Dispositifs médicaux connectés
HTA : l'Apple Watch affiche des performances contrastées
Une étude met en évidence le potentiel mais aussi les limites d’une fonctionnalité de la montre connectée pour le dépistage de l’hypertension artérielle. Le diagnostic relève toujours du champ de compétence du médecin.
- Khanchit Khirisutchalual/iStock
L'hypertension artérielle serait plus difficile à diagnostiquer...pour une montre connectée? L'Apple Watch affiche en effet des performances contrastées selon une étude publié dans le JAMA LIEN.
Les auteurs ont évalué l’impact potentiel d’une fonctionnalité de notification d’hypertension intégrée à une montre connectée, développée par Apple Inc., dans une perspective de dépistage populationnel. Cette fonctionnalité, autorisée par la Food and Drug Administration en septembre 2025, repose sur l’analyse de signaux de photopléthysmographie (PPG) recueillis au poignet afin d’identifier des profils compatibles avec une élévation tensionnelle persistante. L’étude s’intéresse spécifiquement aux adultes américains sans diagnostic préalable d’hypertension artérielle, avec pour objectif d’estimer dans quelle mesure un tel outil pourrait contribuer à réduire la proportion d’hypertensions non diagnostiquées.
L’hypertension artérielle est souvent asymptomatique, et une proportion importante de patients reste non diagnostiquée malgré les recommandations de dépistage systématique. Dans ce contexte, les dispositifs portables connectés pourraient constituer un levier supplémentaire de détection, en particulier chez des sujets peu en contact avec le système de soins. Les auteurs ont ainsi conduit une analyse transversale reposant sur des données comparant les notifications émises par la montre à des mesures tensionnelles de référence effectuées à domicile sur une période de 30 jours. Le critère principal portait sur la capacité de la fonctionnalité à identifier des sujets présentant une hypertension selon des mesures validées.
59% de faux négatifs
Les résultats montrent que, parmi les individus effectivement hypertendus mais non diagnostiqués, environ 41 % ont reçu une notification suggérant une possible hypertension, ce qui traduit une sensibilité modérée. En revanche, près de 59 % des sujets hypertendus n’ont pas été alertés, soulignant l’existence d’un nombre substantiel de faux négatifs. Du côté des sujets non hypertendus, plus de 92 % n’ont pas reçu de notification, tandis qu’environ 8 % ont présenté une alerte injustifiée, correspondant à des faux positifs.
La montre connectée ne se substitue pas au dépistage classique
D’un point de vue clinique, ces données suggèrent que la fonctionnalité peut jouer un rôle d’outil d’alerte ou de sensibilisation, susceptible d’inciter certains patients à consulter pour une évaluation tensionnelle formelle. En revanche, l’absence de notification ne saurait rassurer ni se substituer aux stratégies de dépistage conventionnelles. Les auteurs insistent sur le fait que toute alerte doit conduire à une confirmation diagnostique par des mesures validées, idéalement répétées, en cabinet et/ou en automesure tensionnelle ou en MAPA selon les recommandations en vigueur. L’outil ne constitue donc pas un dispositif diagnostique autonome, mais un instrument de tri susceptible d’orienter vers un parcours de soins.
Sur le plan de la santé publique, l’intérêt potentiel réside dans la large diffusion des montres connectées et leur utilisation continue, offrant un accès à des données physiologiques sur de longues périodes. Néanmoins, l’impact réel dépendra de plusieurs facteurs : taux d’adoption de la fonctionnalité, compréhension des notifications par les utilisateurs, accès effectif aux soins après alerte, et gestion des faux positifs pouvant générer anxiété ou consultations supplémentaires. L’étude reposait sur une modélisation à partir de performances mesurées et non sur un essai randomisé évaluant des critères cliniques. Des travaux complémentaires seront nécessaires pour déterminer si cette approche se traduit par une amélioration tangible du taux de diagnostic, du contrôle tensionnel et, à terme, des événements cardiovasculaires.
En conclusion, cette étude met en évidence le potentiel mais aussi les limites d’une fonctionnalité de montre connectée pour le dépistage de l’hypertension artérielle. Si une notification augmente de façon significative la probabilité d’une hypertension réelle et justifie une évaluation clinique, l’absence d’alerte ne permet pas d’exclure le diagnostic. Pour les médecins, ces résultats invitent à considérer ces technologies comme des outils complémentaires de repérage opportuniste, sans remise en cause des méthodes de mesure validées ni des recommandations actuelles de dépistage systématique.








