Pneumologie
Trois minutes plutôt que six pour le test de marche dans l'hypertension pulmonaire ?
Le test de marche de 3 minutes pourrait être une alternative plus rapide au test de 6 minutes, mais il est très incertain qu’il’ fournirait des informations fiables, notamment grâce à l’analyse du « cardiac effort ». La prise en compte de la distance parcourue et des facteurs physiques pouvant l’influencer est essentielle. D’après un entretien avec Bruno DEGANO
Une étude, dont les résultats sont parus en février 2026dans l’ERJ Open Research, a cherché à comparer les distances parcourues au cours du test de marche de 6 minutes versus le test de marche de 3 minutes, la fréquence cardiaque, et l’effort cardiaque chez des patients atteints d’hypertension artérielle pulmonaires et des sujets sains. Il s’agit d’une étude observationnelle prospective qui a inclus 40 participants (20 patients atteints d’hypertension artérielle pulmonaire et 20 témoins sains) Les patients atteints d’hypertension artérielle pulmonaire étaient majoritairement jeunes, à faible risque et sous traitement combiné. Chaque participant a réalisé un test de marche de 3 minutes et de 6 minutes, avec une mesure continue de la fréquence cardiaque et un calcul du « cardiac effort »(battements/mètre). Des analyses statistiques ont été réalisées pour comparer les résultats et étudier les corrélations
Une corrélation de corrélation
Le professeur Bruno DEGANO, chef du service de Pneumologie-Physiologie, au Centre Hospitalier Grenoble-Alpes, rappelle que le test de marche de 6 minutes a pour objectif de refléter l’état hémodynamique au cours de l’hypertension artérielle pulmonaire, pour éviter la complexité liée aux mesures invasives. Les patients marchent avant et après une intervention thérapeutique à visée hémodynamique. Si le test de marche est amélioré, il est alors considéré que le traitement est efficace sur les vaisseaux pulmonaires. Le test de marche de 6 minutes n’est donc déjà qu’un reflet du critère de jugement. Le test de marche de 3 minutes serait donc une corrélation de corrélation. Bruno DEGANO précise que le test de marche de 6 minutes est non spécifique et que beaucoup d’essais thérapeutiques sont déjà revenus négatifs. Ainsi, envisager un test de marche de 3 minutes, serait encore moins spécifique, pour refléter l’efficacité thérapeutique dans l’hypertension artérielle pulmonaire.
C’est la distance qui tranche et non la durée du test
Bruno DEGANO explique que le critère qui est pertinent pour juger de l’efficacité des médicaments sur l’hypertension artérielle pulmonaire est la distance parcourue en 6 minutes de marche. Ainsi, avant d’envisager d’adopter un test plus court pour juger du pronostic et de l’efficacité du traitement, il est nécessaire de comparer les distances. Le concept de « cardiac effort » qui consiste à diviser la fréquence cardiaque par la distance parcourue est nouveau et nécessite la réalisation d’un ECG pendant le test de marche, adossé à un logiciel dédié. Ce concept n’est pas adopté par la communauté, car si les médicaments fonctionnent sur l’hémodynamique, la distance de marche peut être limitée par d’autres éléments qu’une cause cardiaque. Un test de 3 minutes n’est pas envisageable sauf si l’on arrive à démontrer que la distance parcourue est le reflet de l’hémodynamique au cours de l’hypertension artérielle pulmonaire.
En conclusion, il parait inenvisageable de remplacer le test de marche de 6 minutes par un test de 3 minutes car les résultats fournis par le test de 6 minutes sont déjà indirects. Une corrélation de corrélation éloigne progressivement de la réalité et ne permet pas d’obtenir des résultats solides et fiables.








