Pneumologie

Lymphangioléiomyomatose : de nouvelles perspectives grâce à la protéomique.

La lymphangioléiomyomatose (LAM) est une maladie pulmonaire kystique incurable qui touche principalement les femmes et dont les mécanismes sont encore mal compris. Le VEGF-D est utilisé comme biomarqueur pour poser le diagnostic, mais sa fiabilité est imparfaite, ce qui impose parfois de réaliser une biopsie pulmonaire chirurgicale . D’après un entretien avec Rémi DIESLER.

  • 19 Février 2026
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    Une étude, dont les résultats sont parus en décembre 2025, dans CHEST, a cherché à savoir si la protéomique à haut débit pourrait permettre d’identifier de nouveaux biomarqueurs diagnostiques ainsi que des mécanismes physiopathologiques impliqués dans la LAM. Pour cela, les auteurs ont réalisé une analyse protéomique à haut débit à l’aide de la plateforme SomaScan® (SomaLogic) afin de quantifier environ 10 000 protéines plasmatiques chez 20 patientes atteintes de LAM, au moment du diagnostic et 10 témoins. Les principales protéines identifiées ont été validées par ELISA dans une cohorte indépendante comprenant au total 53 patients LAM et 64 témoins. L’analyse a mis en évidence 662 protéines dont l’expression était significativement différentes entre patientes et témoins. Un modèle de régression logistique a été appliqué pour élaborer un score diagnostique multi-protéique.

     

    Un diagnostic de certitude trop invasif…

    Le docteur Rémi DIESLER, pneumologue au Centre de Référence des maladies pulmonaire rares à l’Hôpital Louis Pradel à Lyon, auteur de ce travail, précise que cette publication est issue de son travail de thèse de doctorat d’université, qu’il a réalisé sous la direction du Dr Caroline LEROUX, du Pr Vincent COTTIN et au sein du laboratoire du Dr Elizabeth HENSKE à Boston (États-Unis). Il souligne que la réalisation de cette étude est partie du constat que la LAM, maladie pulmonaire kystique rare, a un diagnostic difficile, qui est réalisé sur un faisceau d’arguments apportés par l’aspect du scanner thoracique, la population touchée (femmes jeunes) et la présence de tumeur rénale bénignes appelées angiomyolipomes ou de manifestations lymphatiques. Le seul biomarqueur diagnostique employé en pratique courante est le VEGF-D, mais il se trouve en dessous du seuil diagnostic chez au moins un tiers des patients, ce qui mène parfois à la biopsie pulmonaire chirurgicale diagnostique, invasive. Il était donc licite de chercher de nouveaux biomarqueurs diagnostiques.

     

    La protéomique efficace pour éviter la biopsie pulmonaire

    Rémi DIESLER explique que les résultats de ce travail ont permis d’identifier des protéines augmentées dans les prélèvements sanguins des patientes atteintes de LAM. Parmi elles, la voie physiopathologique la plus sur-exprimée était la voie de dégranulation des polynucléaires neutrophiles. La protéine MMP8, sécrétée par les polynucléaires neutrophiles était la protéine la plus élevée dans le sang des patientes atteintes de LAM par rapport aux témoins. Les polynucléaires neutrophiles joueraient donc potentiellement un rôle dans l’atteinte pulmonaire de la LAM.. D’autre part, Rémi DIESLER ajoute que la protéine PMEL a été identifiée comme l’une des protéines les plus élevées dans le sang des patientes atteintes de LAM, et ces résultats ont été confirmés par ELISA De manière intéressante, certaines patientes avec un bas niveau de VEGF-D présentaient un niveau élevé de PMEL. Cette protéine mélanocytaire est spécifiquement exprimée par les cellules de la LAM et sert de marqueur anatomopathologique pour le diagnostic par biopsie pulmonaire. PMEL pourrait donc permettre, à l’instar du VEGF-D, de réaliser un diagnostic non invasif de la LAM. Rémi DIESLER ajoute, qu’à l’aide d’un modèle de régression logistique, un score diagnostic a pu être défini, en utilisant les niveaux sanguins de six protéines (C1GALT1, SP-D, JPT1, PDZD2, SPON2 et PMEL) mesurés par Somascan. Ce score atteint100% de spécificité dans la cohorte étudiée. Il insiste donc sur l’intérêt futur de la protéomique pour faire un diagnostic de LAM non invasif, au vu de l’augmentation du nombre de protéines dosables et de la diminution des coûts. Les perspectives ouvertes par ce travail sont la confirmation de PMEL comme marqueur diagnostique dans la LAM avec définition d’un seuil pratique, en association avec le VEGF-D, ainsi que la poursuite de l’étude de l’implication des polynucléaires neutrophiles dans la LAM.

     

    En conclusion, la protéomique à haut débit pourrait dans le futur permettre de réaliser des diagnostics de maladies rares de manière non invasive. La création de scores multiprotéiques est promise à un bel avenir pour faciliter les diagnostics complexes.

     

     

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