Pédiatrie
Asthme allergique de l’enfant : la vaccination contre le VRS pourrait le prévenir
Une analyse danoise portant sur près de 1,5 million d’enfants montre qu’une hospitalisation pour bronchiolite à VRS dans les premiers mois de vie multiplie fortement le risque d’asthme chez les enfants de parents asthmatiques ou allergiques. En faveur de la causalité, un modèle murin démontre qu’infection virale précoce et anticorps maternels spécifiques d’allergènes convergent via les récepteurs Fc pour amplifier la réponse de type 2.
- KatarzynaBialasiewicz/istock
L’asthme allergique résulte d’une réponse de type 2 exagérée aux allergènes inhalés (acariens, poils d’animaux, pollens…), entretenue par des interactions épithélium–cellules dendritiques conduisant à la polarisation Th2, à l’hyperéosinophilie bronchique, à l’hypersécrétion muqueuse et à l’hyperréactivité bronchique.
Parmi les facteurs de risque, la génétique (asthme ou rhinite allergique parentale) et les infections respiratoires précoces, en particulier le virus respiratoire syncytial (VRS), sont bien connus, mais leur articulation restait obscure. En exploitant un registre national incluant près de 1,5 million d’enfants et environ 25 000 hospitalisations pour bronchiolite VRS avant 6 mois, les auteurs montrent dans Science Immunology que l’association infection sévère à VRS–asthme ultérieur est fortement renforcée chez les enfants nés de parents asthmatiques ou allergiques.
Ainsi, la bronchiolite hospitalisée dans la petite enfance pour infection à VRS devient un puissant révélateur d’un terrain atopique familial, avec un surrisque marqué de diagnostic ultérieur d’asthme par rapport aux enfants sans antécédent familial ou sans VRS sévère.
Anticorps maternels, récepteurs Fc et immunoprophylaxie : un mécanisme causal convergent
Pour disséquer ce lien, les chercheurs ont modélisé la situation chez la souris en utilisant le pneumonia virus of mice (PVM), proche du VRS humain, associé à une exposition ultérieure à l’allergène acariens. Les souriceaux infectés par PVM avant l’exposition à l’allergène acariens développent une inflammation de type 2 amplifiée et une pathologie respiratoire proche de l’asthme. Lorsque la mère est allergique aux acariens, la sévérité des lésions est nettement majorée, alors que l’allergie paternelle n’a pas cet effet, désignant la transmission verticale d’anticorps comme facteur clé.
Sur le plan mécanistique, l’infection virale néonatale induit une surexpression de récepteurs Fc à la surface des cellules dendritiques conventionnelles de type 2 (cDC2) et leur maturation. Les IgG maternelles spécifiques de l’allergène acariens sont transférées au nouveau-né via le récepteur néonatal FcRn, puis se lient aux FcγR sur les cDC2, facilitant la capture de l’allergène et la présentation antigénique, avec une primoinfection Th2 fortement intensifiée. Cette boucle IgG maternelles–FcRn–FcγR–cDC2 explique comment infection précoce à VRS et atopie maternelle s’additionnent pour pousser le système immunitaire du nourrisson vers un profil asthmatique. De manière cruciale, l’immunoprophylaxie VRS préventive dans le modèle expérimental abolit ce phénomène et prévient le développement ultérieur de l’asthme.
Interaction VRS précoce–atopie parentale : un risque d’asthme fortement majoré
Les résultats reposent sur deux volets complémentaires. D’une part, une étude de cohorte nationale au Danemark, incluant tous les enfants nés sur une longue période et appariés aux antécédents d’asthme ou de rhinite allergique des parents, a permis de quantifier le risque d’asthme après hospitalisation pour VRS sévère dans la petite enfance, en stratifiant selon le statut atopique parental. D’autre part, un modèle murin a reproduit la séquence événementielle (infection virale néonatale, exposition à l’allergène acariens) avec ou sans allergie maternelle, autorisant des analyses fines des voies Fc, de l’expression de FcR sur les cellules dendritiques et du rôle du transfert transplacentaire et postnatal d’IgG. L’ensemble offre un faisceau d’arguments en faveur d’un mécanisme causal, mais les auteurs reconnaissent des limites de généralisabilité : contexte scandinave, définition de l’asthme basée sur les registres, et différence entre exposition contrôlée à l’allergène acariens chez la souris et environnement allergénique complexe chez l’enfant.
Selon les auteurs, ces données renforcent plusieurs messages. D’abord, un épisode de bronchiolite grave à VRS dans les premiers mois de vie, chez un enfant issu de mère asthmatique ou allergique, doit être considéré comme un marqueur de très haut risque d’asthme ultérieur, justifiant un suivi respiratoire et allergologique rapproché. Ensuite, elles donnent un argument fort en faveur d’une large adoption des stratégies d’immunoprophylaxie VRS (vaccination maternelle au troisième trimestre, anticorps monoclonaux à longue durée d’action chez le nouveau-né), non seulement pour réduire les hospitalisations aiguës mais aussi comme potentiel outil de prévention primaire de l’asthme dans les familles à risque.
Enfin, elles ouvrent des pistes de recherche visant à affiner l’identification des nourrissons à très haut risque (combinaison antécédents maternels, profils d’anticorps, signatures FcR), et à explorer si des interventions complémentaires (modulation du microbiote, réduction précoce de l’exposition aux allergènes domestiques) peuvent encore réduire la trajectoire vers l’asthme chez ces enfants vulnérables.








