Urologie
Cancer de la prostate: toujours pas d'argument pour un dépistage systématique
La controverse court toujours entre les détracteurs et les partisans d'un dépistage universel du cancer de la prostate. Un éditorial du BMJ se prononce pour un choix éclairé du patient, contre un dosage du PSA systématique chez tous les hommes. Les arguments avancés permettront-ils de clôturer définitivement le débat?
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Le débat ne cesse de rebondir sur l'intéret d'un dépistage systématique du cancer de la prostate par le dosage du PSA dans les pays développés. Un éditorial publié par le British Medical Journal en janvier 2026 conforte les opposants à un dépistage de masse en validant la position du NHS. Et conclut que ces recommandations restent pertinentes et justifiées au regard des données probantes disponibles.
Les auteurs, urologues et spécialistes de santé publique, replacent dans leur contexte les controverses entourant le dépistage systématique par le PSA, en rappelant que les bénéfices attendus doivent être soigneusement face aux risques inhérents à ce type de dépistage. Le dépistage universel par le PSA n’est pas recommandé en raison du risque de surdiagnostic et de surtraitement, qui sont susceptibles d'entraîner des effets indésirables significatifs, notamment des troubles urinaires, des dysfonctions sexuelles et une anxiété liée à des diagnostics de cancers potentiellement insignifiants. Toutefois, ils rappellent que des stratégies de dépistage ciblé et éclairé sont parfois pertinents, notamment chez certains groupes à risque plus élevé, lorsque l’information donnée au patient est complète et que le consentement est éclairé.
Une réduction modeste de la mortalité
Les auteurs évoquent les principaux essais cliniques et méta-analyses qui ont évalué l’impact du dépistage par PSA sur la mortalité liée au cancer de la prostate. Certains essais comme le ERSPC (European Randomized Study of Screening for Prostate Cancer) ont montré une réduction modeste de la mortalité spécifique au cancer de la prostate. Cette réduction est accompagnée d’un taux élevé de détections de cancers à faible risque qui n’auraient probablement jamais pesé sur l’espérance de vie ou la qualité de vie des patients. L’étude PLCO (Prostate, Lung, Colorectal, and Ovarian Cancer Screening Trial) n’a pas davantage démontré de bénéfice clair du dépistage PSA sur la mortalité globale, soulignant l’hétérogénéité des résultats selon les populations étudiées et les protocoles de recherche. Ces résultats contrastés rendent difficile l’adoption d’une approche universelle, mais confirment l’importance d’un dépistage ciblé basé sur des facteurs de risque individuels tels que l’âge, l’histoire familiale, l’origine ethnique et les comorbidités.
L’article discute ensuite des recommandations du NHS qui privilégient une approche d'un choix éclairé, où l’on encourage activement les hommes à s’informer des bénéfices et des risques avant de décider de subir ou non un test PSA. Cette approche met l’accent sur une communication transparente entre clinicien et patient, afin de permettre une décision partagée. Les auteurs insistent sur le fait que les praticiens doivent être à l’aise pour expliquer les implications du dépistage, y compris la possibilité d’un surdiagnostic, l’incertitude relative quant au bénéfice en termes de mortalité globale, et les options de prise en charge, qu’il s’agisse de surveillance active, de traitement local ou de soins palliatifs. Ils rappellent aussi que l’interprétation des résultats du PSA nécessite une évaluation clinique complète, intégrant l’examen physique, le score de Gleason éventuel et l’imagerie, afin d’éviter des décisions thérapeutiques hâtives.
Les auteurs abordent ensuite les avancées récentes en matière de biomarqueurs et d’imagerie, qui pourraient améliorer la spécificité du dépistage et réduire les taux de surdiagnostic. Ils mentionnent que des tests complémentaires comme les scores basés sur des panels d’ARN ou l’IRM multiparamétrique sont de plus en plus utilisés pour mieux caractériser les lésions suspectes identifiées par PSA. Ces outils permettent d’affiner la stratification du risque et de réduire les biopsies inutiles, améliorant ainsi le rapport bénéfice/risque du dépistage. Les auteurs encouragent la poursuite de recherches comparatives et pragmatiques dans des contextes de soins réels afin d’évaluer comment ces technologies améliorent les résultats pour les patients lorsqu’elles sont intégrées dans des programmes de dépistage structurés.
Absence de consensus clair sur les seuils de PSA pour orienter la biopsie
L’éditorial reconnaît également les limites des données actuelles, notamment l’absence de consensus clair sur les seuils de PSA à utiliser pour orienter la biopsie et le suivi, ainsi que la variabilité des résultats selon les populations. Les auteurs notent que les recommandations doivent rester flexibles et adaptées aux soins primaires comme spécialisés, dans le cadre d’équipes multidisciplinaires, afin de garantir une prise en charge personnalisée. Ils plaident pour une mise en œuvre de stratégies de dépistage qui soient sensibles aux préférences individuelles des patients, à leur espérance de vie et à leur état de santé global.











