Le Brief Santé

Quand une pharmacie ferme, c’est aussi la salle d’attente du médecin qui se remplit

 La fragilisation du réseau officinal n’est pas une affaire réservée aux pharmaciens. Derrière chaque officine qui disparaît, c’est aussi un filtre de premier recours qui s’efface : conseil, orientation, sécurisation des traitements, prévention, gestion des petits symptômes. Une partie de cette activité revient alors mécaniquement vers les cabinets médicaux, la téléconsultation ou les urgences. Pour les médecins, défendre le maillage pharmaceutique revient donc aussi à défendre leur propre temps médical.

  • dutourdumonde Bayonne, Nepal/istock
Mots-clés :
  • 25 Septembre 2026
  • A A

    Un filtre sanitaire que l’on ne voit presque plus

    Le rôle d’une pharmacie dans le système de soins est tellement quotidien qu’il en devient presque invisible.

    Un patient entre parce qu’il a oublié comment prendre son traitement. Un autre s’inquiète d’un effet indésirable. Une personne âgée demande si elle peut associer deux médicaments. Une mère vient montrer une éruption cutanée. Un hypertendu veut contrôler sa tension. Un patient demande si son symptôme justifie une consultation rapide ou s’il peut attendre.

    Dans la plupart de ces situations, le premier contact n’est pas le médecin.

    C’est le pharmacien.

    Et souvent, la situation s’arrête là.

    Le patient est rassuré. Une posologie est réexpliquée. Une automédication inadaptée est évitée. Un conseil simple suffit. À l’inverse, un signe d’alerte est parfois repéré et le patient est orienté vers un médecin, voire vers les urgences.

    Cette fonction ne figure pas toujours dans les statistiques. Pourtant, elle représente chaque jour des milliers de demandes absorbées avant qu’elles ne deviennent une consultation médicale.

    La pharmacie ne remplace donc pas le médecin. Elle contribue aussi à faire en sorte qu’il puisse consacrer son temps à ce qui nécessite réellement son expertise.

    Ce qui disparaît avec l’officine

    Lorsqu’une pharmacie ferme, toutes ces demandes ne disparaissent évidemment pas avec elle.

    Elles changent de destination.

    Une partie se reporte sur une autre officine, parfois plus éloignée. Mais lorsque le réseau devient moins dense, surtout dans un territoire déjà fragile, certains patients se tournent vers leur médecin traitant, une plateforme de téléconsultation, SOS Médecins ou les urgences.

    Pour le généraliste, l’effet peut sembler faible pris individuellement.

    Une question supplémentaire sur un médicament.

    Une ordonnance à réexpliquer.

    Une tension à vérifier.

    Un symptôme bénin à évaluer.

    Un patient inquiet à rassurer.

    Mais multipliés sur une patientèle entière, ces actes représentent du temps médical.

    Or ce temps est déjà rare.

    C’est précisément là que la fragilisation du réseau officinal devient un problème qui dépasse largement l’économie de la pharmacie.

    Dans un système de santé confronté aux difficultés d’accès aux consultations, il serait paradoxal de perdre progressivement l’un des professionnels les plus facilement accessibles du territoire.

    Le pharmacien devient même plus utile au médecin

    Cette complémentarité devrait encore s’accentuer.

    Le rôle du pharmacien ne se limite plus à la délivrance du médicament. Vaccination, dépistage, mesure de paramètres simples, prévention, accompagnement des patients chroniques, prise en charge de certaines situations protocolisées : l’officine devient progressivement un véritable point de premier recours.

    Cette évolution ne signifie pas que les frontières entre professions doivent disparaître.

    Elle signifie qu’elles doivent être mieux organisées.

    Une tension élevée repérée en pharmacie doit pouvoir être transmise simplement au médecin.

    Un patient présentant un symptôme banal doit pouvoir être rassuré à l’officine lorsqu’il n’existe aucun signe de gravité.

    À l’inverse, un patient présentant un signal d’alerte doit être orienté rapidement.

    La valeur du pharmacien réside donc aussi dans sa capacité à distinguer ce qui relève du conseil, de la consultation programmée ou de l’urgence.

    Pour le médecin, ce tri en amont est précieux.

    Une question qui devrait intéresser toute la médecine de ville

    Les médecins pourraient être tentés de considérer la fragilité économique des officines comme un débat professionnel qui ne les concerne pas directement.

    Ce serait une erreur.

    La disparition d’une pharmacie dans un territoire déjà sous-doté en soignants modifie toute l’organisation locale des soins.

    Elle augmente les distances.

    Elle complique l’accès au médicament.

    Elle prive les patients d’un interlocuteur sans rendez-vous.

    Et elle peut déplacer une partie des demandes vers des professionnels déjà saturés.

    Le maintien d’un maillage officinal cohérent n’est donc pas seulement une revendication des pharmaciens.

    C’est aussi un outil de régulation de la médecine de premier recours.

    Médecins et pharmaciens n’ont aucun intérêt à se disputer des actes.

    Ils ont intérêt à partager intelligemment une demande de soins qui, elle, ne cesse d’augmenter.

    Défendre la pharmacie, c’est aussi défendre le temps médical

    La bonne question n’est donc pas de savoir si le pharmacien peut remplacer le médecin.

    Il ne le peut pas et ce n’est pas son rôle.

    La question est beaucoup plus pragmatique :

    combien de sollicitations médicales sont aujourd’hui évitées, triées ou mieux orientées grâce à la présence quotidienne d’une officine ?

    Nous ne disposons pas encore d’une mesure suffisamment précise de ce travail invisible.

    Mais son existence ne fait guère de doute pour ceux qui travaillent en ville.

    Une pharmacie ouverte, avec une équipe disponible et correctement formée, n’est pas seulement un lieu où l’on retire une ordonnance.

    C’est un amortisseur du système de soins.

    Et lorsqu’il disparaît, la pression ne disparaît pas avec lui.

    Elle se déplace.

    Très souvent jusqu’à la salle d’attente du médecin.

    Pour pouvoir accéder à cette page, vous devez vous connecter.