovaire, la forme la plus courante de cancer épithélial de l'ovaire, également appelé carcinome tubo-ovarien. Ce changement de paradigme a conduit au développement et à l'adoption de la salpingectomie opportuniste, c'est à dire l'ablation des trompes de Fallope lors d'autres interventions chirurgicales, à titre préventif.
Avant d'avancer cette nouvelle recommandation, la Société européenne d’oncologie gynécologique (ESGO) a réuni un panel multidisciplinaire d’experts en chirurgie, oncologie, pathologie et santé publique afin d’élaborer un consensus, issues d’une revue systématique de la littérature et d’un processus DELPHI en plusieurs tours.
L’ESGO définit la salpingectomie opportuniste comme l’exérèse bilatérale complète des trompes de Fallope chez les femmes à risque populationnel standard, réalisée à l’occasion d’une chirurgie pelvienne bénigne (hystérectomie, stérilisation définitive, chirurgie d’endométriose, etc.).
Au total, 230 études ont été présélectionnées pour examen par le méthodologiste. Après examen par les groupes de travail, 129 articles ont été retenus pour la formulation d'énoncés. Vingt et une de ces études, ainsi que leurs niveaux de preuve respectifs ont été analysées.
Les études observationnelles (plus de 3 millions de femmes incluses) indiquent une réduction du risque de CTO de 20 à 65 % chez les femmes ayant subi une salpingectomie bilatérale non prophylactique, sans effet délétère démontré sur la fonction ovarienne mesurée par AMH ou par la réponse à la stimulation ovarienne. Les complications opératoires additionnelles sont rares et le coût incrémentiel faible, en particulier lorsqu’elle est couplée à une procédure gynécologique déjà prévue.
La SO doit être envisagée pour toutes les femmes en âge de procréer à risque standard, lorsque l’indication chirurgicale pelvienne s’y prête. Chez la femme préménopausée, une discussion claire sur l’absence d’effet contraceptif immédiat et le maintien de la fonction ovarienne est indispensable.
L’exérèse doit être complète, y compris la portion fimbriale intra-utérine. En cas d’hystérectomie, la conservation ovarienne est recommandée si l’âge et le contexte clinique le permettent.
- Femmes à haut risque (BRCA1/2, syndrome de Lynch) : la SO n’est pas une alternative à la salpingo-ovariectomie prophylactique recommandée, mais peut constituer une étape transitoire (« approche en deux temps ») chez les femmes jeunes désirant différer la ménopause chirurgicale.
- Aspects anatomopathologiques : toutes les trompes retirées doivent faire l’objet d’un examen histologique selon le protocole SEE-FIM, afin d’identifier d’éventuelles lésions STIC (serous tubal intraepithelial carcinoma). Leur découverte impose un bilan oncologique spécifique.
- Stratégies de mise en œuvre : l’ESGO encourage la formation des chirurgiens gynécologues à la technique standardisée de salpingectomie, l’intégration de cette mesure dans les programmes nationaux de prévention du cancer de l’ovaire, et la documentation systématique dans les registres chirurgicaux.
2000 décès par an évités à long terme
La modélisation européenne estime qu’une adoption généralisée de la SO lors d’hystérectomies ou de stérilisations pourrait prévenir plus de 2 000 décès par an à long terme. Cette stratégie est jugée rentable et sûre, surtout dans les systèmes de santé disposant d’un accès large à la chirurgie gynécologique planifiée. L’information des patientes, la standardisation de la procédure et la collaboration entre sociétés savantes (ESGO, EBCOG, sociétés nationales) constituent des étapes clés.
Les auteurs reconnaissent le manque de données randomisées, bien que des essais prospectifs (NOTABLE, TUBA, HOPPSA) soient en cours. La surveillance de la fonction ovarienne et la satisfaction des patientes à long terme devront être confirmées par des études de cohorte étendues.
Absence d'étude spécifique chez la jeune femme
Autre absence, les regrets postopératoires liés à la fertilité après une salpingectomie opportuniste n'ont pas fait l'objet d'étude spécifique dans le contexte de la salpingectomie opportuniste.Toutefois, chez les femmes souhaitant une stérilisation, la salpingectomie doit être la méthode de stérilisation privilégiée chez la femme, plutôt que la ligature des trompes, compte tenu de son potentiel à réduire le risque de cancer tubo-ovarien. En revanche, il n'existe pas de recommandations spécifiques aux femmes jeunes préménopausées. A ce jour, la salpingectomie opportuniste ne doit pas être pratiquée dans le cadre d'une intervention chirurgicale d'urgence ni dans des circonstances où les souhaits de fertilité futurs sont inconnus.
Le consensus ESGO conclut que la salpingectomie opportuniste représente aujourd’hui une mesure de prévention réaliste, simple et efficace contre le carcinome tubo-ovarien dans la population générale. Son intégration dans les pratiques gynécologiques courantes, avec respect des règles d’information et de qualité chirurgicale, pourrait marquer une avancée majeure comparable à celle de la vaccination contre le HPV en pathologie cerviccancer











