Onco-thoracique

Cancer du poumon chez les non fumeurs : une entité clinique distincte

Le cancer du poumon du non-fumeur ne doit plus être considéré comme une simple exception au modèle tabagique, mais comme une forme clinique nécessitant des stratégies dédiées de recherche translationnelle, de dépistage personnalisé et de prévention populationnelle.

  • Vadym Plysiuk/iStock
  • 16 Février 2026
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    Alors qu'une étude pilote est en cours en France sur l'intérêt d'un dépistage par scanner thoracique à faible dose chez les patients fumeurs, la fréquence du cancer du poumon chez les patients non fumeurs augmente dans tous les pays représentant jusqu’à un quart des cas selon les régions.   

    Un article publié dans Trends in Cancer LIENhttps://www.cell.com/trends/cancer/fulltext/S2405-8033(25)00315-2 analyse de manière approfondie ce type de cancer désormais reconnu comme une entité clinique et biologique distincte. Cette évolution impose de dépasser une approche exclusivement centrée sur le tabagisme pour repenser les stratégies de dépistage, de prévention et de traitement.

    Les femmes et certaines populations asiatiques sont plus à risque

    Le cancer du poumon du non-fumeur présente des caractéristiques épidémiologiques spécifiques. Il touche plus fréquemment les femmes et certaines populations asiatiques, suggérant un rôle important de facteurs environnementaux et génétiques. Les expositions incluent la pollution atmosphérique, le radon domestique, la fumée secondaire et, dans certains contextes culturels, les émissions liées à la cuisson sans ventilation adéquate. À ces facteurs s’ajoutent des déterminants biologiques émergents, tels que des variants germinaux de susceptibilité ou la présence d’hématopoïèse clonale de potentiel indéterminé, susceptibles de moduler le risque carcinologique.

    Sur le plan moléculaire, ces tumeurs se distinguent par une charge mutationnelle plus faible que celles associées au tabac et par une fréquence accrue d’altérations activatrices ciblables, notamment des mutations d’EGFR ou des réarrangements d’ALK, ce qui conditionne la stratégie thérapeutique et explique une sensibilité variable aux inhibiteurs de points de contrôle immunitaire.

    Un enjeu majeur souligné par les auteurs est le retard diagnostique. En l’absence d’antécédent tabagique, les symptômes respiratoires initiaux sont fréquemment banalisés. Ce qui retarde la prescription d'une imagerie et la prise en charge spécialisée. Les programmes de dépistage par tomodensitométrie à faible dose ont démontré un bénéfice en mortalité chez les grands fumeurs, mais leur extrapolation aux non-fumeurs pose des questions de coût-efficacité et de surdiagnostic.

    Premier essai à Taiwan de dépistage dédié aux non fumeurs à risque

    C’est dans ce contexte qu’a été conduit à Taïwan le premier grand essai prospectif dédié au dépistage des non-fumeurs à risque, le Taiwan Lung Cancer Screening in Never-Smoker Trial (TALENT). Cette étude multicentrique a inclus plus de 12 000 participants âgés de 55 à 75 ans, n’ayant jamais fumé ou très faiblement, présentant au moins un facteur de risque non tabagique, notamment des antécédents familiaux de cancer du poumon.

    Le dépistage initial par scanner faible dose a identifié un cancer du poumon chez environ 2,6 % des participants, avec une très large prédominance d’adénocarcinomes et surtout une proportion élevée de stades I parmi les cancers invasifs diagnostiqués. Ces résultats démontrent la faisabilité d’un dépistage ciblé chez des non-fumeurs sélectionnés sur des critères de risque et suggèrent un potentiel bénéfice en termes de diagnostic précoce et d’accès à un traitement curatif. Toutefois, la fréquence des nodules détectés et la proportion d’adénocarcinomes in situ soulignent le risque de surdiagnostic et la nécessité d’algorithmes de surveillance rigoureux afin d’éviter des interventions excessives.

    L’ensemble de ces données plaide pour une évolution des modèles de stratification du risque intégrant des paramètres cliniques, environnementaux, familiaux et moléculaires, afin d’identifier des sous-groupes de non-fumeurs pouvant bénéficier d’un dépistage organisé. Au-delà du dépistage, les auteurs insistent sur l’importance d’une prévention primaire incluant la réduction de la pollution atmosphérique et du radon domestique, ainsi que le développement de stratégies innovantes, telles que la modulation de voies inflammatoires ou, à plus long terme, des approches vaccinales préventives.

    Ainsi, le cancer du poumon du non-fumeur ne doit plus être considéré comme une simple exception au modèle tabagique, mais comme une entité distincte nécessitant des stratégies dédiées de recherche translationnelle, de dépistage personnalisé et de prévention populationnelle. Pour la pratique clinique, ces travaux invitent à maintenir un haut niveau de vigilance diagnostique chez les patients non-fumeurs symptomatiques et à suivre l’émergence de modèles de dépistage reposant sur le risque individuel plutôt que sur le seul statut tabagique.

     

     

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