Rhumatologie
Goutte : un agoniste dual GIP/GLP1 fait baisser l’uricémie via la perte de poids
Dans une analyse post hoc de l’étude SURMOUNT-1, le tirzépatide diminue significativement l’uricémie à 72 semaines chez des adultes en surpoids ou obèses, avec un effet dose-dépendant. Le signal semble majoritairement médié par la perte pondérale, qui expliquerait 72,7 % de la baisse d’uricémie, ouvrant une piste de prévention et de prise en charge de la goutte chez les patients obèses.
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La goutte est l’arthrite inflammatoire la plus fréquente et s’accompagne d’un excès de risque cardiovasculaire. Si une alimentation riche, l’alcool et les viandes rouges restent des déterminants classiques, l’obésité apparaît désormais comme un moteur majeur de l’hyperuricémie et de la goutte, avec un risque multiplié par plus de deux dès que l’IMC atteint 30 kg/m². Les interventions de perte de poids, notamment la chirurgie bariatrique, réduisent l’uricémie et l’incidence de la goutte, mais les données randomisées sur les nouvelles thérapeutiques anti-obésité restaient rares. Dans ce contexte, le tirzépatide, un anti-diabétique agoniste dual GIP/GLP-1, offre via ses études une occasion de tester l’hypothèse selon laquelle une perte pondérale de grande ampleur s’accompagnerait d’une baisse cliniquement pertinente de l’uricémie.
Dans cette analyse post hoc de l’étude SURMOUNT-1, publiée dans ARD, les trois doses hebdomadaires de tirzépatide sont associées à une réduction significative de l’uricémie par rapport au placebo. À 72 semaines, la variation moyenne d’acide urique sérique est de −0,69 mg/dL sous 5 mg de tirzépatide, −0,92 mg/dL sous 10 mg et −0,95 mg/dL sous 15 mg, contre −0,18 mg/dL sous placebo, avec une significativité constante pour toutes les doses (p<0,001). Le message central est donc clair : une perte de poids importante obtenue pharmacologiquement s’accompagne d’un abaissement net de l’uricémie.
Un effet constant, quel que soit l’IMC ou l’uricémie de départ
L’intérêt de ces résultats tient aussi à leur robustesse dans les sous-groupes. La diminution de l’uricémie est observée à tous les temps d’évaluation et reste significative indépendamment du quartile d’uricémie initiale (p=0,610 pour l’interaction) comme de l’IMC de départ (p=0,362), suggérant un effet transversal plutôt qu’un bénéfice réservé aux seuls profils les plus hyperuricémiques.
L’analyse de médiation renforce la cohérence physiopathologique : 72,7 % de la baisse d’uricémie seraient expliqués par la réduction pondérale elle-même. Les auteurs n’excluent cependant pas une composante non pondérale, potentiellement liée à une augmentation de l’excrétion urinaire d’acide urique via l’agonisme GIP/GLP-1, à une amélioration de l’insulinorésistance, voire à des modifications du comportement alimentaire et à une réduction de la consommation d’alcool. Les réductions observées avec les fortes doses de tirzépatide se rapprochent conceptuellement de celles décrites avec les faibles posologies d’allopurinol, sans qu’il s’agisse pour autant d’une équivalence thérapeutique.
Des données solides, mais encore éloignées du patient goutteux typique
Ces résultats proviennent d’une analyse post hoc de l’essai randomisé contrôlé SURMOUNT-1, ayant inclus 2 539 adultes avec obésité ou surpoids avec comorbidité pondérale, sans diabète, randomisés entre tirzépatide 5, 10 ou 15 mg, ou placebo, pendant 72 semaines. L’uricémie était mesurée à l’inclusion puis à plusieurs temps de suivi, et les variations comparées au placebo ; une analyse de médiation a évalué la part attribuable à la perte de poids.
La qualité méthodologique de l’essai d’origine confère de la robustesse au signal, mais plusieurs limites pèsent sur la généralisabilité. La population n’était pas une population typique de goutte : elle était plus jeune (âge moyen 45 ans), majoritairement féminine (67,5 %) et principalement blanche (70,6 %), alors que la goutte touche surtout les hommes plus âgés. L’IMC moyen était probablement supérieur à celui du patient goutteux moyen, même si la goutte reste étroitement liée à l’excès pondéral. Enfin, l’étude n’avait ni la puissance ni le design pour évaluer les poussées de goutte, l’incidence de goutte ou la performance du tirzépatide en association avec un traitement hypo-uricémiant.
Selon les auteurs, ces données ne permettent pas de positionner le tirzépatide comme traitement de la goutte au sens strict. En revanche, elles renforcent fortement l’idée que la réduction pondérale doit devenir un levier thérapeutique à part entière chez les patients goutteux vivant avec un surpoids ou une obésité. Chez ces patients, le tirzépatide pourrait à l’avenir jouer un double rôle cardiométabolique et uricoréducteur. Les prochaines étapes devraient être dédiées à des essais chez des patients ayant une goutte active, avec des critères cliniques tels que crises de gouttes, consommation d’anti-inflammatoires non-stéroïdien ou de colchicine, atteinte tophacée et objectif d’uricémie, afin de déterminer si cette baisse d’acide urique se traduit réellement par un bénéfice rhumatologique tangible.








