Gynécologie
Endométriose : après le test salivaire français, un test sanguin.
Le praticien qui suspecte une endométriose malgré une imagerie peu concluante dispose désormais d'un accès encadré à l'Endotest dans les centres habilités. Le test sanguin multi-omique de HerAnova, lui, n'est pas encore disponible en routine et nécessitera des validations prospectives sur des cohortes plus larges et géographiquement plus diversifiées avant toute intégration clinique.
- SewcreamStudio/iStock
L'endométriose touche environ 5 à 10 % des femmes en âge de procréer et demeure, en 2026, une pathologie dont le délai diagnostique moyen s'étend à 6 à 11 ans après l'apparition des premiers symptômes. Ce retard, source de souffrance prolongée et de complications sur la fertilité, s'explique par la variabilité des présentations cliniques, les nombreux diagnostics différentiels et la dépendance persistante à la laparoscopie comme gold standard, technique invasive dont la précision est elle-même opérateur-dépendante. Dans ce contexte, deux approches non invasives à base de biomarqueurs moléculaires font actuellement l'objet d'évaluations cliniques majeures : un test sanguin multi-omique couplé à l'apprentissage automatique, présenté par l'équipe de HerAnova Lifesciences dans le Journal of Minimally Invasive GynecologyLIEN, et l'Endotest, test salivaire développé par la biotech française Ziwig, désormais engagé dans une expérimentation nationale.
Le test sanguin de Wong et al. repose sur la quantification par RT-qPCR de deux microARN sériques associés à l'immunomodulation et à l'angiogenèse dans l'endométriose, le miR-17-5p et le miR-15b-5p, avec le miR-92a-3p comme référence interne de normalisation. À ces données moléculaires s'ajoutent trois biomarqueurs protéiques mesurés par immunoanalyse automatisée, CA125, CA19-9 et SHBG, ainsi que la progestérone sérique, intégrée comme covariable pour tenir compte de la phase du cycle menstruel, et enfin l'âge et l'IMC des patientes. L'ensemble de ces paramètres est intégré par un algorithme entraîné sur 218 participantes dont le statut a été confirmé par laparoscopie et histopathologie, dans des centres répartis aux États-Unis, en Europe et à Hong Kong.
61,5% des cas positifs confirmés par l'histologie
Les performances obtenues sur la cohorte de validation indépendante de 80 femmes sont cliniquement significatives : aire sous la courbe ROC de 0,944, sensibilité de 0,80 et spécificité de 0,975. Le test se montre performant quel que soit le moment du cycle menstruel, avec une AUC de 0,935 en phase proliférative et de 0,993 en phase sécrétoire. Point particulièrement notable, en comparant les résultats du test sanguin aux comptes rendus d'imagerie disponibles pour 64 des 80 participantes, le test a permis d'identifier 61,5 % des cas positifs confirmés histologiquement qui avaient été classés faussement négatifs par l'échographie endovaginale et/ou l'IRM.
Outil d'aide au diagnostic
Cette observation illustre la valeur diagnostique complémentaire de l'outil, sans pour autant permettre de conclure à une supériorité formelle sur l'imagerie, les protocoles d'imagerie n'étant pas standardisés entre les centres. Les auteurs positionnent ce test comme un outil de triage ou d'aide au diagnostic, destiné à identifier les patientes nécessitant une exploration plus approfondie, et non comme un test de dépistage populationnel. Parmi les limites à retenir, la taille modeste des cohortes limite la représentativité des stades précoces et des formes peu symptomatiques, et les conflits d'intérêts liés à l'appartenance de la majorité des auteurs à HerAnova Lifesciences méritent d'être signalés.
L'Endotest, développé par Ziwig en collaboration avec le Collège national des gynécologues et obstétriciens français, repose sur une technologie différente mais voisine dans sa philosophie. Il analyse dans la salive une signature de 109 microARN par séquençage de nouvelle génération, combinée à un système d'intelligence artificielle. L'étude de validation prospective ENDOmiRNA, dont les résultats finaux ont été publiés dans NEJM Evidence en novembre 2025, a établi une précision diagnostique de 96,6 %, une sensibilité de 97,3 %, une spécificité de 94,1 %, une valeur prédictive positive de 98,2 % et une valeur prédictive négative de 91,3 %. De façon cliniquement importante, les taux de mauvaise classification diagnostique étaient de 4,6 % avec l'Endotest contre 27,2 % pour l'imagerie, la performance du test n'étant pas influencée par l'âge, les traitements hormonaux ni les traitements antalgiques.
Sur le plan réglementaire et organisationnel, l'Endotest bénéficie désormais d'un marquage CE valable dans 21 pays d'Europe et du Moyen-Orient. L'évaluation de la HAS, conduite sur auto-saisine en 2023, a conclu que si l'Endotest présente un caractère novateur indéniable et des performances diagnostiques validées, une étude clinique comparative et interventionnelle restait nécessaire pour démontrer son utilité clinique réelle, notamment en termes de réduction des coelioscopies diagnostiques inutiles. Un arrêté publié au Journal officiel le 11 février 2025 a acté sa prise en charge par la Sécurité sociale dans le cadre du forfait innovation, pour un forfait de 839 euros par patiente, sur une période de trois ans, avec un accès ouvert à 25 000 patientes au total, dont 2 500 incluses dans l'étude clinique ENDOBEST. Le nombre de centres participants, initialement fixé à 80, a été élargi à 100 dès avril 2025. L'étude ENDOBEST, actuellement en cours, vise spécifiquement à évaluer l'impact du test sur la décision médicale et la réduction des coelioscopies diagnostiques, et ses résultats conditionneront la décision de remboursement pérenne par la HAS. Le test est réservé aux patientes âgées de 18 à 43 ans, présentant des symptômes fortement évocateurs d'endométriose malgré des examens d'imagerie peu concluants. A ce jour, il s'agit d'un outil diagnostique ciblé et non d'un dépistage populationnel généralisé.
La mise en perspective de ces deux approches met en lumière à la fois leur complémentarité conceptuelle et leurs différences méthodologiques. Le test sanguin de Wong et al. se distingue par une approche plus économique techniquement (qPCR versus NGS), ne nécessitant pas d'infrastructure bioinformatique lourde, et par l'intégration originale de biomarqueurs protéiques et hormonaux aux données de microARN. L'Endotest repose sur un profil salivaire de 109 microARN offrant potentiellement une richesse informationnelle supérieure, avec des performances validées sur des cohortes prospectives plus larges. Les deux tests partagent une indépendance vis-à-vis de la phase du cycle menstruel et un positionnement comme aide au diagnostic plutôt que comme outil de dépistage systématique.
En pratique clinique française, le praticien qui suspecte une endométriose malgré une imagerie peu concluante dispose désormais d'un accès encadré à l'Endotest dans les centres habilités, dans l'attente des résultats de l'étude ENDOBEST. Le test sanguin multi-omique de HerAnova, lui, n'est pas encore disponible en routine et nécessitera des validations prospectives sur des cohortes plus larges et géographiquement plus diversifiées avant toute intégration clinique. L'enjeu commun de ces deux approches est de réduire l'errance diagnostique, d'orienter vers un traitement empirique précoce les patientes dont l'imagerie est insuffisante, et de réserver la laparoscopie aux situations où elle apporte une valeur thérapeutique réelle plutôt que purement diagnostique.








