Industrie pharma

Alerte sur le déclin de l'innovation par 9 laboratoires européens

Neuf laboratoires pharmaceutiques européens alertent sur le déclin de l'innovation dans le vieux continent. Et appellent à un sursaut des gouvernements nationaux. Cette lettre ouverte témoigne surtout des tensions actuelles entre logique industrielle, politiques nationales de régulation des prix et enjeux d'accès des patients aux innovations thérapeutiques. Analyse. 

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  • 23 Septembre 2026
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    Après l'automobile, peut-on encore stopper le déclin de l'industrie pharmaceutique européenne ? Les présidents des conseils d'administration d'AstraZeneca, Boehringer Ingelheim, Chiesi, Ipsen, GSK, Novo Nordisk, Novartis, Roche et Sanofi ont publié le 22 septembre 2026 une lettre ouverte adressée aux dirigeants nationaux européens, dressant un constat sévère sur l'attractivité du continent pour l'investissement pharmaceutique et ses conséquences directes pour les patients. Et alertent sur le décrochage compétitif du continent face aux États-Unis et à la Chine.

    Ce texte s'inscrit dans une séquence de mobilisation industrielle amorcée dès avril 2025, lorsqu'une trentaine de laboratoires avaient interpellé la Commission européenne sur les mêmes enjeux, avant l'adoption en juin 2025 du Pharma Law Package censé refondre le cadre réglementaire du médicament en Europe.

    La part de l'Europe dans la R&D pharmaceutique aurait chuté à 31 %.

    Les signataires dressent une état alarmant de la position européenne dans la recherche pharmaceutique mondiale. La part de l'Europe dans la R&D pharmaceutique, qui atteignait 43 % en 1990, aurait chuté à 31 % aujourd'hui. Plus préoccupant pour la pratique clinique quotidienne, la part de l'Europe dans les essais cliniques sponsorisés par l'industrie aurait été divisée par deux en dix ans, pour s'établir à 9 %, la Chine ayant dépassé le continent tant sur le nombre d'essais que sur les dépôts de brevets pharmaceutiques. Les auteurs relient explicitement ce recul à une perte de revenus pour les hôpitaux publics européens, les essais cliniques industriels constituant une source de financement et un vecteur d'accès précoce aux innovations pour les établissements de santé qui en bénéficeint.

    40 % des thérapies autorisées n'atteindraient jamais les patients européens

    Sur le plan de l'accès aux traitements, environ 40 % des thérapies nouvellement autorisées n'atteindraient jamais les patients européens. Ceux qui y accèdent attendraient en moyenne près de 600 jours entre l'autorisation et la disponibilité effective du traitement. Ces délais, imputés par les signataires à des mécanismes nationaux d'évaluation et de fixation des prix jugés obsolètes, rejoignent des constats déjà documentés par l'EFPIA dans son indicateur annuel sur les délais d'accès aux patients, cité en référence. Contre toute attente, la survie au cancer serait inférieure en Europe par rapport aux États-Unis, en s'appuyant notamment sur les données GLOBOCAN 2022 du Centre international de recherche sur le cancer.

    La lettre décrit le contexte concurrentiel en évoquant plus de 600 milliards de dollars d'investissements pharmaceutiques annoncés aux États-Unis et en Chine au cours des deux dernières années, un mouvement dans lequel plusieurs signataires ou groupes proches, tels Eli Lilly ou Johnson & Johnson, ont déjà engagé des plans d'investissement industriel outre-Atlantique. Les auteurs rappellent la mise en garde de Mario Draghi sur le risque de « lente agonie » des secteurs stratégiques européens faute d'action urgente, en écho à son rapport sur la compétitivité européenne.

    Requalification du médicament innovant en infrastructure vitale

    Sur le plan des recommandations, le texte distingue le rôle de l'Union européenne, qu'il juge facilitateur (accélération des essais cliniques multi-pays, protection de la propriété intellectuelle, flexibilité budgétaire pour les États investissant dans la santé), de celui des gouvernements nationaux, présentés comme détenteurs des leviers décisifs : niveau des budgets de santé, rapidité d'évaluation et de financement des nouveaux médicaments, modernisation des parcours de soins. Les signataires plaident pour une requalification du médicament innovant en « infrastructure vitale », au même titre que la défense ou l'énergie, et chiffrent à 53 milliards d'euros et 82 000 emplois le gain potentiel d'un rattrapage de l'écart avec la Chine et les États-Unis sur le seul segment des essais cliniques. A quelques jours de la présentation du PLFSS, le gouvernement appréciera cette mise en garde. 

    Une nouvelle fois, cette lettre ouverte témoigne des tensions actuelles entre logique industrielle, politiques nationales de régulation des prix et enjeux d'accès des patients aux innovations thérapeutiques. Elle ne précise pas les nombreux accords de licence signés entre des biotechs chinoises et et des grands laboratoires européens au cours des derniers mois.

    110 milliards de dollars au premier semestre 2026

    Pourtant, sur le seul premier semestre 2026, la valeur totale des licences accordées par des entreprises chinoises a atteint environ 110 milliards de dollars, un record historique, couvrant dix aires thérapeutiques (oncologie, maladies métaboliques, immunologie, neurologie) et des licenciés dans vingt pays, y compris la France et l'Italie.

    En tout état de cause, la souveraineté européenne en matière de médicaments et d'innovation est, il est vrai, en danger. 

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