Onco-Sein

Cancer du sein HER+ : le Carboplatine a-t-il encore une place en néoadjuvant ?

Publiée récemment dans le JCO, l’étude neoCARHP testant l’omission du carboplatine à une chimiothérapie néoadjuvante par taxanes et doubles blocages anti-HER2, retrouve des taux de pCR non inférieurs et une meilleure tolérance comparativement au traitement standard.

  • Mohammed Haneefa Nizamudeen/iStock
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  • 06 Mars 2026
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    Alors que dernièrement, ont été publiées des données d’intensification de traitement en phase précoce des cancers du sein HER2+, avec l’utilisation du Trastuzumab Deruxtecan combiné au Paclitaxel Pertuzumab Trastuzumab via l’essai DESTINY BREAST 11 permettant des taux de pCR de 67 %, la tendance préalable était plutôt celle de la désescalade, avec notamment l’essai TRAIN 2, et spécifiquement l’étude TRYPHANEA, permettant de s’affranchir des anthracyclines en cas d’utilisation du double blocage anti-HER2 maintenant des taux de pCR de 68 %.

    L’étude de non infériorité actuellement présentée, NeoCARHP, exclusivement chinoise, s’interroge sur la participation du Carboplatine dans ces résultats.

     

    Une majorité de stade II

    En pratique, entre Avril 2021 et Aout 2024, 766 patientes présentant un cancer du sein localisé, de stade II-III, HER2 surexprimé, naïf de tout traitement, ont été randomisées selon un schéma 1:1 pour bénéficier d’un traitement néoadjuvant par chimiothérapie à base de taxanes (Docetaxel, Paclitaxel ou nab-paclitaxel au choix de l’investigateur), double blocage anti-HER2 Trastuzumab Pertuzumab -/+ Carboplatine (AUC 6) toutes les 3 semaines, pour 6 cycles. A l’issue, les patientes étaient opérées et bénéficiaient des traitements adjuvants selon les recommandations actuelles (radiothérapie, hormonothérapie, kadcyla… si indiqués). Les patientes étaient stratifiées en fonction du statut hormonal (RH+ vs RH-) et de l’atteinte ganglionnaire initiale (N+ vs N-).

    L’objectif principal était le taux de pCR au niveau mammaire et axillaire, les objectifs secondaires la tolérance, le taux de réponse clinique, le taux de chirurgie conservatrice, la survie globale.

    Un taux de pCR de 64,1 %

    L’âge médian était de 51,5 ans, avec autant de patiente pré ménopausées et ménopausées. La majorité des patientes étaient de stade II (81,4 % dans le bras sans Carboplatine vs 78,6 % dans la bras standard), avec un envahissement ganglionnaire (64,1 %). La plupart des tumeurs étaient RH+ (62 %). Concernant la chimiothérapie reçue, 45 % des patientes ont bénéficié du nab paclitaxel, 36 % du Docetaxel et 19 % du Paclitaxel.

    En termes d’efficacité, on observe un taux de pCR de 64,1 % dans le bras sans Carboplatine vs 65,9 % dans le bras standard (Différence -1,8 % [95 % CI, -8,5 to 5,0] ; p = 0,0089). Cette tendance est retrouvée dans l’analyse exploratoire en sous-groupes : en cas de tumeurs RH+, on note un taux de pCR de 55,8 % en l’absence de Carboplatine vs 58,8 % avec Carboplatine, et en cas de tumeurs RH-, on observe respectivement un taux de pCR de 78,2 % vs 77,8 %.

    Concernant la tolérance, 95,5 % des patientes du bras sans Carboplatine et 94,3 % du bras avec, ont bénéficié des 6 cycles complets de traitement néoadjuvant, avec respectivement une réduction de dose chez 8,1 % et 25,3 % des patientes. Les principales toxicités étaient d’ordre hématologique, avec moins de grade ≥ 3 dans le bras sans Carboplatine : taux de neutropénie de grade ≥ 3 chez 6,8 % des patientes du bras sans Carboplatine vs 16,4 % dans le bras standard, anémie (2,1 % vs 6,6 %), leucopénie (5,5 % vs 14,8 %), diarrhées (2,4 % vs 4,2 %). La survenue d’évènements graves était moins fréquente en l’absence de Carboplatine (1,3 % vs 4,7 %).

     

    Au final, cette étude démontre l’obtention d’un taux de pCR non inférieur aux données connues grâce à traitement néoadjuvant par Taxanes et double blocage Pertuzumab Trastuzumab, et une amélioration de la tolérance, même avec un schéma par 3 semaines.

     

     

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