Urologie

Infection urinaire : la prophylaxie génère une antibiorésistante significative

La prise en compte simultanée de l’efficacité clinique et des conséquences écologiques des traitements en matière de prophylaxie des infections urinaires est essentielle pour guider les décisions thérapeutiques individuelles et proposer des recommandations de santé publique cohérentes.

  • magicmine/iStock
  • 13 Février 2026
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    Les essais sur la prophylaxie antibiotique ont été menés aussi bien chez l’adulte que chez l’enfant. Chez l’adulte, une méta-analyse et des revues systématiques ont montré que la prophylaxie antibiotique peut réduire de manière significative le risque de récidive d’infections urinaires par rapport au placebo, avec une réduction importante du risque relatif dans les essais contrôlés par placebo en dépit d’une qualité méthodologique globale des études parfois limitée  Entre différents antibiotiques, des essais comparatifs n’ont pas montré de différence substantielle

    Cette étude  publiée en février 2026 dans The Lancet Obstetrics, Gynecology & Women's Health LIEN s’inscrit dans ce contexte scientifique en évaluant non seulement l’efficacité potentielle de la prophylaxie antibiotique pour prévenir les récidives d’infection urinaire chez les adultes, mais surtout son impact sur le développement de résistances aux antibiotiques. Dans cette simulation utilisant une vaste base de données anonymisée du Royaume-Uni (SAIL), les auteurs ont comparé des groupes de femmes adultes ayant débuté une prophylaxie antibiotique à ceux qui n’en avaient pas pris. Ces patientes ont été suivies sur un an pour mesurer la survenue de résistances bactériologiques significatives.

    Le risque d'hospitalisation n'a pas augmenté

    Entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2020, 48 297 femmes  éligibles à l’inclusion, ont été identifiées. Parmi elles, 839 ont débuté une antibioprophylaxie. Au cours des 52 semaines suivant l’inclusion, 616 femmes ont été hospitalisées pour une infection résistante aux antibiotiques (atteignant ainsi le critère d’évaluation principal). L’antibiothérapie prophylactique n’a pas augmenté le risque d’hospitalisation pour une infection résistante aux antibiotiques à 52 semaines : ce risque était de 1,4 % (IC à 95 % : 1,3–1,5) dans le groupe sans antibioprophylaxie et de 1,9 % (1,0–3,1) dans le groupe sous antibioprophylaxie (risque relatif : 1,41 ; IC à 95 % : 0,74–2,24). De plus, le risque d’hospitalisation pour une infection urinaire résistante aux antibiotiques n’a pas augmenté avec l’antibiothérapie prophylactique (1,56 ; 0,76–2,49). Cependant, les antibiotiques prophylactiques ont augmenté le risque de résistance à au moins un antibiotique (rapport de risque 1,29, IC à 95 % 1,14–1,44) et de résistance à deux antibiotiques ou plus sur culture d'urine (1,57, 1,37–1,79).

    L’antibiotique le plus fréquemment utilisé pendant les 12 semaines était la nitrofurantoïne (n = 410 [48,8 %]), suivie du triméthoprime (n = 330 [39,3 %]) puis de la céfalexine (n = 100 [11,9 %]).

    Un coût écologique important

    Ces résultats suggèrent que la prévention des infections urinaires à l’aide d’antibiotiques à long terme peut avoir un coût écologique important en termes de sélection de souches bactériennes résistantes, avec une augmentation absolue du risque non négligeable chez les patientes traitées.

    Cette constatation rejoint les conclusions déjà soulevées dans la littérature selon lesquelles l’usage prolongé d’antibiotiques peut favoriser l’émergence de résistances locales aux mêmes molécules utilisées en prophylaxie. Certaines études ont observé qu’un usage répété ou continu d’antibiotiques peut diminuer l’efficacité des traitements ultérieurs et limiter les options thérapeutiques. Dans ce contexte, même si plusieurs essais démontrent une réduction des récidives sous prophylaxie, les bénéfices doivent être soigneusement pondérés face à l’augmentation du risque de résistance, qui constitue une préoccupation de santé publique. L’étude de Sanyaolu et al. renforce cette idée en quantifiant le risque de résistance associé à la prophylaxie dans une population réelle, soulignant l’importance d’une utilisation prudente et ciblée des antibiotiques dans cette indication. À l’avenir, la prise en compte simultanée de l’efficacité clinique et des conséquences écologiques des traitements sera essentielle pour guider les décisions thérapeutiques individuelles et pour élaborer des recommandations de santé publique cohérentes.

     

     

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