Pneumologie

Pneumopathies aigues communautaires aux USA : ne pas oublier les mycoses…

Quand les mycoses endémiques américaines miment des pneumopathies aiguës communautaires... Le dépistage de la blastomycose, la coccidioïdomycose ou de l’histoplasmose peut revêtir une certaine importance aux Etats-Unis, mais peu en Europe. D’après un entretien avec Alexandre ALANIO.

  • 05 Mars 2026
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    Une étude, dont les résultats sont parus en janvier 2026 dans le JAMA Network Open, a évalué la fréquence des diagnostics de certaines infections fongiques endémiques (blastomycose, coccidioïdomycose et histoplasmose) chez des adultes ambulatoires atteints de pneumonie communautaires non spécifiée. Il s’agit d’une étude de cohorte rétrospective, basée sur des données d’assurance santé privée américaines, entre 2017 et 2023. Au total, 573 994 patients ont été inclus avec un âge moyen de 54 ans et 55 % de femmes. Seulement 5 % des patients ont bénéficié de tests diagnostiques fongiques, généralement après plusieurs consultations médicales (en moyenne 3 visites). L’étude visait également à déterminer la proportion de diagnostics confirmés et à identifier, par régression logistique, les facteurs associés à un diagnostic de coccidioïdomycose ou d’histoplasmose.

     

    Des résultats non transposables à l’échelle européenne

    Le professeur Alexandre ALANIO, expert en mycologie et parasitologie médicales à l’hôpital Saint Louis, Université Paris Cité et à l’Institut Pasteur à Paris, souligne que les données de cette étude sont issues d’une seule compagnie d’assurance et qu’il s’agit d’un registre privé. L’ensemble de ce registre comporte 54 millions de personnes, ce qui correspond environ à 10% de la population américaine. Il relève l’intérêt du volume de la cohorte évaluée, puisqu’au départ 1 143 000 sujets adultes ont été identifiés comme ayant été atteints d’une pneumopathie aigüe communautaire et 537 000 d’entre eux ont été retenus. Les sujets exclus étaient ceux qui avaient eu des hospitalisations à répétition, une antibiothérapie au préalable, un diagnostic en amont de l’une des trois maladies fongiques recherchées et ceux qui avaient été hospitalisés dans les 30 jours précédents le diagnostic car les infections devaient être communautaires. Les auteurs se sont donc intéressés à l’incidence de ces maladies fongiques en ville. Les résultats ont montré une incidence faible avec 1,5 infections fongiques pour 1000 pneumopathies communautaires. Alexandre ALANIO explique que cela reste minoritaire dans la prise en charge ambulatoire et il précise que les USA représentent une zone d’endémie connue pour ces trois maladies fongiques, ce qui n’est pas le cas en Europe, où ces mycoses n’existent pas dans l’environnement mais qu’il faut les évoquer lors de voyage ou migration en zone d’endémie. Ces résultats ont donc un intérêt pour les patients européens en transit professionnel ou touristique aux USA.

     

    Un biais lié à la répartition géographique

    Alexandre ALANIO précise la proportion des trois maladies fongiques avec une coccidioïdomycose dans 616 cas sur 755, une histoplasmose dans 94 cas et une blastomycose dans 51 cas. Il précise que le bassin de population est normalement plutôt soumis à l’histoplasmose et qu’il existe probablement un biais dans la géographie des patients inclus. La répartition géographique étant la suivante : la coccidioïdomycose est plus fréquente dans le sud-ouest des Etat -Unis, la blastomycose dans le nord-est et l’histoplasmose dans le centre. La coccidioïdomycose est la plus sévère de ces maladies endémiques et même si la prévalence est finalement assez faible, il est nécessaire d’y penser. Toutefois, Alexandre ALANIO relève qu’il y a peu de détails sur les méthodes diagnostiques (sérologies, cultures, examens directs…) réalisées dans les 90 jours qui suivent le diagnostic de pneumopathie aigue communautaire et que les auteurs n’avaient pas pour objectif de proposer une attitude pratique sur le diagnostic, ni sur la prise en charge. Ils ont cependant précisé les facteurs associés qui doivent faire évoquer la coccidioïdomycose comme les rashs cutanés, les adénopathies thoraciques, les myalgies et ou encore les douleurs thoraciques, ainsi que les facteurs évocateurs d’histoplasmose comme la présence d’une maladie auto-immune, l’immunodépression, la perte de poids ou encore les douleurs thoraciques.

     

    En conclusion, ces résultats n’apportent pas de scoop mais ils ont l’intérêt de rappeler aux pneumologues français que ces maladies fongiques existent et qu’il faut être vigilant en particulier chez les patients ayant vécu ou ayant voyagés en zone d’endémie même plusieurs années auparavant…

     

     

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