Pneumologie

Exacerbation de BPCO : un historique sur 2 ans vaut mieux que sur un an

Une exacerbation de BPCO même modérée au cours des 2 années précédentes est associée à un risque augmenté d'exacerbation dans le futur. Le risque d’exacerbation est mieux prédit avec un historique sur 2 ans, quel que soit le type d’exacerbation.  D’après un entretien avec Pierre-Régis BURGEL.

  • 28 Mai 2026
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    Une étude, dont les résultats sont parus en mars 2026 dans l’American Journal of Critical Care Medicine a cherché à évaluer la capacité de différentes catégories d’exacerbations de BPCO (modérée ou sévère) à discriminer les risques et à en apprécier la pertinence clinique pour prédire les exacerbations futures. Il s’agit d’une étude observationnelle pour laquelle, les auteurs ont utilisé deux volumineuses cohortes : la cohorte américaine BPCOGene et la cohorte NOVELTY, dont ils ont extrait les patients atteints de BPCO, soit plus de 12 000 patients. Six catégories distinctes de fréquence d’exacerbations ont été définies pour des périodes de rappel d’un an et de deux ans. Ces catégories reposent sur diverses combinaisons du nombre d’événements modérés et sévères. Chacune a été évaluée selon trois approches : sur une année, sur deux années consécutives, et sur une période glissante combinée de deux ans. La performance discriminante a été mesurée à l’aide de l’aire sous la courbe ROC, tandis que l’utilité clinique a été estimée via le rapport bénéfice/risque. Ces analyses visaient à déterminer la capacité des 18 catégories obtenues à prédire la survenue, au cours des 12 mois suivants, d’au moins deux exacerbations modérées ou d’une exacerbation sévère.

     

    Chaque exacerbation compte

    Le professeur Piere-Régis BURGEL, professeur de médecine respiratoire à Université Paris Cité et praticien dans le service de pneumologie, à l’Hôpital Cochin à Paris, co-auteur de ce travail, rappelle que les recommandations internationales demandent de traiter les patients à haut risque d’exacerbation, qui sont définis comme des patients ayant eu, au cours des 12 mois précédents, soit deux exacerbations modérées (ayant nécessité une antibiothérapie et/ou une corticothérapie)  soit une exacerbation sévère ayant nécessité une hospitalisation. Il explique que ces critères GOLD et ces recommandations, avec une fenêtre d’historique sur un an, sont issues d’avis d’experts et qu’il est nécessaire d’enrichir les essais cliniques. En effet, il n’a jamais été prouvé que deux exacerbations modérées étaient équivalentes à une exacerbation sévère. Pierre-Régis BURGEL insiste sur le fait que chaque exacerbation compte et peut jouer un rôle sur le déclin du VEMS. Les auteurs de ce travail ont donc évalué toutes les combinaisons d’évènements pouvant prédire les exacerbations, que ce soit sur un an ou sur deux années consécutives, avec sur l’ensembles des 2 années la survenue soit d’une exacerbation modérée soit d’une exacerbation sévère. Ils ont ainsi identifié les patients à fort risque d’avoir 2 exacerbations, modérées ou sévères. A l’issue de ces résultats,  Pierre-Régis BURGEL conclue donc que l’on prédit mieux le risque d’exacerbations en fonction de l’historique des deux dernières années.

     

    Importance du calcul bénéfice /risque

    Pierre-Régis BURGEL précise qu’il est nécessaire de déterminer à partir de quand le bénéfice de traiter est supérieur au risque, le bénéfice étant la diminution du nombre d’exacerbation et les risques étant les effets secondaires des traitements. Il rappelle que ce risque est fixé pour un médicament et en fonction de l’historique des exacerbations. Après analyse sur les deux cohortes, il s’est avéré que le rapport bénéfice/risque était plus favorable en prenant en compte un historique sur deux ans, que l’antécédent d’exacerbation soit modéré ou sévère. Pierre-Régis BURGEL ajoute qu’il existe toutefois une limite à ce travail qui réside dans le fait que l’on ne sait si les patients ont été traités ou non, ni comment.

     

    En conclusion, cette étude très sophistiquée et dont les résultats sont très convaincants, apporte un nouveau regard sur le risque d’exacerbation des patients atteints de BPCO, en fonction de leur historique et il est licite de se demander dans quelle mesure ces résultats pourraient modifier les recommandations internationales…

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