Psychiatrie
Psychédéliques : Trump s'engage pour en accélérer l'accès
Un décret présidentiel signé le 18 avril ordonne d'accélérer la recherche et l'accès aux substances psychédéliques à des fins thérapeutiques. Cette décision serait en fait motivée par des considérations électorales.
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Pour Donald Trump, la santé est bien la continuation de la politique par d’autres moyens. Annoncé par le journal en ligne Psychedelic alpha, le président américain a en effet signé un décret présidentiel le 18 avril ordonnant d'accélérer la recherche et l'accès aux substances psychédéliques à des fins thérapeutiques. Cette décision, présentée lors d'une cérémonie télévisée à laquelle participaient notamment le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr., le commissaire de la FDA Marty Makary et le podcasteur Joe Rogan, célèbre activiste dans ce domaine, marque un tournant significatif dans la politique fédérale américaine en matière de psychopharmacologie.
Une enveloppe de 50 millions de dollars
Sur le plan du financement et de la recherche, le décret mobilise l'Agence pour les projets de recherche avancée en santé (ARPA-H) afin d'allouer des fonds de contrepartie aux investissements des États dans les études sur les psychédéliques. Une enveloppe initiale de 50 millions de dollars est prévue, prélevée sur le budget existant du programme EVIDENT, une initiative à 100 millions de dollars déjà lancée en novembre 2024 et dédiée au développement de mesures objectives de la santé mentale et comportementale. Ce financement fédéral vient en particulier compléter les 50 millions de dollars déjà engagés par l'État du Texas pour des essais cliniques sur l'ibogaïne.
Par ailleurs, le décret vise à réduire les obstacles bureaucratiques liés aux études sur les substances de l'annexe I de la loi sur les substances contrôlées, des obstacles qui avaient jusqu'à présent freiné les chercheurs, notamment en raison de l'inaction de la DEA face aux dispositions législatives antérieures.
Concernant les procédures d'approbation, plusieurs mesures sont prévues pour accélérer l'accès clinique. La FDA attribuera dans les prochains jours trois bons de priorité nationale du commissaire (CNPV) à des candidats psychédéliques. Ce programme pilote, lancé à l'été 2024, permet de réduire le délai d'examen des demandes d'autorisation de mise sur le marché de dix à douze mois à seulement un à deux mois. À titre d'illustration, le médicament amaigrissant orforglipron d'Eli Lilly a récemment été approuvé en seulement 50 jours grâce à ce mécanisme. Il est également prévu que le procureur général supervise un examen anticipé des dossiers de reclassement auprès de la DEA, dès la fin des essais de phase 3 et avant toute décision d'autorisation de mise sur le marché, ce qui pourrait raccourcir jusqu'à trois mois la procédure habituelle de reclassement des substances.
La substance ibogaïne est au cœur du dispositif
La substance ibogaïne est au cœur du dispositif. Le commissaire de la FDA a annoncé lors de la même journée l'autorisation d'essai clinique (IND) pour cette substance, ouvrant ainsi la voie à des essais cliniques sur le territoire américain. L'ibogaïne, alcaloïde extrait du Tabernanthe iboga originaire du Gabon, est connue pour ses effets sur les troubles liés à l'usage de substances, en particulier les opioïdes. Elle présente cependant un profil de risque notable, notamment sur le plan cardiovasculaire, ce qui en fait, selon certains experts, la plus puissante et la moins documentée des principales substances psychédéliques.
Le décret prévoit également un élargissement du recours à la loi fédérale Right to Try, promulguée lors du premier mandat de Trump, afin que des patients atteints de maladies résistantes aux traitements et potentiellement mortelles puissent accéder à des thérapies psychédéliques expérimentales sous supervision médicale, y compris des substances de l'annexe I, avant leur éventuelle autorisation par la FDA. RFK Jr. a confirmé cet axe lors de la cérémonie de signature.
S'agissant du Département des anciens combattants (VA), le décret mandate le HHS pour collaborer avec cette institution afin d'accroître la participation aux essais cliniques, d'améliorer le partage de données et de produire des données probantes en situation réelle. Une trentaine d'études seraient actuellement en cours dans des établissements affiliés, portant sur des protocoles variés et des populations spécifiques, comme les patients présentant un syndrome de stress post-traumatique associé à un trouble lié à l'usage de l'alcool, ou encore des personnes souffrant de dépression dans un contexte de lésion médullaire.
Considérations électorales
En fait, cette décision ne serait pas uniquement motivée par des considérations médicales. Selon Psychedelic Alpha, elle reposerait en partie sur des considérations électorales, notamment la relation du président avec Joe Rogan, dont l'influence dans l'électorat républicain est considérable et qui avait exprimé de vives critiques à l'égard de l'administration républicaine. « Le poids politique et culturel des anciens combattants, par exemple, a rendu difficile pour l'administration d'ignorer leur intérêt pour l'ibogaïne et les psychédéliques en général », écrit le journal en ligne spécialisé. Et de conclure « Avant tout, le programme politique annoncé aujourd'hui est peut-être le fruit de la realpolitik, les calculs liés aux élections de mi-mandat imposant une action concrète sur un sujet qui, jusqu'à présent, n'avait suscité que des déclarations ».
Le décret intervient également après qu'une précédente tentative d'inclure Compass Pathways, un laboratoire spécialisé dans ce domaine dans la liste des bénéficiaires de bons CNPV avait été bloquée par la Maison-Blanche en octobre 2024, par crainte de réactions négatives au sein de la base électorale républicaine. L'annonce d'aujourd'hui semble donc indiquer un tournant dans l’électorat républicain. Quel en sera l’impact de ce côté-ci de l’atlantique ?











