Neurologie

SLA: la pollution atmosphérique est un facteur de risque

La pollution atmosphérique serait directement impliquée dans la survenue de la slérose latérale amyotrophique mais aussi dans son évolution. Si cette corrélation a été suspectée, c'est la première fois qu'elle repose sur des indices probants.  

  • Nemes LaszloiStock
  • 26 Janvier 2026
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    L'exposition à des polluants influencerait le processus menant à la survenue d'une sclérose latérale amyotrophique(SLA). L'étude (long-term exposure to air pollution and risk and prognosis of motor neuron disease) publiée en ligne le 20 janvier 2026 dans Jama Neurology examine en effet l’association entre l’exposition prolongée à la pollution atmosphérique et le risque de maladies du motoneurone, en particulier la sclérose latérale amyotrophique, ainsi que son impact sur le pronostic après le diagnostic. La SLA, qui représente la majorité des maladies du motoneurone, demeure d’étiologie largement inconnue, malgré l’identification de mécanismes physiopathologiques impliquant le stress oxydatif, la neuroinflammation et la rupture de la barrière hémato-encéphalique, processus également induits par certains polluants atmosphériques. Les données disponibles jusqu’à présent étaient contradictoires, notamment en raison de l’hétérogénéité méthodologique des études et du faible nombre de travaux portant sur la progression de la maladie.

    Les auteurs ont conduit une étude cas-témoins réalisée à l’échelle nationale en Suède, reposant sur le registre des maladies neurodégénératives et plusieurs registres populationnels. Elle inclut 1 463 patients nouvellement diagnostiqués entre 2015 et 2023, dont 1 057 atteints de SLA, appariés à 7 310 témoins de la population générale, ainsi qu’une comparaison intrafamiliale impliquant 1 768 frères et sœurs de patients SLA. L’exposition à long terme aux particules fines (PM2,5, PM2,5-10, PM10) et au dioxyde d’azote a été estimée à partir de modèles spatio-temporels à haute résolution couvrant la période 2005-2019, intégrant données satellitaires, mesures au sol, caractéristiques du trafic et données météorologiques. Les expositions moyennes ont été calculées sur des fenêtres de 1, 3, 5 et 10 ans précédant la date d’index.

    L’étude montre une association positive et cohérente entre l’exposition à l’ensemble des polluants étudiés et le risque de SLA. Dans la comparaison populationnelle, chaque augmentation d’un intervalle interquartile d’exposition sur 10 ans était associée à une augmentation du risque de SLA allant de 20 à 30 % selon le polluant. Ces associations étaient observées dès les périodes d’exposition courtes, mais apparaissaient plus marquées pour les expositions cumulées sur 10 ans, suggérant un effet dose-temps. Les résultats étaient globalement similaires dans la comparaison entre frères et sœurs, renforçant l’hypothèse d’un effet indépendant des facteurs familiaux génétiques ou environnementaux partagés.

    Une exposition plus élevée aux PM10 et au N0 augmente le risque de SLA

    Chez les patients atteints de SLA, une exposition plus élevée aux PM10 et au NO₂ avant le diagnostic était associée à une augmentation significative du risque de mortalité ou de recours à la ventilation invasive. Les associations les plus fortes concernaient l’exposition durant l’année précédant le diagnostic. Les analyses séparant mortalité et ventilation invasive suggéraient un effet potentiellement plus marqué sur le risque d’insuffisance respiratoire, bien que le nombre limité d’événements impose une interprétation prudente.

    L’exposition prolongée aux particules fines était également associée à une progression fonctionnelle plus rapide après le diagnostic. Des niveaux élevés de PM sur 10 ans augmentaient la probabilité d’un déclin accéléré du score ALSFRS-R global, ainsi que des fonctions motrices et respiratoires, sans association significative avec la fonction bulbaire. Ces résultats étaient robustes dans les analyses de sensibilité, y compris en tenant compte d’un déclin non linéaire des scores fonctionnels.

    Les auteurs soulignent plusieurs limites, notamment l’absence de données sur l’exposition individuelle en milieu intérieur, professionnel ou de loisirs, l’impossibilité d’analyser les sources spécifiques de particules, l’absence d’information sur certains facteurs de mode de vie comme le tabagisme, et l’imputation partielle des données de pollution durant la période de pandémie. Toutefois, ces biais potentiels sont probablement non différentiels et tendraient à sous-estimer les associations observées.

    L'exposition à la pollution accelère l'évolution de la SLA

    En conclusion, cette étude suggère que l’exposition chronique à la pollution atmosphérique, même à des niveaux relativement faibles, est associée non seulement à un risque accru de développer une SLA, mais aussi à une évolution plus défavorable après le diagnostic. Ces résultats renforcent l’hypothèse d’un rôle causal de la pollution atmosphérique dans la SLA et soulignent l’enjeu de santé publique que représente l’amélioration durable de la qualité de l’air pour la prévention et le pronostic des maladies neurodégénératives.

     

     

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