Cardiologie

La rénalase : un nouveau marqueur de sécurité cardiovasculaire

Chez les individus sains ou avec des facteurs de risque débutants, une chute de la rénalase sanguine précède ou accompagne l'aggravation du risque global. Ce constat positionne la rénalase non seulement comme un marqueur de la fonction rénale, mais surtout comme une "sentinelle" de l'homéostasie cardiovasculaire.

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  • 04 Février 2026
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    Plus de vingt ans après sa découverte, la rénalase n'a pas encore livré toutes ses potentialités tant en prévention qu'en thérapeutique. En témoigne l'étude Cardiovascular risk assessed using the SCORE system and blodd renalase concentration in the Polish subpopulation of the PURE study (a zorawik and al.) publiée dans Scientific Reports le 2 février 2026. 

    Le système SCORE (Systematic Coronary Risk Evaluation) est l'outil de référence de la Société Européenne de Cardiologie pour estimer le risque de décès cardiovasculaire à 10 ans. Cependant, ce modèle repose sur des facteurs de risque conventionnels (âge, sexe, tabagisme, pression artérielle, cholestérol) et présente parfois des limites dans la détection précoce chez les sujets à risque modéré.

    La rénalase, une flavoprotéine découverte en 2005 et sécrétée majoritairement par les tubes proximaux du rein (mais aussi par le cœur et le pancréas), émerge comme un acteur clé. Elle métabolise les catécholamines circulantes et module le tonus sympathique. Cette étude cherche à déterminer si ce biomarqueur peut enrichir ou refléter la stratification du risque obtenue par le système SCORE.

    L'étude s'inscrit dans le cadre de la cohorte internationale PURE (Prospective Urban and Rural Epidemiology), spécifiquement sur le cluster polonais.

    269 participants sélectionnés après application des critères d'inclusion (absence de maladie cardiovasculaire déclarée au moment du recrutement).

    Les données cliniques ont compris la mesure de la pression artérielle (systolique et diastolique), la consommation de tabac et le profil lipidique.

    Les analyses biologiques ont inclus le dosage des lipides et de la créatinine. Le dosage de la rénalase a été effectué par méthode ELISA (enzyme-linked immunosorbent assay).

    Le score SCORE a été calculé pour chaque individu, les classant en catégories de risque (faible, modéré, élevé, très élevé).

    L'âge moyen de 55,54 ± 7,99 ans place l'échantillon dans la fenêtre critique de la prévention primaire. La répartition hommes/femmes (113/156) permet une analyse de genre robuste.

    L'étude met en évidence une corrélation négative statistiquement significative entre les taux de rénalase et la pression artérielle systolique (PAS).

    Ce résultat suggère qu'une carence en rénalase entraîne une moindre dégradation des catécholamines, favorisant une vasoconstriction périphérique et, par conséquent, une élévation de la PAS.

    L'un des points majeurs de l'article est la variation de la concentration de rénalase selon les strates de risque.

    Les patients classés en "risque faible" présentaient des taux de rénalase nettement plus élevés que ceux en "risque élevé".

    Identification d'un seuil critique de 84,02 ng/ml

    L'analyse a identifié un seuil critique de 84,02 ng/ml. Au-dessus de ce taux, la probabilité que le patient ait un score SCORE inférieur à 1 % (risque faible) est maximale. Ce résultat suggère que la rénalase pourrait servir de "marqueur de sécurité" cardiovasculaire.

    La rénalase ne se contente pas d'être un indicateur passif. Elle possède des propriétés cytoprotectrices et anti-inflammatoires. Dans le système cardiovasculaire, elle limiterait l'hypertrophie cardiaque et la fibrose interstitielle en régulant le stress oxydatif induit par les catécholamines.

    L'étude polonaise confirme que chez les individus sains ou avec des facteurs de risque débutants, une chute de la rénalase sanguine précède ou accompagne l'aggravation du risque global. Cela positionne la rénalase non seulement comme un marqueur de la fonction rénale, mais surtout comme une "sentinelle" de l'homéostasie cardiovasculaire.

    Les auteurs soulignent certaines limites. L'étude montre une association mais ne permet pas d'établir formellement une causalité directe (bien que le lien biologique soit documenté). Les taux de rénalase peuvent fluctuer selon la fonction rénale globale (débit de filtration glomérulaire). Enfin, ces résultats sur la population polonaise demandent une extrapolation prudente aux autres populations européennes, bien que les standards SCORE soient homogènes.

    Si le dosage de la rénalase n'est pas encore un examen de routine, ces travaux suggèrent qu'il pourrait devenir un nouveau marqueur pour identifier les patients à risque SCORE modéré qui nécessitent une surveillance plus agressive (ceux ayant une rénalase basse) et valider le succès des interventions non médicamenteuses (sport, gestion du stress) qui pourraient potentiellement restaurer les niveaux de cette enzyme.

    La voie à des pistes thérapeutiques

    Des pistes thérapeutiques sont également envisagées. Des études expérimentales suggèrent que l'administration de rénalase peut réduire la taille de l'infarctus du myocarde en limitant l'apoptose des cardiomyocytes et le stress oxydatif.

    Chez les patients insuffisants rénaux chroniques (IRC), la carence en rénalase est quasi systématique, contribuant à l'hypertension résistante. Une thérapie substitutive pourrait non seulement stabiliser la pression artérielle, mais aussi ralentir la progression de l'hypertrophie ventriculaire gauche (HVG).

    Enfin, la rénalase ouvre la voie à de nouveaux traitements dans l’HTA. On attend toutefois son déploiement d’abord comme marqueur en routine.

     

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