Cardiologie

Le semaglutide oral réduirait la fréquence des évènements liés à l'insuffisance cardiaque

Les données d'une étude suggèrent un potentiel intérêt du semaglutide oral dans la prise en charge des patients diabétiques avec insuffisance cardiaque, en particulier à fraction d’éjection préservée, tout en nécessitant des essais dédiés pour confirmer ces résultats.

  • Halfpoint Nova Bana, Slovakia/iStock
  • 18 Février 2026
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    Alors que le semaglutide oral n'est toujours pas disponible dans l'Hexagone, de nouvelles données confirment son potentiel thérapeutique dans d'autres indications que le diabète de type 2. L’article publié le 2 février 2026 dans JAMA Internal Medicine LIEN rapporte une analyse secondaire de l’essai randomisé international SOUL évaluant l’effet du semaglutide oral sur les événements d’insuffisance cardiaque (IC) chez des patients atteints de diabète de type 2 (DT2) à haut risque cardiovasculaire. L’objectif était d’examiner spécifiquement l’impact du traitement sur un critère composite associant hospitalisation pour IC, consultation urgente pour IC ou décès cardiovasculaire, en fonction de la présence ou non d’une insuffisance cardiaque préexistante.

    L’essai a inclus 9 650 patients présentant un DT2 associé à une maladie cardiovasculaire athéroscléreuse établie et/ou une maladie rénale chronique. L’âge médian était d’environ 66 ans et 28,9 % des participants étaient des femmes. Les patients ont été randomisés pour recevoir soit du semaglutide oral une fois par jour, soit un placebo, en plus du traitement standard, avec un suivi médian de plusieurs années. Parmi l’ensemble de la cohorte, 2 229 patients (23,1 %) avaient une insuffisance cardiaque documentée à l’inclusion.

    Une réduction du risque de 22%

    Chez les patients présentant une IC au départ, le semaglutide oral a été associé à une réduction significative du risque du critère composite lié à l’insuffisance cardiaque par rapport au placebo, avec un hazard ratio (HR) d’environ 0,78 (intervalle de confiance à 95 % [IC95 %] 0,63–0,96). Cela correspond à une réduction relative du risque d’environ 22 % dans ce sous-groupe à haut risque. En revanche, chez les patients sans insuffisance cardiaque initiale, aucun bénéfice significatif n’a été observé sur ce critère, avec un HR proche de 1 (HR ≈ 1,01 ; IC95 % 0,84–1,20). Le test d’interaction entre le statut d’IC à l’inclusion et l’effet du traitement montrait une tendance (p ≈ 0,06) sans atteindre le seuil conventionnel de significativité statistique, ce qui invite à une interprétation prudente des différences entre sous-groupes.

    L’analyse selon le type d’insuffisance cardiaque apporte des éléments supplémentaires. Chez les patients avec insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée (HFpEF), le semaglutide oral était associé à une réduction plus marquée du risque d’événements liés à l’IC, avec un HR d’environ 0,59 (IC95 % ne franchissant pas 1), soit une réduction relative proche de 40 %. En revanche, chez les patients présentant une insuffisance cardiaque à fraction d’éjection réduite (HFrEF), aucun bénéfice clair n’a été démontré, avec un effet estimé plus proche de la neutralité. Bien que ces analyses de sous-groupes reposent sur des effectifs plus limités, elles sont cliniquement pertinentes dans le contexte actuel, notamment pour la HFpEF où les options thérapeutiques restent moins nombreuses.

    Un bénéfice cardiovasculaire global

    Concernant les événements cardiovasculaires majeurs (MACE : décès cardiovasculaire, infarctus du myocarde non fatal, AVC non fatal), le semaglutide oral confirmait son bénéfice global déjà démontré dans l’essai principal, sans hétérogénéité majeure selon la présence ou non d’une insuffisance cardiaque à l’inclusion. Ainsi, le bénéfice cardiovasculaire global du traitement semble cohérent dans l’ensemble de la population étudiée.

    Sur le plan de la tolérance, chez les patients avec insuffisance cardiaque préexistante, la fréquence des événements indésirables graves était comparable entre le groupe semaglutide et le groupe placebo. Aucun signal de sécurité spécifique lié à l’insuffisance cardiaque n’a été identifié. Le profil de tolérance restait dominé par les effets indésirables gastro-intestinaux, cohérents avec la classe des agonistes du récepteur du GLP-1.

    Plusieurs limites doivent être soulignées. Il s’agit d’une analyse secondaire d’un essai dont le critère principal portait sur les MACE et non spécifiquement sur les événements d’insuffisance cardiaque. L’étude n’était donc pas initialement dimensionnée pour cette question. L’interaction statistique entre statut d’IC et effet du traitement n’atteignait pas la significativité formelle, et les analyses par type d’IC reposaient sur des effectifs réduits, ce qui limite la robustesse des conclusions.

    En synthèse, chez des patients atteints de DT2 à haut risque cardiovasculaire, le semaglutide oral est associé, chez ceux présentant une insuffisance cardiaque préexistante (23,1 % de la cohorte), à une réduction relative d’environ 22 % des événements composites liés à l’IC (HR 0,78), avec un signal particulièrement favorable dans la HFpEF (HR ≈ 0,59), sans surcroît d’événements indésirables graves. Ces données suggèrent un potentiel intérêt du semaglutide oral dans la prise en charge des patients diabétiques avec insuffisance cardiaque, en particulier à fraction d’éjection préservée, tout en nécessitant des essais dédiés pour confirmer ces résultats.

     

     

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